Comment Créer un Produit et le Commercialiser avec Lea Galice de Galanck
Créer un Produit Physique avec Lea Galice de Galanck

029 : Créer un Produit Physique avec Lea Galice de Galanck

  • Naier Saidane  -  6 mai 2019

Aujourd’hui je reçois Léa Galice co-fondatrice et CEO de Galanck. Léa partage avec nous les ingrédients indispensables pour réussir à créer un produit physique qui cartonne.

Dans cet épisode du podcast, vous allez découvrir :

  • Pourquoi Léa a plaqué ses études de droit pour partir une année sabbatique en Australie
  • Comment Léa a découvert l’entrepreneuriat
  • Le passage de Léa chez un incubateur en tant que salariée
  • Comment Léa a eu l’idée de Galanck
  • Les premiers pas de Léa dans la création d’un produit physique
  • La campagne de crowdfunding
  • La première version du produit
  • Comment créer un produit et le commercialiser
  • Les ingrédients indispensables pour réussir à créer un produit physique

Dans cet épisode vous allez découvrir

  • 2:07 : Son tout premier business.
  • 6:18 : Comment s’est passé le démarrage de son business.
  • 10:05 : Comment Lea a préparé sa campagne de crowdfunding.
  • 12:37 : Les difficultés du lancement de la production en 2017.
  • 16:30 : Ce qui différencie son produit de ceux de la concurrence.
  • 20:11 : Le meilleur canal marketing qu’elle utilise pour faire connaitre son business.
  • 21:17 : Les chiffres de Galanck aujourd’hui.
  • 22:19 : Les prochaines étapes clés de la croissance de Galanck.
  • 24:10 : Comment réussir à créer un produit physique : les ingrédients indispensables.
  • 24:50 : Le pire moment de son parcours d’entrepreneur et comment elle a fait pour rebondir.
  • 26:02 : Le plus beau moment dans son parcours.
  • 26:40 : Le livre qu’elle recommande.
  • 27:19 : L’Entrepreneurs qu’elle suit.
  • 28:10 : Son outil en ligne préféré.
  • 28:25 : Son 1er conseil pour quelqu’un qui aimerait se lancer aujourd’hui.
  • 28:46 : Le meilleur investissement qu’elle a réalisé pour faire croître Galanck.

Ressources mentionnées

Le Livre qu’elle recommande

L’entrepreneur qu’elle suit

  • Yvon Chouinard

Ses outils en ligne préférés

  • Trello
  • Slack
  • Gmail

Autre ressource mentionnée

  • Harvard Business review

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Pourquoi Lea a plaqué ses études de droits pour partir une année sabbatique en Australie

Naier : Lea, est-ce que tu es prêt à nous révéler l’entrepreneur qui est en toi ?

Lea : Tout à fait ! Je suis prête.

Naier : Excellent ! Aujourd’hui, j’accueille Lea Galice, la CEO et cofondatrice de Galanck, un sac à dos GPS pour les utilisateurs de vélo, trottinettes, skate, etc.

Lea, avant de parler de ton business, j’aimerais qu’on remonte le temps et que l’on s’intéresse un peu à ton parcours personnel. Est-ce que tu te rappelles du tout premier projet ou business que tu as fait ?

Lea : Le tout premier projet que j’ai vraiment fait pour moi ça a été de prendre une année sabbatique et de partir un an en Australie, de me débrouiller pour trouver du boulot sur place, un logement et vivre ma vie là-bas.

Et ça c’était déjà dans l’objectif d’arrêter de poursuivre les études que j’avais commencé à entreprendre.

Je suis arrivée jusqu’au Master 1 où j’avais fait un double diplôme en droit et en économie à la Sorbonne.

Je savais que si je continuai dans cette voie-là, j’allais devenir avocate, ce qui était complètement exclu.

Naier : Ah bon ?

Lea : Oui ce n’était pas quelque chose qui me plaisait. Je n’étais pas suffisamment douée en plus et ça ne me rendait pas heureuse. Ça ne m’épanouissait pas du tout.

Donc je me suis finalement décidée à prendre une vraie pause et à voyager pendant un an cette année-là.

Naier : D’accord ! Tu es partie en Australie ?

Lea : Oui exactement !

Naier : Tu as bossé là-bas ou… même pas ?

Lea : Ouais ! Tout à fait ! J’ai bossé, en plus, dans un cabinet d’avocats pendant 9 mois et ça avait le double objectif de me confirmer dans mon choix de ne pas poursuivre le droit, en même temps de pouvoir appliquer un droit de Common Law, le droit anglais.

Ensuite, pour des raisons administratives, ça m’a permis de partir sous convention de stage et d’être couverte par la sécurité sociale à l’étranger, ma mutuelle, etc.

Naier : D’accord ! Et après cette année sabbatique, tu reviens, tu reprends tes études ? Qu’est-ce que tu fais ?

Lea : Exactement ! Je reprends mes études. Je fais un master en management des technologies et de l’innovation à les Mines ParisTech.

Ce qui m’a permis déjà de découvrir ce que c’étaient les startups, l’entrepreneuriat, l’innovation, choses dont je n’étais pas du tout au fait, du fait d’avoir poursuivi dans la première année de ma vie des études très classiques de droit et d’économie.

On n’était pas du tout sensibilisé à ces termes-là.

Naier : D’accord ! Ça t’a plu ?

Lea : Ça m’a beaucoup plu, énormément !

Comment Lea a découvert l’entrepreneuriat

Naier : Du coup ! Tu as décidé d’en faire ton métier, c’est ça ?

Lea : Ouais ! Exactement ! Du coup, j’ai surtout découvert qu’on pouvait être acteur de sa vie professionnelle. Chose dont je n’avais pas du tout conscience.

Quand j’étais petite, chaque fois que je rencontrais quelqu’un qui faisait un métier en particulier, le boulanger, la maîtresse, le dentiste, je me disais systématiquement : « ah ! Quand je serai maîtresse… ah ! Quand je serai boulanger, je ferai comme ça… » Sauf que je n’ai jamais eu d’entrepreneurs autour de moi, donc je n’ai jamais eu l’occasion de me dire : « quand je serai entrepreneur je ferai ça ».

Eh oui ! Ça a bien changé toutes mes perspectives, tout mon horizon professionnel et tout le champ des possibles qui s’offraient en moi.

Le passage de Lea chez un incubateur en tant que salarié

Naier : D’accord ! Je crois aussi qu’après tes études, tu es directement partie dans un incubateur ?

Lea : Exactement !

Naier : Donc à ce moment-là, tu créais déjà ton produit ou tu étais salariée de l’incubateur ?

Lea : Oui.

Je n’ai pas commencé à travailler sur le projet tout de suite.

Avant la fin de mes études je savais que je voulais travailler pour un incubateur parce que c’était le milieu qui me permettait de voir, de côtoyer et d’apprendre un maximum auprès d’entrepreneurs et d’être au plus proche de ce milieu-là mais sans prendre l’initiative entrepreneuriale au premier abord.

Donc, j’ai fait mon stage de fin d’études là-bas avec l’objectif, à la fin de ce stage, de créer ma boîte.

Sauf que j’ai été prise en CDI, donc j’ai poursuivi pendant 3 ans et demi en fait dans la boutique où j’étais.

Ce qui m’a vraiment laissé le temps de mener un projet, de le travailler et d’apprendre énormément en termes de réflexe, de me faire un réseau qui m’a permis, par la suite, d’avoir les bons contacts au bon endroit, d’avoir certaines démarches qui ne sont pas du tout naturelles de base pour pouvoir mener le projet à bien.

Et au niveau de l’idée, c’est surtout ça qui a été déterminant parce que des idées entrepreneuriales pendant ces 3 ans et demi j’ai dû en avoir à peu près 400 je pense.

Naier : Juste que toi ou autour de toi, quand tu dis 400 idées ?

Lea : Juste moi…

Naier : Ah oui ! Pas mal ! Ça fait presque une idée tous les 2 ou 3 jours quoi ?

Lea : Voilà ! Exactement ! Parfois il suffit justement d’avoir 2 ou 3 jours de réflexion pour se dire : « non, ce n’est pas sur cette idée, je ne me sens pas les épaules de porter à cette idée.

C’est une mauvaise idée ! Continue de chercher, tu vas trouver quelque chose qui t’accroche réellement ».

Comment Lea a eu l’idée de Galanck

Naier : Justement, du coup, Lea, on arrive sur Galanck. Comment tu as trouvé l’idée et comment s’est passé le démarrage ?

Lea : Alors l’idée, du coup, moi, je suis cycliste, je fais énormément le vélo et il y a eu un moment où… enfin, la petite histoire, parce qu’il y a quand même une anecdote derrière, ça a été une grosse frayeur à vélo où je n’étais absolument pas visible.

Je faisais un trajet ridiculement court pour aller rejoindre des amis avec un vélo qui n’avait pas de lumière. Donc je me suis fait une grosse frayeur. Et là, le réflexe a été de me dire : « mais comment j’aurais pu faire pour être visible, équipée, sans avoir eu à penser à prendre mes lumières, à les mettre sur mon vélo, à les retirer ensuite, et tout ». Il y avait cet objet que je porte tous les jours et qui est hyper utile qui est le sac à dos.

Je suis vraiment une porteuse de sac à dos qui fait du vélo.

Donc ça a vraiment émergé comme ça.

Et ensuite, en continuant de travailler sur l’idée, ça l’a maintenue plus de 3 jours, elle m’a tenu 1 mois puis 2.

Je bossais dès que je pouvais.

Le soir, je finissais à pas d’heure pour monter un dossier, regarder si l’idée était viable, voir quels étaient les comportements, où je pouvais entendre ça et avec… enfin… comment il était possible de monter le projet.

Les premiers pas de Lea dans la création d’un produit physique

Naier : Donc, tout de suite tu as commencé à monter un dossier ? Ou, est-ce que t’en as parlé autour de toi ? Comment tu as commencé ?

Lea : J’ai fait les deux.

J’ai fait un PowerPoint d’à peu près 150 slides qui regroupait à la fois des planches de styles, des études de marché sur le vélo, les accessoires, les comportements au niveau français, au niveau européen, tout un modèle de financement, le business modèles de distribution, de fabrication, de production, de ressources humaines…

Naier : Oui, aller loin dès le début quoi.

Lea : Ouais, je suis allée loin dès le début.

Et du coup, j’en ai parlé assez rapidement. Et c’était la première fois que je parlais aussi concrètement d’un de mes projets autour de moi.

Ce qui m’a donné une impulsion supplémentaire qui faisait que je ne pouvais plus reculer.

Je ne pouvais plus dire : « ah ben non, en fait, j’ai laissé tomber. » Ça m’a vraiment permis d’aller jusqu’au bout pour ne pas avoir à annoncer que j’avais retourné ma veste aussi. Ça, ça a aussi joué.

Naier : Comment tu as pu valider que ça va se vendre au final avant de lancer la création ? Ou, est-ce que c’était plus un choix de se dire : « on va aller jusqu’au bout du chemin et on va voir si ça va marcher ou pas quoi ? »

Lea : Alors, j’ai quand même validé au maximum le fait que ça allait marcher. Puis, il y avait un marché pour ça.

La première chose, ça a été mon étude de marché sur les comportements d’achat, à la fois sur la partie bagageries, sur la partie accessoire de vélo et sur la partie mobilité et objets connectés.

La campagne de crowdfunding

Naier : Quand tu dis études, là-dessus, ça veut dire que tu as vérifié s’il n’y a pas de produits similaires et qu’est-ce qu’il y a comme offre et puis qu’est-ce qu’il y a comme demande, c’est ça ?

Lea : Voilà ! Exactement ! Et puis les volumes de marché sur chacun de ces canaux parce qu’il y a des données macro qu’on ne peut pas trouver sur internet.

Et ensuite, j’ai rencontré mon associé en 2016.

On a décidé très rapidement de partir ensemble.

On a des profils extrêmement complémentaires : lui, ingénieur en systèmes embarqués, j’étais plutôt sur la partie business ; et ça a matché immédiatement.

On a créé la société au 1er janvier 2017 parce qu’on commençait à avoir des frais de prototypage, ce genre de choses donc il fallait qu’on crée la société.

Et en juin de la même année, en 2017, on a lancé une campagne de crowdfuding, ce qui nous a permis de prévendre – puisqu’on faisait de la précommande pendant cette campagne – de prévendre 150 sacs…

Naier : … alors qu’ils n’étaient pas encore fabriqués quoi…

Lea : … alors qu’ils n’étaient pas du tout fabriqués.

On avait un prototype, vraiment c’était quelque chose qu’on avait fait derrière une machine avec des bandes soudées à la main.

On a essayé de faire une jolie vidéo pour montrer tout le potentiel du projet et ça nous a permis de faire une campagne avec 150 préventes.

C’est relativement une petite campagne, mais parce qu’on l’a mené comme ça ; et nous, ça nous permettait vraiment de faire la preuve du marché et nos armes en termes de production, d’industrialisation par la suite.

Naier : Comment, justement, on prépare une campagne de crowdfunding comme ça ? Est-ce que ça se fait du jour au lendemain ? Est-ce qu’il y a tout un préparatif, toute une communication à faire autour ? Comment tu as fait ?

Lea : Oui, il y a énormément de préparatifs.

Une campagne de crowdfunding est vouée à échouer si elle n’est pas préparée.

Donc, on a fait plusieurs choses, déjà on en a parlé de plus en plus autour de nous, on a préparé notre premier cercle – c’est comme ça qu’on l’appelle, donc réseau proche et réseau étendu – au fait qu’on était dans une démarche entrepreneuriale, qu’on allait faire ça, en étant le plus didactique possible, en apportant le plus d’éléments sur la vie au quotidien, la démarche au quotidien, etc.

Donc ça, ça rassemblait déjà plus de 700 personnes, réseau proche et étendu.

Naier : Donc ça, c’est un réseau qui permet de faire ébruiter un peu le mot quoi.

Ce qu’on appelle le réseau proche ce sont les gens qui sont proches et qui sont prêts à vous aider en communiquant l’information eux aussi autour d’eux, ce qui fait que ça peut devenir viral quoi.

C’est bien cela ?

Lea : Exactement ! On a fait comme ça, on a fait des RP aussi, des relations presse.

On a eu plusieurs articles qui nous ont permis de communiquer sur le lancement de la campagne.

Ensuite, on a aussi fait le choix de faire cette campagne sur une plateforme internationale Kickstarter, dans la logique de se dire : « c’est la plateforme de référence en crowdfunding », ce qui fait qu’on va pouvoir avoir un impact international dès le départ.

Et effectivement, on a eu une résonance très européenne, on a fait des ventes en Europe.

Dans les 5 premières minutes du lancement de la campagne, on a un Autrichien qui nous a trouvé et qui a précommandé le sac immédiatement.

C’était vraiment une grosse surprise.

Voilà, le choix de la plateforme permet aussi ce genre de choses.

Naier : Du coup, là, c’était quoi votre objectif ? Tu m’as dit que vous avez fait 150 ventes, c’était quoi l’objectif initial ?

Lea : L’objectif initial c’était d’en faire 100, du coup, ils m’ont demandé 10 000 euros.

En fait, c’était plutôt en volume, parce qu’on avait fait des tarifs early bird, super early bird, etc.

On demandait 10 000 euros et on a fait 18 000 euros, donc on a fait 180% de nos objectifs.

Naier : Excellent ! C’est bien.

Du coup, ça permet de financer la production ?

Lea : Ça permet à peine de financer la production en vérité parce que nous, on est sur du hardware et sur du software.

Dans le hardware, il y a un coût d’entrée qui est assez énorme surtout qu’on est sur 3 types d’industries différentes : on est à la fois sur la bagagerie, sur l’électronique et sur la mécanique.

Tous ces coûts d’entrées sont assez élevés, ce qui nous a permis de… voilà… l’objectif, c’était surtout un objectif de preuve de marché pour nous.

Après, on a aussi réussi à financer le projet par d’autres leviers.

La première version du produit

Naier : D’accord ! Si je te ramène un peu plus en arrière, tu disais qu’en début 2017, vous avez créé la société, tu as trouvé ton associé et à partir de là, tu commences à construire le produit, à l’imaginer, etc.

On n’en a pas parlé en détail, mais il y a pas mal d’innovations dans le produit que vous avez créé, comment on fait tout ça en étant 2 personnes à Paris ? Est-ce qu’on lève des fonds dès le début ou est-ce que vous avez… ?

Lea : Ah ! Alors, nous, on a mis un petit ticket d’entrée de notre poche pour pouvoir commencer à acheter du rouleau de bande LED, du Arduino, un petit peu de toile et un abonnement à un atelier en ville qui donne accès à une imprimante 3D, à une découpe laser et une machine à coudre en gros.

Après, on a vraiment commencé en mode startup garage, c’est à dire que moi, je me suis occupé de toute la partie développement textile, on a travaillé avec une élève designer sur le dessin du sac pour qu’il ait une forme et nous, on s’est occupé de tout le développement du prototype : mon associé sur la partie élec-méca et moi sur la partie textile.

Ensuite, une fois que la structure est créée, parce qu’on avait de plus en plus de frais, donc il y a déjà eu la campagne de crowdfunding ; et ensuite, il y a eu les outils.

À Paris on a de la chance d’avoir pas mal d’outils et de financement de l’entrepreneuriat, notamment la bourse FrenchTech qui est une subvention à la création d’entreprises, qui est assez large puisqu’elle est censée être non discriminante à l’entrepreneuriat.

C’est-à-dire que tous les entrepreneurs en devenir, tant qu’ils ont un sujet sérieux et qu’ils remplissent un dossier sérieusement, peuvent y avoir accès.

Cette subvention-là, on l’a eue à hauteur de 30 000 euros.

Donc ça nous a vraiment permis avec le crowdfunding, et la subvention, ça nous a permis de démarrer avec des fonds pas dégoutants quoi.

Naier : D’accord ! Ce qui vous a permis d’aller plus loin quoi.

Lea : Ouais !

Naier : Justement par rapport à ça, Lea, on parlait de construire le prototype, de le mettre en place, etc.

Ensuite vous avez fait la campagne de crowdfunding, et à partir de ce moment-là, comment vous avez avancé ?

Comment créer un produit et le commercialiser

Lea : Bah ensuite, il faut passer à l’étape de l’industrialisation.

En fait, on a fait la campagne en juin 2017 et on avait annoncé qu’on livrerait en décembre, à Noël 2017.

On s’est vraiment laissé très peu de temps pour industrialiser le produit sachant qu’on n’avait pas nos partenaires industriels, qu’on n’avait pas la méthodologie industrielle non plus, et qu’on a commencé sérieusement à chercher nos partenaires en septembre.

Naier : D’accord ! Ça fait très court pour un produit physique.

Lea : Exactement ! C’est extrêmement court et ça, c’est beaucoup de démarches bouche-à-oreille, trouver le bon prestataire sur internet, appeler les personnes, leur expliquer le projet.

On nous a souvent pris pour des ovnis parce que justement on n’est pas sur un secteur industriel, mais sur 3 secteurs industriels ; donc il faut faire travailler les gens ensemble et les industries en France ne savent pas encore travailler ensemble.

En tout cas, nos industries ne savent pas encore travailler ensemble.

Et donc voilà, ça a été beaucoup de rédactions, de spécifications, de cahiers des charges, de déplacements, de tests, d’aller frapper aux portes sans avoir pris rendez-vous, voilà.

Ça a été beaucoup d’énergie.

Naier : Et vous y êtes arrivés en décembre ?

Lea : Ouais ! On y est arrivé dans le sang et la douleur à vrai dire…

Naier : …ça sent l’expérience douloureuse quoi…

Lea : …ouais, c’était extrêmement douloureux !

Naier : Le 150e sac a été livré la veille de Noël, c’est ça ?

Lea : Exactement ! En fait, une de nos usines était à Vierzon, donc on s’est occupé de faire toute l’intégration finale ensemble : il y avait mon associé, moi-même, ma famille, et un ami qui sont venus nous aider.

Pendant ce temps-là, on était censé rester 24 heures, mais on est resté 72 heures.

Au final on a récupéré les sacs le 20 décembre pour les livrer le 21 décembre.

Donc, on a réussi, mais ça a été un petit peu compliqué.

Le Galuchon : un produit « unique »

Naier : Excellent ! Lea, on a beaucoup parlé de l’aventure entrepreneuriale, mais on n’a pas beaucoup parlé du produit.

Est-ce que tu peux nous en dire plus sur l’innovation qu’il y a dans le produit et qu’est-ce qui vous différencie de la concurrence ?

Lea : Alors, du coup, on fait un sac à dos pour cycliste dont l’idée est de se dire qu’il va vraiment faciliter la vie au quotidien parce qu’il intègre de la lumière.

Ce qui permet d’avoir toujours sa solution de visibilité sur soi ; et on est venu le connecter à une application de GPS, ce qui permet de faire plusieurs choses.

Donc ça me fait du guidage sensoriel par vibrations, les bretelles vibrent pour vous indiquer les directions à prendre et la lumière qui est intégrée dans le sac est elle-même connectée au GPS qui permet aussi de pouvoir déclencher de façon automatique des clignotants pour alerter ses directions à son environnement.

Naier : Excellent !

Lea : Merci ! L’objectif c’était… nous, ce que je disais au tout début, Fabien et moi on est tous les deux cyclistes et l’objectif de base pour moi c’était : « comment on fait pour qu’il y ait plus de vélos, comment je participe aussi à ça, pourquoi ne pas développer une solution hyper concrète qui permettrait de faciliter l’expérience de la route, de la sécuriser, et de la rendre plus confortable » et voilà, en faisant quelque chose de fun basé sur l’expérience utilisateur.

Donc on fera en principal la sécurité, le confort, etc.

Ce qui nous a permis d’itérer à la fois sur la lumière et la partie connectée au GPS du sac.

Naier : Excellent ! Et en termes de concurrence ?

Lea : Alors, en termes de concurrence, il n’y a pas vraiment de concurrence frontale dans le sens où il n’existe pas d’autre… ou alors, je ne les connais pas encore… il n’existe pas d’autres sacs à dos connectés comme on le fait aujourd’hui.

En revanche, il existe plein de choses qui combinent un petit peu ce qu’on essaie de faire, donc il va y avoir des guidons connectés qui font clignotants et GPS, il va y avoir des boussoles connectées qui font la même chose, il va y avoir des sacs à dos lumineux et signalisant, mais non connectés et plutôt pilotables grâce à une télécommande avec un système de flèches en général, il va y avoir les choses très classiques comme le gilet jaune, les lampes de vélo, la bagagerie de manière générale, voilà.

Naier : D’accord ! Lea après ce décembre 2017, comment vous avez continué du coup en 2018 ? Est-ce que vous avez lancé la production et votre site est lancé, du coup, vous avez commencé à livrer des vrais clients ?

Lea : Ouais, c’étaient des vrais clients donc…

Naier : …d’autres clients je veux dire…

Lea : Ouais ! Alors, suite à ça, du coup on s’était fait un petit peu de stock sur la période de Noël, on a fini de vendre ce stock-là.

Et surtout, notre gros objectif, c’était de remettre à plat tout le processus industriel en fait, puisqu’il avait été si imparfait et si compliqué à mettre en place, sachant qu’on avait participé à ce processus industriel.

Donc là, le but c’était de se dire : « OK ! Il faut qu’on réussisse à trouver tous les acteurs qui vont nous permettre de sortir de cette chaîne-là », donc il y a pas mal de choses à retravailler.

Effectivement il y avait énormément de choses à retravailler, donc, on a beaucoup communiqué à ce moment-là avec nos clients pour savoir ce qui allait, ce qui n’allait pas, qu’est-ce qui a été souhaitable dans l’évolution du produit et qu’est-ce que regardait, qu’est-ce qu’on ne regardait pas.

On a tout refait en gros.

On a aussi financé l’entreprise par différents moyens.

Donc on a eu 2 prêts d’honneur, on a gagné des concours, on a aussi fini de lever des fonds en octobre 2018, et on a vraiment tout remis à plat pour sortir complètement de la chaîne industrielle.

On a complètement retravaillé produit pour qu’il soit plus fiable, plus confortable, plus joli et mieux fini, voilà.

Naier : D’accord ! Donc là, il y a une deuxième version du produit qui est sorti et le processus est industrialisé en fait, c’est ça ?

Lea : Voilà ! Exactement !

Naier : D’accord ! Lea, quel est le meilleur canal marketing que vous utilisez pour faire croître Galanck ?

Lea : Alors, meilleur canal marketing en digital, nous on est que sur les réseaux : Instagram et Facebook principalement.

On fait pas mal de Facebook Ads qui est assez puissant comme outil parce que ça nous permet de cibler de façon assez fine les personnes qui s’intéressent à nos sujets, à savoir : mobilité, active, durable, vélo et puis lifestyle clairement.

Instagram, ben pareil, c’est un canal qu’on commence surement à mettre en place et qui fonctionne assez bien.

Et puis après, en termes de marketing, on fait pas mal de RP, ce qui nous permet d’avoir une très jolie couverture presse assez puissante et qui nous a ramené pas mal de traction.

Naier : Vous le faites en interne ou est-ce que vous vous faites appeler un cabinet ?

Lea : Les RP ?

Naier : Oui.

Lea : On a commencé par tout faire en interne et là on a quelqu’un qui nous aide à diffuser nos communiqués de presse, à relancer certains journalistes en particulier et qui nous accompagne sur ces sujets-là.

Après sur la création de contenus, on continue de la faire en interne.

Naier : Lea, où est-ce que vous en êtes aujourd’hui avec Galanck en termes de chiffres ?

Lea : Alors, aujourd’hui, on est 7 dans l’équipe, bientôt 8.

Là, on a un peu plus de 600 clients.

On vient de signer avec le bon marché aussi, ce qui va nous permettre d’avoir une bonne visibilité physique assez calée disons.

On avance aussi en R&D sur la partie logistique urbaine et objets connectés avec un labo de recherche et développement qui est IFP Énergies nouvelles, qui s’intéresse à ça, à la transition énergétique, à la transition dans la mobilité, etc.

Naier : Pour développer de nouveaux produits ?

Lea : Pour développer de nouveaux produits et de nouveaux services surtout.

L’objectif, là, ce serait vraiment d’adapter l’objet connecté aux usages urbains cyclables ; notamment dans le cadre de nouveaux métiers comme ceux des coursiers à vélo par exemple pour que ce soit le plus efficace possible et le plus utile possible sur la partie navigation, guidage et sécurisation par la signalisation.

Naier : Du coup quelles sont les prochaines étapes clés de la croissance de Galanck ?

Lea : Alors, les prochaines étapes clés : il va y avoir la diversification.

En fait on a deux types d’activités. On a une activité B2C donc on développe une marque. C’est-à-dire qu’on défend des valeurs de vie par la mobilité durable, de l’amélioration de la vie quotidienne en milieu urbain surtout.

Ça va être la diversification au niveau de la mare pour pouvoir répondre à différents besoins de nos clients et aussi l’extension de la notoriété et de la marque de manière générale en Europe. Et là, on va aussi ouvrir au Japon.

Après il y a tout le volet B2B.

Naier : Quand tu dis ouvrir au Japon, ça veut dire avoir une place là-bas ou juste ouvrir le marché et livrer de France ?

Lea : Alors, on est en train de collaborer avec un distributeur japonais qui sera notre partenaire exclusif au Japon et l’on prévoit ça pour septembre.

Naier : D’accord ! Il y a de grosses perspectives !

Lea : Ouais, complètement !

Naier : Le marché américain aussi ?

Lea : Oui, mais on va faire chaque chose en son temps, puis, dès qu’on pourra, on ira sur le marché américain.

Naier : Tu parlais à un certain moment de la levée de fonds que vous avez faite.

Elle vous a servi ou elle vous sert à quoi cette levée de fonds ?

Lea : Alors elle nous sert et elle nous a servi à investir dans plein de choses : investir dans l’équipe, investir sur les outillages industriels, investir en R&D, à vraiment lancer la boîte parce que, comme je le disais, on est sûr à la fois une activité hardware et software.

On a autant d’activité et en plus, on s’occupe de tout le reste de la chaîne de valeur à savoir : marketing – communication – commercialisation.

Donc, on a énormément de choses, c’est de l’investissement pur avant que ça puisse être amorti et rentabilisé.

Donc ça, ça nous permet de pouvoir investir assez sereinement sur des postes de dépenses qui sont obligatoires pour le développement de l’entreprise.

Les ingrédients indispensables pour réussir à créer un produit physique

Naier : Lea, quels sont selon toi les ingrédients indispensables pour réussir à créer un produit physique ?

Lea : Les outils indispensables, ça va être de savoir s’entourer évidemment.

Ça, c’est la réponse à tout de toute façon, d’être perfectionniste dans le fait de s’intéresser à ce produit, de comprendre comment il marche, comment il devrait fonctionner, de lever tous les doutes possibles sur la qualité de travail et d’exécution de ses partenaires ; parce qu’en fait, on se rend compte qu’on est les plus aptes à savoir le résultat qu’il faut attendre et à savoir ce qu’il faut faire en termes de résultats, et puis, ne pas hésiter à se bouger, a décroché son téléphone, à poser des questions, à négocier, à vraiment poser les questions les plus bateaux, prendre des risques.

Le moment des temps forts

Naier : OK ! Lea, c’est le moment des temps forts : quel a été le pire moment de ton parcours d’entrepreneur et comment tu as fait pour rebondir ?

Lea : Ah, ben cette livraison de Noël a été vraiment pas mal.

En termes de temps forts, ça a été assez compliqué.

On a rebondi dans le sens où on a décidé d’arrêter tout ce qu’on faisait pour vraiment bien retravailler la chaîne logistique et industrielle pour ne plus jamais avoir à sortir, en plus, un produit qui n’était pas suffisamment qualitatif à nos yeux alors que l’on n’avait pour seule volonté que de faire un produit hyper calé quoi.

On n’avait pas réussi à faire ça.

Donc, suite à cette période qui a été mentalement très chargée pour nous, on a pris des vacances de Noël déjà. Puis, on a décidé de tout remettre à plat pour pouvoir continuer parce qu’on n’allait pas continuer avec les mêmes partenaires et avec les mêmes méthodologies de façon durable.

Naier : Du coup, vous avez changé de partenaire, vous avez changé de fournisseur, etc. ?

Lea : Oui ! En partie, pas tous, mais en partie, on a changé.

On a aussi pris beaucoup plus de temps puisqu’on avait plus cette ligne de mire qui était : « il faut absolument qu’on livre à Noël ».

Donc, on a mis un petit peu plus de temps.

D’ailleurs, la nouvelle version du produit a été commercialisée en octobre 2018, 9 mois après Noël.

Naier : OK, à contrario quel a été ton plus beau moment ?

Lea : Il y en a eu pas mal ! Il y a eu la première fois qu’on a eu un proto fonctionnel avec mon associé qu’on a pu tester dans la rue.

Il y a quand même eu cette période de Noël où l’on a finalement réussi à sortir sur le produit de façon industrielle : à moitié artisanale, mais quand même industrielle.

Puis, je pense qu’il y a aussi eu la nouvelle version du produit qui est arrivé chez nous et qui répondait à tellement de choses en termes de qualité, de design, de confort, de fonctionnalités, d’attentes…qui répondait vraiment à ce qu’on avait en tête quoi.

L’interview top 5

Naier : D’accord ! C’est le moment de l’interview top 5 : le livre que tu recommandes ?

Lea : Alors le livre que je recommande, sur l’entrepreneuriat en tout cas, il y a peu de temps, j’ai lu « La 25e heure » qui était assez réconfortant dans le sens où ça donne pas mal d’outils pour être un peu plus efficace.

Ça permet aussi de décomplexer pas mal de comportements entrepreneuriaux et voilà.

Ça m’a fait connaître de nouveaux outils qui m’aident bien au quotidien et ça c’était chouette, voilà.

Après, je lis pas mal la revue « Harvard Business review » aussi.

Il y a beaucoup de sujets sur l’entrepreneuriat, du leadership, du développement personnel…qui est une revue assez intéressante.

Naier : D’accord ! L’entrepreneur que tu suis ou dont tu es fan ?

Lea : Je suis bien fan d’Yvon Chouinard qui est le fondateur de Patagonia et dont j’aime le fait qu’il est. Déjà, au niveau entrepreneurial, Patagonia, c’est une très belle marque.

Et lui défend des valeurs de durabilité et de responsabilité qui me parlent énormément.

Ce sont des choses qu’on a aussi profondément ancrées chez nous.

On fait un bien de consommation, mais on veut faire en sorte que ce soit fait de la meilleure manière possible. C’est-à-dire que ce soit le plus durable possible, donc, le plus qualitatif possible, que ce soit recyclé, recyclable… voilà… en phase avec les valeurs qu’on prône qui sont des valeurs de responsabilité au niveau des mobilités, de la façon de se déplacer et la façon d’appréhender la ville quoi.

Naier : D’accord ! Ton outil en ligne préféré ?

Lea : Oh la la ! Alors je vais dire Trello, Slack, Gmail est très bien aussi.

Naier : D’accord ! Ton premier conseil pour quelqu’un qui aimerait se lancer aujourd’hui ?

Lea : Mon premier conseil pour quelqu’un qui aimerait se lancer aujourd’hui c’est de ne pas avoir peur de demander, d’être culotté et d’y aller quoi.

Il y a un moment où il faut juste poser la question, en parler et faire.

Il faut faire en fait, voilà.

Naier : Le meilleur investissement que tu as réalisé pour faire croître ton entreprise. Ça pourrait être un investissement en termes de temps, de moyens humains, de moyens financiers, un produit ou un service ?

Lea : Je ne sais pas trop quoi dire…

J’ai investi dans mon équipe qui fait un boulot de ouf.

Donc ça, c’est un super investissement.

On a eu nos investissements de base sur le développement de produits – à la fois sur la partie startup garage et sur la partie outil industriel – et en termes de temps aussi pour financer l’entreprise.

C’est une bonne partie de mon temps que j’y ai pu consacrer et qui a été juste nécessaire et vital pour la survie de l’entreprise.

Donc, je ne sais pas s’il y a un meilleur investissement, il y a eu plusieurs meilleurs investissements pour faire croître l’entreprise.

Naier : Excellent ! Lea, merci de nous avoir accordé cette interview.

Lea : Mais avec grand plaisir !

Naier : Est-ce que tu peux dire à nos auditeurs ou est-ce qu’il pense te suivre ?

Lea : Alors, ils peuvent me suivre sur Twitter, sur Instagram, sur Facebook. Ils peuvent s’abonner à notre newsletter, ils peuvent m’envoyer un mail, voilà.

La société s’appelle Galanck, on nous trouve partout.

Le petit nom du sac c’est Nos Galuchons, c’est encore plus facile à retenir ; c’est-à-dire le Galuchon de Galanck.

Donc, qu’ils n’hésitent pas, et surtout, faites du vélo, de la trottinette ou du skate, comme vous le voulez, mais bougez-vous, faites du vélo et respirez.

Naier : Excellent ! Et j’espère que ça ne sera que le premier d’une longue lignée de produits.

Lea : Eh bien, c’est très gentil !

Naier : Je t’en prie, merci Lea, à bientôt !

Lea : Merci beaucoup Naier, à bientôt !

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