Comment apprendre de ses erreurs pour réussir avec Sylvain Tillon de Tilkee
Apprendre de ses erreurs avec Sylvain Tillon de Tilkee

002 : Comment Apprendre de ses Erreurs pour Réussir avec Sylvain Tillon de Tilkee

  • Naier Saidane
  •  -  5 novembre 2018

Aujourd’hui, je suis très heureux d’accueillir mon 1er invité dans le podcast, Sylvain Tillon, co-fondateur de Tilkee, une solution de tracking qui permet d’améliorer vos ventes en analysant la lecture des documents que vous envoyez à vos prospects et clients.

Sylvain n’en est pas à son coup d’essai ! A ses début, il a créé une première boite qui a coulé au bout de 6 ans.

L’épreuve de la liquidation l’a beaucoup marqué mais il a su apprendre de ses erreurs et de son échec pour finalement rencontrer le succès avec Sydo.

Et c’est justement grâce à Sydo et à ses propres problématiques quotidiennes qu’il trouve l’idée de Tilkee. Il crée une première version sommaire mais suffisante pour lancer le projet.

Aujourd’hui, Tilkee génère 150 000 € par mois, et ce n’est que le début !

Dans cet épisode vous allez découvrir

  • 02:09 Son tout premier business.
  • 12:53 Comment il a lancé Sydo.
  • 15:50 Comment il a trouvé l’idée de Tilkee et comment s’est passé le démarrage.
  • 25:02 Les meilleurs canaux marketing qu’il a utilisés pour faire croître Tilkee.
  • 27:50 Les chiffres de Tilkee aujourd’hui.
  • 30:07 Les entrepreneurs dont il s’inspire.
  • 32:20 Pourquoi il a choisi de ne pas s’attaquer au marché américain.
  • 35:10 Les prochaines étapes clés de la croissance.
  • 37:22 Le pire moment de son parcours d’entrepreneur et comment il a fait pour rebondir.
  • 40:00 Le plus beau moment dans son parcours.
  • 41:46 Le livre qu’il recommande.
  • 42:33 L’Entrepreneur qu’il suit.
  • 43:27 Son outil en ligne préféré.
  • 44:48 Son 1er conseil pour quelqu’un qui aimerait se lancer aujourd’hui.
  • 45:40 Le meilleur investissement qu’il a réalisé pour faire croître son entreprise.

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Retranscription du podcast

Naier : Sylvain, est-ce que tu es prêt à nous révéler l’entrepreneur qui est en toi.

Sylvain : Oh, avec plaisir, après je ne suis pas sûr que ce soit quelqu’un de vraiment différent de tout le monde. C’est un choix de parcours pro au moment où, ou une folie aussi hein, d’ailleurs puisque ce n’était pas, je ne savais pas dans quoi je me lançais, mais c’est avec plaisir d’échanger avec toi.

Naier : Excellent ! Alors, aujourd’hui je suis très heureux d’accueillir Sylvain. Sylvain, c’est le cofondateur de Tilkee.  Tilkee, c’est une solution de tracking qui permet de mieux vendre en analysant la lecture des documents que vous envoyez à vos prospects et clients.

Sylvain : excellente présentation.

Naier : Sylvain, on va reparler de Tilkee. J’aimerais qu’on remonte un peu le temps et qu’on s’intéresse un peu à ton parcours personnel. Est-ce que tu te rappelles du tout premier projet ou business que tu as fait ?

Sylvain : Le tout premier business que j’ai pu faire ! Alors ça remonte aux années collège ou lycée ça, qu’est-ce que j’ai fait comme bêtises à l’époque : organisation d’une soirée étudiante dans mon lycée où j’ai fait venir deux mille personnes dans une grosse boîte de nuit à Paris. Ça s’est évidemment mal passé, les flics étaient intervenus les gaz lacrymo,

Je me suis retrouvé dehors, ma propre soirée où je me suis battu avec un gars.

Et des petits boulots dans la restauration où je me suis retrouvé gérer une pizzeria dans ma petite ville parce que le boss est parti en vacances et qu’il trouvait que je gérais suffisamment bien. Et c’est là où j’ai pris goût à gérer, à travailler avec qu’une équipe, à essayer de faire tourner un business, à essayer d’améliorer les choses du quotidien ; et que j’ai eu envie de faire aussi à ma façon de par produire les erreurs que j’ai pu voir, sachant qu’il y a un autre job qui m’a pêle-mêle marqué.

J’étais cuisinier à Malte à l’âge de 17-18 ans, caché parce que je n’ai pas de visa pour y travailler à l’époque ça ne faisait pas partie de l’Union européenne. Mais comme j’étais Français, j’étais parmi les plus payés parce qu’à l’époque, dans ce restaurant, on payait en fonction de la nationalité. Et les plus payés c’était les Maltais, devant les Français et Italiens, devant le reste de l’Europe et devant le reste de l’Afrique. C’était assez surprenant.

Donc voilà les premiers des premiers débuts de projet. J’ai toujours eu une envie de monter un jour ma boîte. Pourtant il y a 15 ans c’était un peu moins dans la mode qu’aujourd’hui.

J’avais dit ça en école de commerce en disant, je vais faire dix ans de conseil et une fois que j’aurais acquis l’expérience et j’aurais mis un peu de sous de côté je me lancerai. Sauf qu’en première année on devait tous faire un projet virtuel de création d’entreprises et que j’ai joué le jeu. Comme j’étais motard, j’ai fait des bijoux pour cheveux. Donc, il n’y a pas beaucoup de liens trouvés entre les itinéraires un petit peu cachés.

Sur les blousons moto il y a du scratch et je m’étais rendu compte que ça tenait bien mes cheveux ; donc je me suis dit pourquoi ne pas mettre des petits bijoux avec du scratch dans mes cheveux. C’était très moche, mais je l’ai fait très sérieusement et j’en ai vendu quelques-uns. Du coup, j’avais été sélectionné parmi les douze 12 meilleurs projets de l’école. Et dans le jury, il avait une femme qui est tombée amoureuse du projet et qui me dit, qui m’a proposé de m’accompagner pour aller plus loin si je trouve une autre idée.

Et en plus de ça, cette femme travaillait chez L’Oréal donc c’était plutôt un gage de sérieux et de vrais intérêts par rapport à ce projet de bijoux pour cheveux qui en est devenu une boîte à 20 ans, qui a duré six ans, où j’ai appris plein de choses. J’ai voyagé à travers le monde. J’ai refait toutes les erreurs du monde. J’ai fini d’ailleurs au tribunal avec des procès et des dettes ; mais vraiment c’était une aventure incroyable. Ça, c’était les débuts.

Naier : Et dans cette première boîte, est-ce que tu peux nous dire un ou deux catastrophes que tu as faites qu’il faut éviter de faire ?

Sylvain : Il y en a beaucoup. Alors dans les premières j’ai été incapable de… J’ai mis trois ans à aller voir Brigitte qui était coiffeuse et qui habitait à 200 m de mes bureaux. J’avais très peur que Brigitte me dise non, et le non je ne le prenais pas tant pour mon produit, mais pour moi, vu que c’est moi qui avais inventé ce bijou. Et ce qui est une terrible erreur parce qu’en fait j’ai mis très longtemps à comprendre mes clients, à comprendre le marché et j’avais peur de vendre.

Deuxième erreur que j’ai découverte peu de temps après, alors complètement par hasard, pour vous expliquer le schéma : en juillet 2005 je reçois un mail de la Côte d’Ivoire, en août pour m’acheter des bijoux. Il me donne les références des bijoux qu’il voulait acheter avec les bons prix, etc. J’échange avec cette personne, je l’appelle même sur son numéro en Côte d’Ivoire, on échange nos téléphones et je lui demande comment il compte payer. Il me répond CB.

Je lui dis, ok, très bien, mais juste avant d’envoyer des produits, j’appelle quand même mon banquier en lui disant ben : ça a l’air très sérieux et que je les ai appelés, ils connaissaient vraiment ma boîte : « Est-ce qu’il y a un risque quelconque avec le paiement ». Je leur dis par CB !

C’est une CB volée, donc vous allez envoyer les produits, vous allez recevoir l’argent sur le compte vous allez envoyer les produits, mais le jour où le titulaire de la carte va à s’en rendre compte, dans la semaine qui suit, l’argent va repartir de votre compte et pourtant vos produits seront déjà arrivés là-bas.

Et effectivement quand j’ai dit à mon interlocuteur ivoirien que je préférais un virement, je n’ai plus de contact.

Ça, c’était le début de l’histoire. Un an après, je… Toujours au mois d’août… Autre connerie, c’est ne pas prendre de vacances, mais je n’avais toujours pas appris la leçon, je suis au bureau, je reçois le mail d’un roumain, même format, même idée. Et donc je me fais vraiment chier, je sais que c’est une arnaque, donc je lui triple le prix. Le mec dit ok, et je lui dis à la fin : « moi, c’est que virement, je ne prends pas la CB ». Il fait : « pas de problème ».

Le lendemain j’avais des sous sur mon compte. Leçon et moralité de tout ça : Si un Roumain était capable de mettre trois fois le prix de vente que je proposais est en France c’est qu’il y avait vraiment un problème.

Et parfois, on a tendance à vouloir vendre pas cher pour vendre plus, alors que c’est une… En tout cas, moi ça a été une énorme erreur. Je l’ai reproduite dans ma boîte d’après, puis chez Tilkee.

En montant nos prix, on a rassuré les clients. J’avais ce gros problème argent. Je ne me suis pas payée, ou pas assez, ou pas assez vite. Je m’étais toujours dit dès que je ferais plus que 0 je me paierais, sauf que je n’ai jamais fait plus que zéro donc j’ai perdu aussi la motivation je… Socialement c’est compliqué, parce que je ne fais plus les restos ni les apéros avec les copains parce que je ne pouvais pas payer ma part.

Je n’ai pas pris de vacances, j’en parlais juste avant. J’ai voulu conquérir le monde parce qu’on avait pleines d’intentions positives de partout et j’ai été voyager aux États-Unis pour aller vendre là-bas, c’était fou. Sauf que je n’étais pas vraiment planté en France et que du coup c’était compliqué de gérer la com et le marketing des deux côtés et le décalage horaire. Donc je n’ai fait ni l’un ni l’autre bien : ni la France ni les US.

Au final, j’ai perdu du temps de l’énergie de l’argent à vouloir faire les deux. Et une autre grosse erreur : j’avais tendance à préparer et être beaucoup sur la recherche-développement et préparer les produits de demain. J’étais même… J’avais un proto assez incroyable de bijou parfumé avec du Chanel numéro 5 dans le bijou ; qu’il diffusait très doucement et sans abîmer les vêtements ni les cheveux ni rien. Une idée, sympa sauf que mes bijoux pour cheveux normaux n’étaient déjà pas vendus en fait donc je passais du temps à travailler sur le produit d’après alors que le produit du moment n’était toujours pas sur le marché et c’est ce qui vous fait perdre de l’argent et du focus sur les bonnes choses. Voilà, ça c’est 4-5 erreurs parmi la centaine que j’ai pu faire.

Ainsi une autre erreur c’est que j’ai… Alors, c’est paradoxal, j’ai déposé un brevet sur mon idée, même en brevet mondial parce qu’on avait inventé un nouveau système d’attache. Sauf que je n’avais pas les moyens de défendre cette stratégie.

Et du coup je me suis même fait attaquer par un concurrent qui a voulu me couler en m’attaquant, et qui a presque réussi à le faire.

Naier : tu as été attaqué sur le brevet ?

Sylvain : Ouais ! il m’a attaqué sur le brevet pour ne pas que je puisse attaquer parce que, pour cela, il me copiait, moi je ne pouvais pas attaquer non plus. Et même, à la fin, quand j’ai gagné, de façon je n’avais pas les moyens de l’attaquer.

Donc c’était un peu une erreur aussi de mettre de l’argent là-dedans alors j’aurais mieux fait de mettre l’argent dans le marketing pour être… Pour prendre de l’avance en fait. Donc voilà, plein d’erreurs.

Ah, si encore une autre tient ! On entrait dans le monde de la mode et la coiffure donc il fallait faire de jolies photos, sauf que j’avais très peu d’argent dû par la boîte. Donc j’ai sous-capitalisé la boîte, et une énorme peur de l’échec.

Il y a un truc que je n’ai jamais osé faire, c’est faire une vraie séance photo avec un vrai mannequin parce que ça coûte cher ; et que si je la ratais, ben je plantais la boîte. Du coup j’ai fait plein de petites séances photos avec des simili mannequins, avec des presque coiffeurs et des presque photographes, et ça donne à la fin des presque photos.

Du coup, sur mes 6 séances, je n’ai pas eu de photos dont je suis fier aujourd’hui. Alors que ça m’a coûté même un peu plus cher qu’une seule belle séance avec un vrai un vrai modèle est un vrai photographe. Et après que ça arrive, mais c’est con parce que j’ai dépensé de l’argent à pas aller jusqu’au bout du truc, mais par peur de me planter si j’allais jusqu’au bout et que du coup à ne pas vouloir aller jusqu’au bout, mais je me suis planté.

Voilà, mais il y en a plein d’autres.

Naier : Cela permet d’avancer de ne plus refaire les mêmes conneries.

Sylvain : J’en fais d’autres, je fais plus celles-là, mais j’en fais plein d’autres, et notamment qu’est-ce que j’ai pu faire dernièrement ? Ce serait trop long ! Mais ouais clairement c’est ce qui m’a permis d’aider à prendre du recul par rapport à tout ça, c’est d’en créer un cours. D’ailleurs, parce que mon business plan était très bien écrit, il respectait toutes les règles d’une boîte, d’un bon business plan tout comme il faut faire dans une grande école de commerce, etc. Donc on a même fait un petit levé de fonds, mais si on sait le lire, si on a le recul nécessaire, si on est un peu un entrepreneur, toutes les erreurs sont écrites entre les lignes.

Franchement le business plan, elle se lisait trop bien. C’est une belle histoire, mais en fait dans chaque paragraphe vous pouvez voir la connerie que j’allais faire. Sauf que, en tant qu’étudiant on ne la voyait pas, donc ça permettait de faire un cours pour montrer aux étudiants que même dans le meilleur projet du monde tu avais pleins d’erreurs qui étaient cachées. Et ça faisait presque du bien d’assumer et d’en parler en fait.

Naier : Et justement, à ce moment-là tu n’avais pas un mentor ou une personne qui pouvait t’aiguiller sur ces erreurs-là ?

Sylvain : Si, mais je préfère faire mes propres erreurs. Ce qui est important, c’est quelqu’un qui m’allume les phares avant que je prenne le mur, mais parfois je n’avais pas à faire comme on dit en fait ; et ma naïveté ou ma fierté fait que j’aime bien faire mes propres conneries. Donc, de toute façon, on avait beau me dire ça ne le fait pas, j’allais quand même le faire pour voir si vraiment il ne fallait pas le faire ou, si peut-être, le mentor en face de moi en fait c’était trop vieux pour savoir comment il fallait faire.

Naier : Le courage ou comment on appelle ça ?

Sylvain : La bêtise ? Je ne sais pas.

Naier : Et après cette première expérience professionnelle du couffin entrepreneurial, est-ce qu’il y en a eu d’autres ?

Sylvain : Oui, alors après cette première boîte du coup qui se termine mal donc, comme je disais, j’ai donné des cours et j’ai créé une société avec trois pages de business plan.

La page 1 : je vais me payer 2000 euros dès le premier mois. La page 2 : je ne ferai que ce que j’aime et quand je veux ; et la page 3 on fera une petite boîte, on ne montera pas au-delà de 20, mais on fera un petit truc où l’on s’éclate.

Voilà, on voit le business plan et qu’on a tenu, qu’il existe toujours autour de cette passion de l’enseignement, de la pédagogie, de l’écriture. Donc j’écrivais des bandes dessinées, je donnais pas mal de cours de façon un peu différente où j’animais des formations de façon différente donc voilà c’est ça qui m’éclatais au quotidien.

Naier : d’accord !

Sylvain : Et aujourd’hui ça s’appelle Sydo et c’est une société qui produit notamment les vidéos Dessine-moi l’éco. Alors, je ne sais pas si vous avez déjà vu ces vidéos qui sont diffusées sur lemonde.fr avec une petite main qui explique des concepts économiques en trois minutes. Un projet qui nous a fait connaître, qui est gratuit. On n’a jamais eu de business model autour de ça, mais c’est un truc… Déjà on voulait apprendre des trucs qu’on ne comprenait pas toujours et en plus ça me permettrait de me montrer notre expertise dans le partage, dans la transmission d’informations. Donc ça, c’est la deuxième.

Naier : Puis c’est super donc, du coup, ça, c’était votre canal marketing.

Sylvain : Ouais, mais ce n’était pas prévu comme ça parce qu’au début, il n’y avait même pas notre marque sur les vidéos parce qu’on ne voulait vraiment pas que ce soit vu comme un objet publicitaire. On voulait vraiment faire un truc bien et être fier de ce que…

Enfin être fier de faire partager une partie de savoir, puisqu’on a lancé ça début 2012 avant les élections présidentielles. En dix ans le sujet économique devrait être un des sujets majeurs de cette élection. Sauf qu’en France, on est assez peu éduqués là-dessus et les soit c’est compliqué de rentrer dedans, soit ça donne des solutions, mais ça n’explique pas le problème.

Nous, on veut expliquer les problèmes parce que les solutions, on ne les a pas. Et à la fin, à chacun de choisir son candidat en fonction de sa compréhension du problème, outre son choix de proposer de solutions. Bon ça n’a pas du tout été un sujet d’économie ça a été, qu’est-ce que c’est à l’époque, c’est une migration ou je ne sais plus quoi, comme d’habitude, comme toutes les élections ; mais on a aujourd’hui 50 millions de vues dans le monde francophone sur ces vidéos qui sont devenus une base dans l’enseignement de l’économie au lycée, même à la fac, et qui est une source pour tout le monde, gratuites, neutres d’expliquer des choses un peu complexes.

Mais, oui c’est devenu un peu plus marketing par la suite parce qu’on a quand même mis notre nom. On avait ras le bol que les gens félicitent le monde et remercie Le Monde pour ses vidéos alors que c’est nous qui les faisons, tant qu’au bout d’un moment, on a écrit qui on était.

Naier : On partagera le lien dans l’article qui sera associé à l’interview.

Sylvain : C’est gentil ! Et du coup Sydo commençait à bien grandir. On est une petite dizaine, on s’éclate, tout va bien. J’ai une problématique au quotidien c’est que nous on fait de très jolis livrables, on fait de belles vidéos, de jolies présentations, de jolis jeux sérieux, mais quand je revois des offres commerciales elles sont moches parce que c’est trop lourd parce que ça ne passe pas dans les pièces jointes des mails. Et qu’en plus, parfois je ne veux pas envoyer la vidéo aux clients. Je veux qu’ils la voir, mais sans la télécharger. Et je cherche des solutions pour ne pas lui envoyer 14 vidéos. On crée un mini site web en fait pour… Du coup on se met à créer un mini site ou avec un mot de passe pour que le client puisse accéder et voir les docks en ligne.

On colle dessus du Google Analytics et un jour, alors que je travaille dans mes stats, je vois que j’ai un client qui est sur mon site en train de regarder mes documents d’offre commerciale.

Je l’appelle, je tombe bien parce qu’il n’avait rien compris. On passe un moment au téléphone et, à la fin de cette discussion qui a duré deux heures, puis en fait, « c’est exactement ce que je voulais, tu tombes vraiment bien, on va signer ensemble ».

Là je rappelle mon collègue et ce qui est dingue c’est de savoir quand mon prospect regarde mon offre, parce que là ça me permet de l’avoir au bon moment et de lui apporter… de lui répondre à ces questions et de lui apporter les réponses dont il avait besoin.

Et c’est comme ça qu’on imagine Tilkee en fait : vraiment sur un besoin perso et un hasard total. Et, sauf que, techniquement c’est beaucoup plus compliqué que ce que j’avais imaginé, nous on avait fait un proto que j’avais installé chez mes trois copains. Et Tilkee est aujourd’hui une solution qui permet de mettre des traqueurs invisibles et légaux dans tous les documents avec plein de cas d’usage pour les commerciaux.

Naier : Du coup, juste techniquement, ça se met dans le pdf lui-même qu’on va envoyer dans le mail où, c’est un lien qui va ouvrir sur un site sera un site web où il y aura les documents la vidéo, etc.

Sylvain : C’est un lien qui va ouvrir le document pdf potentiellement qui sera en ligne qui est téléchargeable ou pas, ça dépend de ton souhait, mais c’est le même document accessible de partout où il y a plus de limites de poids, il n’y a pas de soucis.

Naier : D’accord, oui.

Sylvain : L’autre version dont tu parles qui est d’intégrer les trackers dans pdf, c’est faisable on l’a déjà fait, mais c’est illégal donc on a arrêté.

Naier : D’accord, je comprends.

Sylvain : Malheureusement !

Naier : Du coup, comment s’est passé le passage vers Tilkee ?

Sylvain : Allez, on a une idée, on en crée une boîte et on y va.

On habite chez le truc, un salon de start-up, on a été sélectionné à nouveau parmi les trois meilleurs projets.

Naier : Et à ce moment-là, vous avez déjà développé quelque chose ?

Sylvain : On a quelque chose de présentable qui n’est pas vendable, mais qui est présentable pour montrer la valeur ça apporte.

Naier : Super, donc c’est un modèle minimum, vous n’avez pas passé beaucoup de temps dessus.

Sylvain : Bah, c’est celui que j’ai utilisé moi au quotidien en fait. Et on rencontre ses acteurs financiers qui nous disent nous on est presque prêt à vous accompagner dessus, et je leur réponds : c’est bien gentil, mais moi j’ai une boîte, mon associé aussi.

Nous on est prêt à y aller que si on a vraiment les moyens de nos ambitions. Je ne voulais pas répéter cette erreur de sous-capitalisation, de la sous-capitalisation de ma première boîte et on lève cinq cent mille euros en juillet 2014.

Et là du coup, bah moi je quitte Sydo, mon associé vend sa boîte et on se met à plein temps sur Tilkee à partir de ce moment-là, avec une aventure qui était, qui nous a complètement dépassés, puisque que ça a pivoté mille fois, parce que ça a beaucoup changé puisque ça a été compliqué.

En juillet 2016 je pensais déposer le bilan, finalement ça s’est mis à décoller. Bah voilà, une aventure assez folle, aujourd’hui on est 30 personnes, on ouvre à Londres dans deux mois et on s’éclate. Les clients sont contents, un produit qui marche. En fait, la vraie difficulté, c’est qu’il faut pouvoir traquer tous types de documents sur tous types d’ordinateurs et de téléphones et que je n’imaginais pas que des gens puissent encore être sur Internet Explorer 7 par exemple ou puissent utiliser certains systèmes d’exploitation qui sont rares sauf que moi je ne peux pas dire à mes utilisateurs : « bah désolé, mais ton client il est con il est sur un vieux navigateur. Non, son client il n’est pas con, il utilise Internet Explorer 7, il faut que ça marche sur Internet Explorer 7 ».

Donc voilà, ça a été beaucoup plus long que prévu à réaliser, mais aujourd’hui on a un vrai beau produit et on s’éclate, où il y a plein de choses à faire et le champ des possibles en fait toujours pas fini.

Sachant qu’on a une version gratuite de Tilkee pour les gens qui cherchent du boulot. Elle s’appelle Tilkee for jobs qui permet de traquer son CV et sa lettre de motivation, et de savoir quel employeur s’intéresse à vous quand vous faites une candidature spontanée.

C’est un produit ou on reçoit de l’amour tous les jours, parce que ça va être vachement de gens en fait, c’est tellement frustrant, parce que j’en ai fait moi aussi pas mal, et qu’on est des gens spontanés quand je cherchais du boulot, de ne pas avoir de retour du tout. Que là au moins, je vous dis : lui, il n’a jamais ouvert votre CV, donc ça ne sert à rien d’attendre sa réponse. Par contre lui, il l’a ouvert trois fois, passez-lui un coup de fil il y a des chances qu’il vous reçoive. Rien que ça, après, ça fait beaucoup de bien.

Naier : C’est excellent ça ! Et du coup quand tu dis c’est gratuit, c’est parce que c’est dans ses débuts ou c’est le modèle cible ?

Sylvain : C’est un modèle comme Dessine-moi l’éco.

On veut… Enfin, nous ça ne nous coûtait rien, la plateforme existe déjà, la plateforme technique existe déjà, et on trouve ça cool de faire un truc bien après les rêves derrière qui sont liés à ça c’est :

Un : créer de l’usage, que les gens prennent l’habitude de traquer leurs pièces jointes stratégiques, donc, dès que vous envoyez un document où vous attendez de réponse pour autant de savoir si le mec ou la personne en face l’a lu. Donc comme un cv, comme un livre blanc, un mémoire de fin d’études, un bon de commande, enfin ouais tous les documents qu’on peut envoyer qui sont un peu importants.

Deux : on a déjà signé des clients suite à ça parce que quelqu’un a retrouvé du travail, qu’il a dit à son chef comment il avait fait pour, enfin pourquoi il les avait appelés eux, donc leur expliquer qu’il avait utilisé Tilkee, qu’il avait vu qu’il s’était intéressé à son profil. Du coup c’est ça qui avait déclenché son appel et qu’il nous a vendu auprès des commerciaux en disant : « ben vous devriez utiliser même chose pour envoyer vos devis et offres commerciales ».

Trois : par hasard, on s’est intégré dans l’application de pôle emploi, dans l’emploi store et aujourd’hui pôle emploi devient un client, puisqu’’ils veulent mettre à disposition Tilkee nativement.

Si vous utilisez la plateforme pôle emploi, chaque fois que vous enverrez un cv il sera traqué. Comme ça, vous saurez s’il a été lu ou pas et par quel employeur. Et eux nous achète le droit d’utiliser la technologie, mais ce n’était pas prévu du tout, vraiment ça n’a pas été fait pour ça.

Naier : C’est ce qui est important là c’est de donner de la valeur aux gens et puis ils viendront quoi ?

Sylvain : C’est ce qu’on se dit, alors après, on lance plein de produits on essaye plein de choses on se plante très souvent, toujours hein.

Tous les ans, on fait un séminaire d’innovation où on lance, on imagine de nouveaux projets entre 3 et 5. On en finance 75 %, ou on essaye, et on en plante 75 %. Donc il reste toujours un parent en gros qui devient un produit comme Tilkee for jobs qui est peut-être notre avenir en fait commercial, alors qu’au départ c’est juste un truc cool qui nous faisait marrer.

Alors qu’il y a d’autres trucs qui paraissaient bien plus fous sur le papier, mais qu’on n’a jamais réussi à lancer et qu’on a mis à la poubelle depuis. Ouais, on a ce modèle de dire : on ne fait pas d’études de marché, on lance un proto, on essaye de voir si ça plaît et si ça plaît, on continue.

Naier : Un concept en interne ?

Sylvain : Ouais,

Naier : D’accord.

Sylvain : Ouais pour plusieurs choses : un, parce que c’est motivant pour les équipes.

Deux : je ne veux pas que ce soit ma boîte, je veux que ce soit leur boîte aussi et qu’ils se sentent tous impliqués dans le truc et plus ils auront de marges de manœuvre pour la faire bouger plus ils seront motivés au quotidien.

Trois : parce qu’au final je n’ai pas toujours les meilleures idées, loin de là. Il y a deux ans, un collègue m’a proposé la solution de créer la solution Tilkee for marketing, donc : analyse massive de lecture de documents. Je ne voyais pas trop l’intérêt, mais bon, comme il l’avait fait le projet dans le cadre et que le projet avait été unanimement applaudi par les collègues, on l’a financé et aujourd’hui c’est une offre qui représente plus de 30 % de notre chiffre d’affaires, alors que je n’y croyais pas.

Et j’en suis super fier en fait. C’est trop cool. C’est trop cool parce que… Alors, ce qui est marrant c’est que ce projet-là il a mis six mois à être développée et pas deux ans parce que comme c’est leur idée à eux, ils n’avaient vraiment pas envie que ce soit bugué ; qu’on l’a fait un peu plus avec le client aussi donc du coup ça répondait tout de suite à ses besoins. Il y a eu moins de pivots comme on a pu le faire sur la première boîte. Et ils n’ont pas répété les erreurs que j’ai pu faire moi. Donc du coup, je sais trop fier de voir qu’ils avaient énormément appris en bien.

Naier : Excellent, on apprend beaucoup de choses avec toi Sylvain

Sylvain : C’est gentil !

Naier : Concernant Tilkee, quel a été le meilleur canal marketing que vous avez utilisé pour la faire croître ? S’il y en a un à citer, on va dire.

Sylvain : Ouais, mais c’est paradoxal, celui qui a le mieux marché dernièrement c’est : on a envoyé 100 blacks cards, enfin une sorte de carte de crédit noire avec le nom du client, son numéro d’utilisateur et un cadeau à nos 100 meilleurs utilisateurs pour de vrai.

Et en fait il y en a plus de 120 et on a fait des posts LinkedIn dédiés à ça donc c’est génial. On est trop fier d’être dans les 100 meilleurs utilisateurs Tilkee, et ça nous a  généré un nombre d’appels de boîtes qui nous dit : « c’est génial votre truc, on veut pareils », qu’on n’avait pas imaginé alors que c’est un… Ouais, c’est une idée, on s’est dit : comment remercier nos clients les plus fidèles et qui utilisent le plus les applications quel que soit le budget qu’ils payent puisqu’on n’a pas changé les prix, donc l’application il y a quatre ans était à 6 euros par mois, maintenant elle est à 39. Il y a des gens qui ont reçu cette carte alors qu’ils ne payent que très peu tous les mois, mais bon, c’est le jeu.

Donc je n’ai pas fait en fonction de leur potentiel de chiffre d’affaires, j’ai vraiment fait en fonction de leurs usages et ils ont… Enfin c’est marrant, ils étaient trop fiers de dire sur les réseaux sociaux qu’ils utilisaient Tilkee et qu’ils faisaient partie des 100 meilleurs utilisateurs français. Impact de dingue et on envoyait un courrier, enfin ça nous a coûté 200 euros. Et en termes de com c’est une opération qui m’aurait coûté 20 000 quoi, si j’avais dû la faire en payant.

Il y a des petits trucs comme ça, après un autre truc qui a ultra bien marché en mai dernier ou juin dernier : on a partagé le business plan qui nous a permis de vendre, de lever 3 millions et demi, et c’est le vrai business plan.

Naier : Sur votre blog ?

Sylvain : Sur le magazine des start-ups qui s’appelle Maddyness. Là, où il y a un article : « comment Tilkee a levé 3 millions et demi » et on partage de façon transparente notre pitch deck et où en fait, alors du coup vous le saurez, mais ne faites pas attention, vous êtes traqué pendant que vous lisez et au moment où vous fermez le document, on vous envoie vos statistiques de lecture, en mode : « bah tu es passé 10 secondes dessus, c’est quand même vraiment pas beaucoup de temps je t’assure qu’il est intéressant reviens-y ». Ou : « t’as passé 3 minutes, j’espère que tu as trouvé les réponses à tes questions, sinon je suis à ta dispo si tu as d’autres questions dessus ».

Et les gens, en fait, ont découvert Tilkee sans le savoir. Du coup, ils lisaient le projet de la boîte, mais en même temps, ils se faisaient traquer et ils ont vu l’impact que ça pouvait avoir et l’intérêt que ça pouvait avoir. Ça nous a généré un nombre de nouveaux clients assez hallucinant sur une opération toute bête qui était gratuite, parce que j’ai envoyé cette proposition d’article à Maddyness qui trouvait ça cool, et qui du coup, l’a diffusée.

Naier : Waouh, excellent !

Sylvain, ou est-ce que vous en êtes aujourd’hui sur Tilkee en termes de chiffres ?

Sylvain : Là, on dépasse les 100 000 euros de chiffre d’affaires récurrent par mois plus on fait un peu de services tous les mois donc on n’est pas loin de 150 000 euros de chiffres d’affaires.

On est 30 à Lyon, on ouvre à Londres dans deux mois et on sera trois personnes là-bas. On va discuter avec des boîtes allemandes pour s’implanter en Allemagne et en rachetant une entreprise.

On a un modèle qui grandit bien, même si on est sur un marché très très jeune en Europe où les gens n’imaginent pas que traquer les documents c’est possible et légal, même juste possible lorsque les gens ne cherchent pas ça. Et donc faut qu’on communique de partout, qu’on montre que ça marche, qu’on montre l’impact que ça peut apporter ; mais on a une chance, c’est que nos utilisateurs, une fois qu’ils ont testé ils sont convaincus.

Donc il faut réussir à les faire tester alors faire prendre en main au moins un mois l’application et après ils ne partent plus. Et ce qui nous rassure c’est qu’ils ne se désabonnent pas non plus alors qu’il y a un gros bouton désabonnement dans Tilkee et qui est facile à cliquer.

Il y a 2,15 % désabonnements par ans, parce qu’on apporte, enfin, on délivre vraiment la promesse qui est écrite sur le site : on va vous aider à mieux vendre, on va vous rendre plus efficace au quotidien très simplement, sans effort supplémentaire. Et a priori, les gens sont contents, donc ça, ça fait du bien et nous on expérimente plein de choses au niveau humain et au management.

J’essaie de créer une boîte dans laquelle j’aurais pu être salarié, alors c’est… Du coup ce n’est pas une entreprise libérée, c’est autre chose. C’est un modèle où c’est très transparent, tout est accessible. Je fais intervenir beaucoup mes collaborateurs dans les grandes décisions, dont par exemple la levée de fonds : on l’a votée il y a un an ensemble.

J’avais proposé… J’avais présenté trois plans stratégiques possibles et qui nous plaisait et on a voté ensemble sur un des trois plans, avec l’idée de faire cette grosse levée de fonds pour accéder à l’international où les collaborateurs peuvent avoir des idées peuvent essayer, on le droit de se planter sans se mettre en danger par rapport à leur job et où un système de confiance qui fait que c’est aussi leur boîte et c’est à eux aussi de jouer quoi. Donc voilà.

Naier : Tu t’es inspiré de quelle entreprise s’il y en a une ?

Sylvain : Je m’inspire d’entrepreneurs que je rencontre et de choses qui vont m’éclater ou de choses où j’ai envie de faire le contraire en fait. Enfin, je ne m’inspire pas des gens qui m’énervent et où je me dis : « je ne veux vraiment pas reproduire ça parce que ça m’aurait rendu dingue ».

Et donc je pique des choses, là dernièrement, on a piqué le modèle de… Le formulaire pour postuler de Abricot, qui est une start-up dans le dating, dans la rencontre, où ils ont fait un super article : « comment on a généré 1000 candidatures en trois mois et comment on a reçu 12 candidats de super qualité suite à ça ». Ils expliquent tout leur modèle que j’ai trouvé assez génial donc je n’ai pas piqué dans son entièreté puisqu’il y a des trucs qui ne me plaisaient pas. Mais j’ai piqué un bout que j’ai trouvé extra et que j’ai un peu retravaillé à ma façon, ou du coup on ne demande plus de lettres de motivation aujourd’hui, mais on demande déjà impérativement d’utiliser Tilkee pour envoyer le CV. Et ça, ça a beau est écrit en gros en gras que c’est obligatoire, bon il y a quand même un quart des postulants qui nous envoie un lien Linkedin ou lien Drive.

Je suis désolé, la moindre des choses c’est de regarder ce qu’on fait et de prendre deux minutes pour tester le produit. Donc, du coup c’est assez facile à éliminer.

Ensuite on a écrit les deux règles horribles de Tilkee qui font que vous pouvez ne pas vouloir postuler chez nous, qu’on vous demande de lire avant de valider votre candidature ou dedans il y a par exemple le fait qu’on ait une transparence des salaires. Tout le monde connaît les salaires, tout le monde au sein de la boîte ; qu’on ne valorise pas les diplômes pour le salaire, que les commissions commerciales sont en partie partagées avec le reste de l’équipe.

Il y a peu de télétravail pour les commerciaux parce qu’on travaille souvent en binôme et qu’on a besoin d’être avec son collègue, et qu’en plus, les horaires ne sont pas trop flexibles vu que nos clients travaillent de 9h à 18h, il faut qu’on puisse répondre à leurs besoins immédiatement.

Il n’y a pas tickets resto, il n’y aura pas à court terme. Pas bureau fermé, je n’en veux pas. On est tous en open space. On a tous le même bureau, on a des salles de réunions pour s’isoler comme là, mais j’ai un bureau comme tout le monde au sein de l’open space. Voilà, les 12 autres règles, je ne sais plus ce qu’il y a dedans.

Naier : Et toute l’équipe est à Lyon ?

Sylvain : Ouais, pour l’instant oui, mais bientôt un deuxième bureau à Londres.

Naier : D’accord ! Et donc, là tu as parlé de Londres et de l’Allemagne.

Sylvain : Ouais

Naier : Pourquoi vous n’avez pas attaqué le marché américain ? On sait que c’est le plus gros.

Sylvain : On y est allé, mais on s’est mangé des murs deux fois. La première fois parce qu’en fait, ils ont des usages assez différents de nous.

Aux États-Unis, il est impensable de créer une entreprise sans CRM. En France, les boîtes qui ont déjà un outil de gestion commerciale, c’est rare et souvent ça intervient après plusieurs dizaines de millions d’euros de chiffres d’affaires et on s’est dit ce serait bien qu’on organise un peu tout ça.

Du coup ils veulent que toutes leurs applications soient liées au CRM. Les premiers voyages, ça a été un peu ça, c’est de nous dire : mais les gars vous n’êtes pas dans le Salesforce ? Vous n’êtes pas dans le Pipedrive ?

Non mais… Non, nous on ne veut pas que le data soit dans Tilkee, il faut que le data soit dans notre CRM, alors tant que ce n’est pas dans le logiciel qu’on utilise au quotidien, on n’ira pas plus loin. Donc on est rentré en France, on s’est connecté dans tous ces outils, on est retourné là-bas. Et là, nouveau problème, on a une trentaine de concurrents aux US, alors qu’on n’en a pas vraiment en France, parce qu’il y a un vrai marché là-bas.

Naier : C’est des boîtes de CRM ou c’est des boîtes qui font des outils de tracking ?

Sylvain : Non, comme nous.

Naier : D’accord !

Sylvain : De bons concurrents directs de Tilkee, sauf que les deux plus gros, ils ont levé 100 millions de dollars, donc un peu plus que nous. Et en plus, ils sont américains et en plus, ils ont des fonctionnalités qui sont illégales en Europe. Donc, du coup, nous, on ne les a pas développés. Sauf que c’est cool comme fonctionnalités.

Par exemple ils peuvent vous trouver les fichiers LinkedIn de la personne qui est en train de lire votre offre commerciale. C’est génial, ça fait gagner du temps.

Moi, je n’ai juste pas le droit de le faire. En fait, quand vous envoyez vos documents traqués, chez mes concurrents américains, ils vont poser des cookies sur l’ordinateur de la personne qui ouvre et vont réussir à savoir précisément qui c’est. Ils vont réussir à récupérer ses coordonnées, à récupérer sa fiche LinkedIn, et même à vous dire ce qu’il va voir sur internet après avoir fermé l’offre commerciale. Franchement c’est cool. Ils sont ultra intrusifs et c’est juste illégal en Europe, on n’a pas le droit de faire ça.

Donc, on est moins bon qu’eux aux États-Unis parce qu’on n’a pas ça. Et que ce serait compliqué d’avoir un produit américain et un produit européen. Enfin, compliqué et cher : compliqué en termes de marketing, compliqué à maintenir parce que c’est à dire deux produits différents à faire et on a choisi de ne pas y aller en disant que l’Europe est un marché suffisamment, à potentiel – que pour l’instant vu que nous on avait fait ce choix d’être compatible au RGPD, donc on avait un vrai avantage concurrentiel.

Et du coup, on pouvait prendre de l’avance, avant qu’ils aient le temps de s’adapter et arrivent, donc on est concentré sur l’Europe à 200 %.

Naier : Et vous avez des concurrents sur l’Europe ?

Sylvain : Très peu, voire pas. On à ces concurrents américains, enfin que vous avez le droit — que vous pouvez utiliser, que vous n’avez pas trop le droit d’utiliser mais que vous pouvez utiliser.

Naier : D’accord ! Sylvain quelles sont les prochaines étapes clés de la croissance de Tilkee ?

Sylvain : Ce sont ces ouvertures de bureaux à l’étranger, puisqu’on a un modèle de management aujourd’hui qui se base beaucoup sur la tradition orale. On se dit beaucoup les choses, on se voit beaucoup et là, on ne va pas voir les gens, donc il va falloir changer un peu de modèle.

Il va falloir qu’ils se sentent Tilkee. On appelle ça nous les Tilkeeeurs, ceux qui travaillent chez Tilkee. Il va falloir qu’ils se sentent Tilkeeeur alors qu’ils ne travaillent pas à côté de nous, qu’ils vont être sur un marché différent qui va être dur à ouvrir parce qu’ils ne sont pas attendus.

Aujourd’hui en France, on a un peu de notoriété donc c’est agréable. Eux vont repartir de zéro et je sais à quel point c’est compliqué et qu’ils auront parfois l’impression de ne pas être compris ni entendu.

Il va falloir qu’on lutte pour ça parce que pour que ça se passe bien, parce qu’on veut être en Europe, c’est stratégique pour nous. Nos clients sont de plus en plus européens, voire mondiaux et ça leur rassurerait qu’on soit implanté dans ces pays-là. Donc on n’a pas le droit de rater ça, c’est une vraie difficulté humaine et managériale que je vois dans les prochains…

Naier : Et du coup, il y a l’un de vous deux, enfin vous êtes deux associés, il y a l’un de vous deux qui y va ou… ?

Sylvain : Non, par contre on a une de nos collaboratrices qui est anglaise, qui est avec nous depuis deux ans et qui part s’installer à Londres. Et après, nous, on va y aller une petite semaine chaque mois et on enverra aussi chacun de nos collègues français une semaine par mois. Donc en gros chacun ira une semaine par an dans le bureau à Londres pour faire du télétravail et pour bosser avec nos collaborateurs anglais.

Du coup ils se sentent… Enfin, que ça devienne des gens qu’on connaît bien et avec qui on se sent bien et puissante qu’ils se sentent moins loin de nous en fait. C’est un des trucs qu’on a trouvés pour se rapprocher d’eux.

Naier : Excellent, écoute, on refera un point d’ici peut-être une année pour voir où vous en êtes ?

Sylvain : De nouvelles erreurs et aux ajustements qu’on a pu faire.

Naier : Là-dessus, Sylvain, on va passer à un deuxième moment de l’interview. C’est le moment des temps forts : quel a été le pire moment de ton parcours en tant qu’entrepreneur et comment tu as fait pour rebondir ?

Sylvain : Le pire moment, je crois, c’est le jour de la prononciation de ma liquidation en juin 2009, où le juge a ouvert mon dossier, donc c’est six ans de boîte, trois salariés, un brevet mondial, du stock, des clients un peu partout dans le monde.

Il a ouvert mon dossier, j’ai eu l’impression que ça a duré moins de 30 secondes. Les gens dans la salle m’ont dit : deux minutes. Il a regardé rapidement, il a feuilleté le truc, il m’a posé la question suivante : « monsieur Tillon, je ne vois pas trop de solutions, est ce que vous envoyez une ? »

J’ai haussé les épaules et il a tapé le marteau en disant : « c’est fini, je prononce la liquidation, je vais nommer un liquidateur qui va être chargé de récupérer l’argent et de payer vos débiteurs. Je vais nommer un commissaire-priseur qui lui va valoriser vos aux actifs, votre stock, votre brevet et qui va les vendre. Vous n’avez plus le droit de rentrer dans vos bureaux, vous n’avez plus le droit de répondre au téléphone, vous n’avez plus le droit de toucher au compte bancaire. Ça appartient à l’État, c’est nous qui gérons à partir de maintenant. »

Et six ans de ma vie qui sont écroulés en deux minutes, avec après une procédure qui dure un an, avec des questions de tous les jours, un stress permanent. Même si vous avez été nickel, moi je me suis très peu payé, j’ai laissé du compte courant, enfin j’ai fait tout bien, même à la fin il reste de l’argent sur leur compte pour pouvoir finir bien.

C’est une situation de stress horrible et un sentiment d’échec personnel très très fort, même si ce n’est pas toujours lié à soi. On se pose des questions de qu’est-ce qu’on sait faire, de qu’est-ce qu’on vaut, à quoi on sert, qui sera assez con pour nos embaucher ou nous faire confiance pour la suite.

Ouais, là il a eu un moment vraiment pas facile et c’est des copains qui a déjà planté plusieurs fois qui m’ont aidé, qui m’ont levé le matin pourquoi j’aille chercher du boulot avec eux puisqu’eux aussi étaient à la recherche d’emplois, qui m’ont rassuré comme quoi c’était presque normal d’échouer, que je n’avais rien fait de mal, que j’avais tout donné, que je pouvais me regarder dans un miroir comme quoi j’avais tout essayé, mais que…

Mais j’avais fait plein d’erreurs, mais pas en cherchant à arnaquer qui que ce soit, qui m’ont aidé à mettre sur le papier aussi toutes ces erreurs pour prendre du recul pour essayer de mieux les comprendre et de mieux les anticiper pour les prochains projets.

Voilà comment j’ai réussi à me sortir de ce set, de cette phase pas très marrante.

Naier : Waouh ! À contrario quel a été ton plus beau moment ?

Sylvain : Il en a plein. Le premier c’est en mars 2006, je vois une femme dans le métro à Lyon porter mes bijoux pour cheveux. Je lui cours après, elle court aussi parce qu’elle a peur, mais j’ai trouvé ça incroyable de voir pour la première fois de ma vie quelqu’un d’autre que ma chérie où ma maman portait mes bijoux.

Donc quelqu’un qui avait vraiment payé pour porter ces trucs et vraiment c’était un moment où j’étais très heureux.

Le deuxième souvenir, comme ça facile, c’est le 24 février 2012 : notre première vidéo Dessine-moi l’éco est diffusée sur lemonde.fr en une du site. Et moi, c’était un accomplissement, mais tu n’imagines même pas à quel point je pourrais être fier d’un jour produire quelque chose qui était en une du Monde et qui pour moi est un des plus beaux médias français, qui était complètement inaccessible pour moi. C’est que des stars qui écrivent là-dedans, eh ben, ce jour-là j’étais la star, j’étais, ah !

Les gens ne savaient pas puisqu’il n’y avait pas mon nom ni rien, mais j’étais trop fier donc voilà. Quelques moments après, il y a beaucoup de moments positifs. De toute façon, c’est aussi une règle perso, si je perds le sourire le matin en allant au travail, c’est-à-dire qu’il faut que je fasse autre chose.

Et pour l’instant, je l’ai tous les matins et même quand je dors peu, même quand je suis crevée, même quand c’est dur, mais j’y vais avec le sourire, parce que, déjà j’adore mes collègues, parce que je sais qu’on progresse tous les jours, j’apprends tout le temps. On a plein de nouveaux défis et je suis convaincu dans l’équipe qu’on a pour atteindre nos objectifs.

Naier : Super, excellent, Sylvain, on va clôturer avec ce que j’appelle le top 5. Quel est le livre que tu recommandes ?

Sylvain : je ne lis pas.

Naier : Ou un blog ou…

Sylvain : Blog ou Bouquin ?

Le blog, c’est le blog de guilhembertholet.com qui est un mec qui a échoué six fois avant de… Là, il est dans une boîte où il marche très bien, qui a vraiment pris du recul sur ses échecs, qui écrit d’une façon passionnante sur l’entrepreneuriat et sur comment faire une étude de marché, comment s’associer, quelles sont les questions à se poser, comment bien vendre, et qui a une plume qui est ultra agréable à lire.

Naier : Quel est l’entrepreneur que tu suis ou dont tu es fan ?

Sylvain : L’entrepreneur que je suis dont je suis fan ? Il y en a plein. Lequel je suis, dont je suis vraiment fan ?

Un gars qui m’éclate moi, c’est le fondateur de Pipedrive Ragnar Sass qui est Estonien et qui a fait un produit aujourd’hui qui est mondialement connu, utilisé est reconnu pour sa simplicité et presque le plaisir à utiliser alors que c’est un outil de gestion.

Naier : C’est ce que vous utilisez chez Tilkee ?

Sylvain : C’est ce qu’on a utilisé pendant 4 ans et là on vient de passer sur Salesforce, mais ça restait un produit que j’aime beaucoup. Pipedrive et ce Ragnar Sass a une façon de présenter les choses qui est très agréable et une humilité assez folle par rapport à son succès.

Naier : Ton outil en ligne préféré ?

Sylvain : Lusha, mais il ne faudra pas le dire trop fort parce que c’est totalement illégal.

Naier : ça permet de faire quoi ?

Sylvain : Sur une fiche LinkedIn, ça vous sort le numéro de portable de quasiment tout le monde sur la planète. Et du coup, vous pouvez contacter quelqu’un que vous n’arrivez pas à joindre grâce à Lusha vous avez son numéro de téléphone.

C’est complètement dingue, ça fait complètement flipper. D’ailleurs, vous pouvez vérifier si Lusha à votre numéro. Et souvent ils l’ont et en fait ça vous ne voulez pas trop savoir comment ils les ont récupérés, mais, ils ont racheté des bases acquises sur Dark Web parce qu’en 2012, 2013, 2014, LinkedIn et Facebook étaient peu sécurisés, et tout le monde avait mis son numéro de téléphone sur ces outils-là. Des gens ont réussi à tout récupérer et aujourd’hui vous revendre ces numéros.

Et le pire, c’est qu’ils sont juste… Cela fait peur hein, vraiment… Ah bah tiens je vois le tiens d’ailleurs. Tu as été traqué par Lusha. Il t’a pris ton Gmail, il y a un fixe et un portable.

Naier : Eh ben !

Sylvain : Alors qu’on n’est pas connectée encore, sur LinkedIn je suis en train de t’ajouter, et j’avais déjà accès à ton numéro de téléphone potentiellement. Voilà !

Naier : D’accord, excellent, ton premier conseil pour quelqu’un qui aimerait se lancer aujourd’hui ?

Sylvain : Saute, n’attend pas que tout soit prêt.

En gros lance un proto, tant pis s’il est moche, tant pis s’il n’est pas fini, tant pis s’il ne répond pas à tous les cas d’usage. Teste-le pour trouver l’usage pour lequel tu l’as fait devenir indispensable puisqu’en fait, imaginer le produit parfait c’est impossible. Je connais peu de gens qui ont réussi à le faire en tout cas.

L’idée c’est plutôt de dire, ben j’essaye et on verra ce que ça donne. Et lancez-vous, de toute façon il n’y a que vous qui êtes suffisamment taré pour y croire. Tout le monde vous dira que ça ne marchera pas et c’est normal, mais avec cette façon-là, au moins vous pouvez essayer, prendre confiance en vous et justement d’être identifié le truc où tout le monde vous dira : « bah oui c’était évident, c’est ça qu’il fallait faire ».

Ouais, sauf que je suis seul à l’avoir fait, donc du coup, enfin ce sera vous qui serez le seul à l’avoir fait.

Naier : Le meilleur investissement que tu as réalisé pour faire croître ton business, ça pourrait être un investissement en termes de temps, de moyens humains de moyens financiers, un produit un service ?

Sylvain : C’est une machine à eau gazeuse dans les bureaux qui fait que maintenant tout le monde est content de venir le matin même en été. Et tout le monde a le sourire en disant : « cool, je vais pouvoir me désaltérer au bureau ».

C’est très con, mais c’est un truc qui a eu un impact incroyable sur les collaborateurs est sur le sourire quotidien.

Naier : Excellent ! Sylvain, merci de nous avoir accordé cette interview, est-ce que tu pourrais dire à nos auditeurs où est-ce qu’ils peuvent eux te suivre ?

Syvlain : Je suis très LinkedIn et Twitter où je partage un peu tout notre quotidien et toute notre vie donc c’est le plus simple. Vous me retrouverez à @sylvaintillon sur les deux réseaux.

Naier : Merci Sylvain, à bientôt !

Sylvain : À très bientôt, merci !

002 : Comment Apprendre de ses Erreurs pour Réussir avec Sylvain Tillon de Tilkee

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