030 : Donner un Sens à Sa Vie avec Alexandre Leroy de Tepee.pro
Donner un Sens à Sa Vie avec Alexandre Leroy de Tepee.pro

030 : Donner un Sens à Sa Vie avec Alexandre Leroy de Tepee.pro

  • Naier Saidane  -  13 mai 2019

Aujourd’hui je reçois Alexandre Leroy fondateur et chef des expériences chez Tepee.pro.

Alexandre partage avec nous son parcours, l’expérience Tepee qui lui permet de vivre sa vie selon ses propres règles.

Dans cet épisode du podcast, vous allez découvrir :

  • Le parcours atypique d’Alexandre : Après son bac, il a décidé de faire de sa passion, le vélo, son activité
  • Les multiples activités d’Alexandre
  • La communauté Rise dont Alexandre est membre et qui va à la rencontre de gens dans la rue pour les aider à s’en sortir
  • La naissance de l’idée de Tepee.pro
  • Comment son ancien employeur leur a permis de développer Tepee.pro et de prendre leur envol par la suite
  • Comment ils ont construit un business model qui répond au besoin de l’entreprise mais qui répond aussi à leur besoin viscéral d’avoir un impact social positif sur le monde
  • Le modèle original de l’équipe Tepee : chacun travaille quand il veut et se verse le salaire qu’il veut
  • Le modèle de vie « sans domicile fixe volontaire » choisi par Alexandre
  • L’importance du bouche-à-oreille dans le développement de Tepee.pro

Dans cet épisode vous allez découvrir

  • 3:03 : Son tout premier business directement après le bac.
  • 4:38 : Ses autres activités en dehors de Tepee.
  • 7:57 : Comment s’est passé le démarrage de son entreprise.
  • 12:06 : Pourquoi Decathlon l’a aidé à prendre son envol.
  • 13:54 : Le système particulier qu’Alexandre et ses associés utilisent pour se constituer leurs revenus.
  • 21:47 : Comment il gère son quotidien en étant un entrepreneur SDF.
  • 22:41 : Le meilleur canal marketing qu’il utilise pour faire connaitre son business.
  • 24:34 : Les chiffres de Tepee aujourd’hui.
  • 26:22 : Les prochaines étapes clés de la croissance de son entreprise.
  • 28:51 : Le pire moment de son parcours d’entrepreneur et comment il a fait pour rebondir.
  • 30:40 : Son plus beau moment.
  • 32:27 : En quoi consiste le poste de Chef des Expériences.
  • 36:19 : Le livre qu’il recommande.
  • 36:57 : L’Entrepreneurs qu’il suit.
  • 38:03 : Son outil en ligne préféré.
  • 38:53 : Son 1er conseil pour quelqu’un qui aimerait se lancer aujourd’hui.
  • 41:17 : Le meilleur investissement qu’il a réalisé pour faire croître Tepee.

Ressources mentionnées

Le Livre qu’il recommande

Son outil en ligne préféré

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Le parcours atypique d’Alexandre : Après son bac, il a décidé de faire du vélo sa passion, le vélo, son activité

Naier : Alexandre, est-ce que tu es prêt à nous révéler l’entrepreneur qui est en toi ?

Alexandre : Ouais, Naier ! Je suis prêt à te révéler tous les secrets.

Naier : Excellent ! Aujourd’hui, j’accueille Alexandre Leroy, un entrepreneur atypique.

Il est chef des expériences chez tepee.pro, un site qui fait dormir des professionnels en voyage d’affaires chez des locaux.

Alexandre est aussi photographe d’aventure.

Il va nous raconter tout ça.

Alexandre, avant de parler de tes différents business, j’aimerais qu’on remonte le temps et qu’on s’intéresse un peu à ton parcours personnel.

Est-ce que tu te rappelles du tout premier projet ou business que tu as fait ?

Alexandre : J’ai commencé très jeune à toucher à tout.

Comme je te l’expliquais, dès 19 ans je suis devenu autoentrepreneur pour avoir l’opportunité de m’investir sur plusieurs projets qui me tenaient à cœur.

Et puis, éveiller ma curiosité en mettant la main à la pâte concrètement.

Naier : Je t’interrompe une seconde.

Avant de commencer l’enregistrement, Alexandre a commencé à raconter sa vie.

Je dis :  » tu t’arrêtes, on enregistre pour qu’on ne perde pas tout ça ».

Donc, Alexandre on va remonter un tout petit peu plus en avant.

Alexandre a arrêté ses études très tôt, c’est ça ?

Alexandre : Après le bac, en réalité je n’ai pas suivi d’études après.

Naier : D’accord ! Et après ça ?

Alexandre : Directement après ça, j’ai fait de ma passion et de mon hobby mon activité puisque je pratiquais déjà le vélo à cette époque-là. Je suis devenu professeur -éducateur de vélo dans un club de sport où je pratiquais.

Par les rencontres que j’y ai faites, c’est ce qui m’a éveillé, c’est ce qui m’a rendu curieux et qui m’a donné envie, 2ans plus tard, de commencer à travailler comme autoentrepreneur en plus d’être salarié.

Donc d’avoir plusieurs activités, et surtout, d’avoir les moyens de mettre mon nez un peu partout et de ne pas d’être cantonné à une position et à un rôle.

Là, on était en 2014 quand j’ai commencé tout ça. Depuis, j’ai rejoint une entreprise. J’ai eu une activité salariée qui m’a encore fait rencontrer plein de monde dont les gens avec qui je me suis associé aujourd’hui pour Tepee.

Et entre-deux, j’avais créé un collectif de voyageurs à vélo, on s’appelle : « PierraFeu Crew ».

Notre petite mission, en toute humilité, c’est de mettre des gens qui n’en font pas encore à l’aventure.

On a l’habitude, nous, de partir à l’aventure, d’aller s’éclater et d’aller découvrir des régions ou des pays qu’on ne connaît pas. Souvent nous partons à vélo parce que c’est un super moyen de se déplacer.

Du coup, on en profite pour emmener des gens qui n’ont pas l’habitude de le faire, pour qui c’est la première fois, en leur épargnant toute la logistique, la difficulté de trouver du matériel, de trouver l’itinéraire et l’hébergement.

Nous, on s’occupe de tout ça, et on les emmène simplement avec nous.

Puis, je pense que 80 % des gens qui nous accompagnent finissent par durablement s’y mettre.

Donc, ça c’est un petit peu la petite mission à laquelle je m’adonne sur les week-ends où il fait beau.

La communauté Rise dont Alexandre est membre et qui va à la rencontre de gens dans la rue pour les aider à s’en sortir

Naier : D’accord ! Excellent ! Alexandre, tu as plusieurs activités.

Tu parlais dans ton activité d’autoentrepreneur quand tu faisais coach vélo.

Aujourd’hui aussi tu as plusieurs activités.

Est-ce que tu peux nous en dire plus sur tes différentes activités ? On parlera de Tepee un peu plus tard, mais de tes autres activités ?

Alexandre : Oui, carrément ! Le prolongement de ce que je viens de te raconter avec les voyages à vélo c’est de la photographie et puis du court métrage d’aventures.

Moi, je prends les activités ou les business ou les projets comme des classes d’école, des moyens d’apprendre de nouvelles compétences.

Puis, pour le coup, la compétence que j’ai envie d’apprendre cette année c’est de photographier, de documenter, de faire de la vidéo assez qualitatif pour donner envie et inspirer les gens à s’y mettre.

Donc, j’ai trouvé un bon terrain de jeu, ce sont mes aventures dans la nature, mes aventures à vélo.

Ça, c’est une des activités qui m’occupent pas mal, à vrai dire, entre les sorties où je suis vraiment sur le terrain et puis le temps que je passe derrière l’ordinateur à essayer de donner une belle âme à tout ça.

Après, au fil des rencontres, récemment je dirais que c’était il a presque 2 ans, je suis tombé nez à nez avec des gens qui m’ont beaucoup inspiré la générosité, qui m’ont donné envie de donner plus.

Forcément ce sont des choses que je n’avais pas rencontrées dans ma jeunesse, dans mon parcours et puis en tombant sur Allan il y a 2 ans – je me permets de le mentionner et je reparlerai plus tard – qui est un gars qui avait lui-même, dans sa jeunesse, héberger des personnes en difficulté, en précarité, etc.

Il m’a emmené avec lui dans la rue où on allait à la rencontre de personnes sans-abri.

On l’a fait à Paris, c’était fin 2017 début 2018 je crois.

On allait à la rencontre de personnes dans la rue pour essayer de comprendre ce qui les avait amenés là et peut-être aussi de comprendre comment on pouvait les en sortir.

De ces sorties ensemble est né un projet qu’on appelle aujourd’hui : « Rise ».

Ce sont des communautés de citoyens qui vont rencontrer des gens dans la rue et qui vont les aider à s’en sortir.

On a une petite communauté à Paris, une à Lyon et une à Lille.

Concrètement, régulièrement dans la semaine, en journée ou en soirée, on va à la rencontre de personnes qu’on appelle communément des sans-abris, des réfugiés dans la rue ou dans des bidonvilles, pour essayer de comprendre pourquoi ils en sont là.

Avec un petit manifeste qu’on a de notre côté et un petit processus qu’on a, on va essayer de les remettre en route vers l’autonomie.

Très souvent, une personne qui est à la rue a des problèmes administratifs avec ses papiers. Ensuite, elle n’a pas de travail.

Mais il y a un cheminement logique dans tout ça. Et en les rencontrant, on a compris le cheminement logique et les étapes clés.

Comment Rise vient concrètement aider ces gens

Avec Rise, ce qu’ont fait, très simplement, c’est de reprendre depuis le début : où est-ce que ces gens en sont ? On les aide avec les premières étapes administratives de leur petit fouillis.

On les fait avancer étape par étape vers le retour à l’autonomie donc vers un logement, vers un emploi, on les resociabilise, on les invite à des événements sportifs, à des repas, des événements socioculturels avec nous.

En redonnant du lien social à ces personnes qu’on rencontre – ils sont très souvent seuls ou presque seuls – et en les aidant dans les démarches administratives qui sont compliquées fautes d’outils – aujourd’hui, tout passe par internet ou au moins par du digital, quand tu n’as pas ça tu es un petit peu perdu – voilà, on aide ces gens à réavancer vers l’autonomie.

Naier : Combien de personnes vous avez déjà réinsérées ?

Alexandre : C’est dur à dire, on ne compte pas.

On a une petite centaine de personnes qui nous aident dans cette communauté.

Ce qui est cool c’est que c’est un mouvement citoyen.

Ce n’est pas Alexandre, ce n’est pas Allan qui dirige un truc.

C’est vraiment l’initiative de chacun et les rencontres qu’on fait avec des personnes qui sont peut-être nos voisins ou qui habitent en bas de chez nous, qu’on va se mettre à aider.

On a dû aider une trentaine de personnes de manière, je dirai qu’au total, on a dû aider une trentaine de personnes à faire des étapes vers l’avant.

On en a 4 ou 5 qui ont vraiment retrouvé une autonomie, c’est-à-dire des revenus, une autonomie financière et une sécurité logement.

Ils ont déjà atteint une certaine autonomie et ça fait vachement plaisir.

Naier : Même si ce n’était qu’une seule personne, je pense que ça aurait été le même.

Alexandre : Même si ce n’était qu’une seule personne c’est déjà une victoire.

Et puis, tu imagines bien que de telles activités te font vachement apprendre et grandir toi-même, c’est déjà une victoire en soi.

La naissance de l’idée de Tepee.pro

Naier : Alexandre si tu veux bien on va parler un peu de tepee.pro.

Alexandre : Ouais, bien sûr !

Naier : Comment toi et tes associés – alors tu vas nous raconter un peu le cadre – mais comment vous avez trouvé l’idée et comment s’est passé le démarrage ?

Alexandre : C’est assez simple et j’ai l’impression que tous les entrepreneurs, quand ils parlent des débuts de leur projet, c’est un petit peu pareil : ils étaient confrontés à un problème et à un besoin.

Nous, c’était en 2016, quand on était tous les 4 salariés d’une entreprise, on avait… chacun, dans notre coin, on se connaissait pas, aujourd’hui on est 4 associés, on ne se connaissait pas au départ.

On était tous les 4 confrontés à des voyages pros, des voyages d’affaires, quelles que soient les raisons, dans diverses villes ou divers pays.

À chaque fois, on avait le même ressentiment, c’était en décalage total avec nos valeurs.

On avait dans nos vies des comportements de consommation qui étaient plutôt responsables.

On aimait aller vers les autres, on aimait rencontrer.

Quand on se déplaçait à titre personnel, on essayait d’aller vers la culture le plus possible.

Quand on voyageait pour le boulot, on était à des années de ça, on était dans des hôtels. Nous étions en zone industrielle loin de tout ça. On ne rencontrait personnes ! Nous étions seuls et il y avait un conflit, un gros conflit d’intérêts entre nos voyages pros et puis nos habitudes en dehors de ça.

Donc, c’est venu comme une idée.

On s’est rencontrés par hasard. Puis, on s’est dit qu’on allait faire avancer un petit projet dans cette entreprise et rendre possible pour les salariés de l’entreprise dans laquelle on travaillait, de se rencontrer pendant les voyages d’affaires.

C’était juste un moyen pour certains d’en héberger d’autres. De là est né le Couchsurfing de Décathlon.

Ça a commencé en France.

Ça s’est très vite étendu à d’autres pays, pas qu’en Europe, beaucoup en Asie.

Et on permettait aux salariés de l’entreprise Décathlon d’aller dormir chez leurs collègues ou bien un certain qui avait une maison et une chambre libre ou même juste un canapé, d’héberger leurs collègues en voyage d’affaires, de se rencontrer, de partager les activités, de découvrir les vrais restos, les vrais bons plans locaux et au lieu d’aller tout seul dans un hôtel, chambre froide et de vivre une expérience redondante.

Comment son ancien employeur leur a permis de développer Tepee.pro et de prendre leur envol par la suite

Naier : Donc ça, c’est l’idée et comment on démarre ? Justement, quand on est salarié dans une boîte comme Décathlon, comment on met ça en pratique ?

Alexandre : C’est assez marrant ! C’est un bon cas d’école pour ce qu’on appelle l’intrapreneuriat je pense.

Ça commence par bosser en plus quoi.

Tu fais des heures sup sans même en parler à ton management. Au début, ce n’est qu’une idée et tu n’es même pas certain qu’elle soit concrète, pertinente, valide, etc.

Et concrètement, comment ça s’est passé dans notre cas ? Ça ressemblait à un fichier Excel avec une liste d’une trentaine de personnes qui étaient prêtes à ouvrir leurs maisons, des gens qu’on connaissait, tu sais, des gens de notre entourage ou des collègues un peu lointains, qui étaient prêts à ouvrir leur maison à des collègues.

Et en face, une extraction qui nous était fournie par le Travel Manager de l’entreprise, des gens qui avaient réservé des voyages dans les semaines à venir parce qu’ils allaient en formation ou en visite de fournisseurs à droite à gauche.

C’était simplement une mise en relation de ces deux colonnes du tableau Excel.

On appelait certains : « est-ce que ça te dirait d’être hébergé chez quelqu’un à Lille, à Paris, à Londres pendant que tu te déplaces ? » Et le cas échéant, si c’était oui tu appelais les autres locaux pour leur demander s’ils étaient disponibles pour héberger le voyageur.

Ça a commencé comme ça et ça va durer comme ça plusieurs mois, avant qu’Arnaud qui est un des cofondateurs arrive et dise : « attendez, moi j’ai des compétences en développement, je suis capable de vous faire une ébauche de plateformes, ce n’est pas mon boulot mais bon, en plus le soir je peux vous faire ça. » Et donc, je dirai 6 mois après le lancement et les premiers pas de ce projet-là, il y a Arnaud qui avait développé le début d’une plateforme de mise en relation.

Et à ce moment-là, on avait plus d’hôtes, plus de voyageurs.

Ça a commencé par le bouche-à-oreille à se faire connaître.

Naier : D’accord ! Excellent ! Jusqu’à ce moment-là, vous étiez toujours chez Décathlon ?

Alexandre : Ouais, à ce moment-là.

Je raconte ça, c’était 2016-2017, on était tous salariés et surtout on avait tous d’autres activités, d’autres jobs en réalité, pour la plupart, à temps plein.

Ça veut dire que ce qui se passait à la pause, le midi, sur les samedis ou quand on avait l’occasion de se voir en milieu de journée tous ensemble.

Et peu à peu, on a réussi à se libérer.

Donc, là, c’est comme si tu passes une petite étape, on a réussi à se libérer un petit peu de temps.

Ça s’était vu avec nos managers respectifs : dédier 10%, 20% à 30% de notre temps à cette activité-là jusqu’au jour où un budget a été carrément dédié à ce projet-là dans l’entreprise pour lui permettre d’avancer un petit peu plus.

De fil en aiguille, on arrive à avoir une personne qui est à temps plein.

Allan a été la première personne à être à temps plein sur l’animation de ce projet-là chez Décathlon.

Tout ça s’est passé en 2 ans et début 2018, du coup, l’opportunité pour nous se présente de transformer ce qu’on avait créé dans l’entreprise en une entreprise qui serait la nôtre.

Donc de sortir notre intrapreneuriat et d’en faire un entrepreneuriat, et de créer une société externe à Décathlon.

Une aide précieuse

Naier : Quand tu dis l’opportunité, c’est Décathlon qui vous a proposé ou…?

Alexandre : C’était la volonté d’élargir un petit peu les frontières, de se dire : « c’est bien, aujourd’hui, on est au service d’une entreprise qui contient 80 000 collaborateurs, des gens qui travaillent dans le monde il y en avait plusieurs milliards, et les entreprises, il y en a plein.

Donc, il y a plein de gens qui seraient ravis de pouvoir en profiter. » C’était vrai, il y avait des gens qui nous sollicitaient.

Forcément, dans une entreprise, on est pris comme un exemple de : « ça marche comme un entrepreneuriat ».

Il y avait des collaborateurs, des dirigeants d’autres entreprises qui viennent nous solliciter en mode-conseil : « comment vous avez fait ça ? Est-ce que c’est duplicable chez nous, etc. »

Il y avait une volonté extérieure, il y avait une volonté aussi de nos utilisateurs, dans l’entreprise, d’avoir accès à plus de monde.

Tu as la possibilité de rencontrer tes collègues mais il y a peut-être des gens géniaux qui viennent d’autres boîtes et ça ne leur était pas donné au départ.

Nous forcément, on a envie de pouvoir jouer selon nos propres règles et puis de prendre les décisions qu’on souhaite et d’avoir l’impact qu’on souhaite.

C’était à un moment où Décathlon se posait cette question : « est-ce que les projets, un petit peu transverses comme ça à sa place en interne ou plutôt à la frontière interne-externe de l’entreprise ? » Donc, on a surfé sur la vague et on s’est fait accompagner par les équipes, juridiques de l’entreprise pour la création de notre statut.

On est devenu en avril 2018 une société Tepee SAS. Et on opérait selon nos propres règles.

Naier : C’est excellent qu’une boîte comme ça vous accompagne et vous lâche et puis vous fasse voler de vos propres ailes.

Alexandre : Complètement ! Parce que, je pense que ça peut lui bénéficier de toute façon.

Ça peut leur servir aussi carrément ! Ça leur donne accès à plus de destinations.

Aujourd’hui, on est une des solutions de voyage de cette entreprise-là comme d’autres entreprises.

Et forcément, plus la communauté d’hôtes et de voyageurs grossit chez nous, plus les opportunités de rencontres et les autres opportunités d’hébergement pour les gens de l’entreprise qui voyagent sont nombreuses.

Aujourd’hui, parce qu’on est ouvert à d’autres entreprises, on a des destinations et des villes qui n’étaient pas couvertes auparavant sur Tepee, qui les ont désormais.

Ça permet aussi aux gens de Décathlon de voyager plus facilement dans de nouvelles destinations. Donc ça servira à tout le monde.

Comment ils ont construit un business model qui répond au besoin de l’entreprise mais qui répond aussi à leur besoin viscéral d’avoir un impact social positif sur le monde

Naier : Alors justement, à ce moment-là, Alexandre, vous quatre, vous sortez de Décathlon.

Vous êtes plus à l’arrêt de Décathlon…

Alexandre : …exact

Naier : …il faut se payer…et puis, tepee.pro à ce moment-là, ce n’était pas un site où il y avait un business model particulier, c’était gratuit.

Comment on fait ?

Alexandre : Alors là, tu as plein de solutions, soit tu sautes sur les modèles déjà existants en te disant : « ça, ça marche et puis on y va, on roule, on fonctionne comme ça, allons-y ».

Des modèles l’hébergement il y en a plein. Tu en as qui sont 100% gratuits avec aucun financement.

Je peux t’en citer des plateformes comme Warmshowers par exemple qui est une communauté de voyages à vélo, d’hébergement de voyageurs à vélo.

Ils ont une complète gratuité de l’utilisation du service.

Par contre, ils ont un service et un produit qui sont un peu austères et donc avec peu de fonctionnalités.

À l’inverse, tu as le géant de l’hébergement Airbnb, aujourd’hui, qui a un site au poil avec des fonctionnalités dans tous les sens, super pratiques à utiliser, super sympa, mais un modèle de commission sur chaque voyage.

On aurait pu sauter sur un de ces modèles-là. Nous avons préféré avancer tranquillement et construire le nôtre.

On a commencé à proposer un système d’abonnement à l’ouverture, en été 2018.

C’est-à-dire que les personnes qui nous rejoindraient, qui s’inscriraient sur tepee.pro en 2018, s’abonneraient à notre service moyennant un certain coût qui pouvait, en plus, déterminer si tu t’inscrivais il y a 6 mois sur Tepee. C’est toi qui choisissais le montant de l’inscription.

Naier : D’accord !

Alexandre : Ça allait de 1 à 12 euros par mois.

Et tu pouvais choisir ce montant-là parce que même avec 1 euro, en fin de compte, on arrivait à avoir suffisamment de revenus pour financer nos frais de fonctionnement, etc.

Naier : Donc là, les gens qui payent, ce sont les gens qui voulaient habiter chez quelqu’un ?

Alexandre : Exactement, ce sont des gens qui voyageaient.

Bien sûr, il faut remettre un peu de perspective dans tout ça.

Ce n’était pas leur argent, ce n’était pas ton argent ou l’argent de la personne qui voyageait, c’est bien l’argent de leur employeur puisqu’on est bien dans un contexte de voyages d’affaires.

C’étaient les employeurs des gens qui voyagent…

Naier : …d’ailleurs c’est tout bénef pour eux parce qu’ils payent avant 100 euros la nuit d’hôte.

Là, c’est 12 euros par mois.

Alexandre :… exactement, en France la nuit moyenne d’hôtel c’est 100-150 euros. Quand tu te rapproches de Paris, c’est plus 150 – 180.

Tu imagines que même avec une année d’abonnement, c’était déjà un investissement dérisoire, économiquement parlant je veux dire.

Par contre, humainement, c’était un investissement énorme parce que tu changeais carrément l’allure des voyages d’affaires de tes collaborateurs.

Les employeurs payaient. Dans le cas d’indépendants ou PME, c’étaient les gens qui payaient directement et qui se faisaient rembourser. Et ça, c’est le modèle qu’on a gardé fin 2018 parce que ça fonctionnait jusqu’à cet hiver.

En hiver 2018 – début 2019, on avait envie de quelque chose avec un peu plus de simplicité pour nos utilisateurs. C’était un peu difficile de se réapproprier notre modèle économique auparavant.

Tu payes un abonnement à l’année qui donne accès, pour un nombre de nuits illimitées, à une communauté d’hôtes. Ce n’est pas comme ça que ça marche aujourd’hui.

Quand tu voyages dans une entreprise, on te dit : « tiens, tu as ton budget pour la nuit, tu as ton budget pour la semaine ». C’était plutôt du pay as You book. C’était un peu comme ça.

On a voulu se rapprocher de ça, et on a voulu, par la même occasion, augmenter l’impact qu’on avait.

C’est-à-dire qu’il y a une grosse dimension sociale chez Tepee : c’est qu’on ne met pas des tonnes de dividendes dans nos poches. On n’est pas en train d’engranger un énorme capital. Nous, ce qu’on veut, c’est que notre business serve une cause.

Donner un sens à sa vie : la raison d’être de Tepee

Très simplement on a regardé les causes principales de développement durable. L’ONU a dressé une liste de 17 objectifs de développement durable, le premier c’est la pauvreté.

On a voulu utiliser notre activité pour combattre la pauvreté et ça fait sens à ce que je te disais tout à l’heure.

On est nous-mêmes, à titre individuel, impliqué dans les activités d’aides contre la précarité. Donc, on a simplement fait la passerelle.

On s’est dit : « attends, il y a des gens qui dorment dans la rue tous les soirs, ce n’est pas concevable. Pendant ce temps-là, il y a des gens qui voyagent pour le boulot, qui ont des budgets voyages d’affaires qui sont faramineux ».

Pour te donner une petite idée, chaque année, le budget voyages d’affaires en France c’est 30 milliards d’euros alloués au voyage pro juste en France.

C’est assez énorme ! Nous, un peu à l’image d’un Robin des bois, on a voulu court-circuiter cette somme dépensée et la rendre utile à ceux qui en ont plus besoin.

Aujourd’hui, on se met un petit peu comme un intermédiaire sur la route des gens qui se déplacent pour le boulot.

On propose à chaque personne qui séjourne chez un hôte à travers Tepee, d’offrir une nuit d’hospitalité à une personne qui est dans la précarité ou qui est dans la rue.

Par contre, pour faire ça, on avait besoin d’augmenter nos revenus, d’avoir un modèle économique différent de l’abonnement. Il fallait que ce soit palpable. Du coup, pour ça, on passe sur un fonctionnement à la nuitée maintenant.

Quand tu voyages avec Tepee et que tu réserves 2 nuits, eh bien, tu vas payer 2 nuits. Tu ne vas plus payer un abonnement pour 1 mois, 1 an, etc. Tu vas bien payer 2 nuits, si tu réserves 10 nuits, tu payeras 10 nuits.

Et nous, on s’engage à mettre en face des nuits que tu as payés le même nombre de nuits offertes à une personne qui est dans la précarité au moins.

Donc, ce n’est pas fait n’importe comment ! Bien sûr, je te passe tous les détails.

Naier : D’accord ! Peux-tu nous raconter les détails ? C’est bien ! Nous, on aime les détails dans le podcast.

Alexandre : On s’assure, au préalable, d’avoir des relais locaux.

Grâce à l’association Rise dont je te parlais tout à l’heure, c’est assez facile pour nous dans les principales villes de France d’avoir des gens locaux, des relais qui sont engagés et qui peuvent faire une partie du travail pour nous.

Il y a un gros enjeu, c’est de trouver les bonnes personnes parce qu’on ne va pas reloger des gens qu’on ne connaît pas et qu’on n’a jamais rencontrées.

On ne veut pas non plus reverser des sommes à des associations qui feront on ne sait quoi de l’argent.

Ce qu’on fait, très simplement, c’est qu’on réserve des chambres d’hôtel ou des chambres d’auberge… dans certaines villes.

Donc, on fait un test en ce moment sur Lille et Paris.

On envoie des personnes qu’on aura identifiées, qui sont dans un chemin de réinsertion dans une de ces chambres.

Ce sont des gens qu’on a identifiés dans ces villes qui sont vraiment en train de remettre le pied à l’étrier, de chercher un logement, de chercher un travail, d’avancer dans leurs démarches et on les reloge de cette façon.

Le modèle original de l’équipe Tepee : chacun travaille quand il veut et se verse le salaire qu’il veut

Naier : D’accord ! Parfait ! Alexandre, tu disais qu’une grosse partie de ce que verse la personne part pour cette cause-là.

Alexandre : Exactement !

Naier : Il y a quand même une partie qui sert à gérer le site je suppose et à vous payer vous, toute l’équipe ?

Alexandre : Carrément !

Naier : Comment c’est géré dans l’équipe ? Comment est répartie, si je puis dire, la richesse dans l’équipe ? Est-ce qu’il y a un boss qui se paye très bien et puis tout le reste ou…c’est juste pour faire une caricature mais…comment…?

Alexandre : C’est un sujet génial parce qu’on aime bien remettre en question plein de choses. Ça en fait partie.

D’ailleurs, on a un blog sur notre site, sur tepee.pro où tu peux voir tous les mois un débrief économique totalement transparent de combien d’argent on a perçu, de combien on a donné et comment on l’a dépensé.

Donc, nos salaires sont visibles en toute transparence sur notre site. Pour faire clair, tous les mois on fait le bilan de tout ce qui arrivait sur notre site.

Donc les contrats avec les entreprises dont certains salariés voyagent, les individuels ou les autoentrepreneurs, les freelances, les artistes qui voyagent avec notre solution.

Ils nous ont également fait des crédits. En fait, on choisit nous-mêmes, à titre individuel, la somme qu’on va percevoir tous les mois. C’est complètement organique.

Naier : Alors, ça, c’est original !

Alexandre : Il n’y a pas du tout de boss chez nous. Je te disais tout à l’heure qu’on avait un modèle où on était tous associés, un petit peu comme dans une coopérative.

Effectivement, on ne veut pas qu’il y ait de salariés à qui on achète une certaine somme d’heures de travail.

Chez nous, tu passes le temps que tu veux à bosser, le temps qui te paraît nécessaire. De toute façon, tu partages la responsabilité entrepreneuriale de l’entreprise et économique, au final. En étant tous associés égalitaires, aujourd’hui, comme dans une coopérative pour de vrai, on a tous la même responsabilité envers l’entreprise.

On n’a pas un boss qui détient 90% des actions et que nous, on se partage les miettes. C’est vraiment tout le monde sur le même pied égalitaire. Et s’il y en a un qui fait des conneries, il en souffrira autant que les autres en réalité.

Ça marche très bien parce qu’on se fait confiance, qu’on fait très attention de qui on s’entoure, comment on perçoit, et comment on « recrute » des gens de qui on s’entoure.

Aujourd’hui, en toute transparence, tout le monde choisit la somme qu’il percevra tous les mois et on se le verse. Et ça peut fluctuer, ça fluctue.

Naier : Les gens sont raisonnables ou pas ?

Alexandre : Les gens sont plutôt raisonnables, mais parce qu’on s’entourait des bonnes.

C’est-à-dire que si on avait des modes de vie, je dirais à titre perso, qui était déraisonnable, forcément on devrait répercuter sur la somme qu’on perçoit tous les mois et qu’on s’approprie tous les mois une somme déraisonnable.

Par contre, on a Arnaud qui est, par exemple, papa de 2 petites filles. Il vit en périphérie de Lille. Il prend un revenu plus élevé que moi-même parce qu’il a des contraintes familiales. Sa vie impose plus de charges donc plus de revenus.

C’est parce qu’on est tous conscients et qu’on est tous d’accord avec ça que ça ne pose aucun problème. Il n’y a aucune jalousie ni aucune rancœur vis-à-vis de ça.

Le modèle de vie « sans domicile fixe volontaire » choisi par Alexandre

Moi, pour la petite histoire, je prends un revenu très bas parce que j’ai très peu de charges. J’ai décidé depuis un peu plus d’un an de ne plus avoir de logement.

Donc je suis moi-même sans domicile fixe volontaire et ça fait 1 an que je vis chez l’habitant au quotidien. La plupart du temps en France, mais parfois ailleurs en Europe.

Parce que je n’ai pas de logement, pas de loyer et puis toutes les charges fixes que ça entraîne, j’ai besoin de moins de revenus tous les mois.

Naier : D’accord ! OK, c’est cool ! Tu arrives à t’en sortir quand même ?

Alexandre : Ouais, complètement ! J’ai la meilleure vie possible depuis 1 an. On pourrait faire tout un sujet et je pense que je vais écrire quelque chose à ce sujet-là prochainement.

Naier : Sans avoir de domicile fixe, tu arrives quand même à te concentrer à travailler ?

Alexandre : Ouais, exactement ! Au début, c’était un petit peu difficile.

Forcément, tu imagines les premiers mois, le matin ça allait. Puis, à partir de 15 h tu es là en train de te demander :  » mais merde, je dors où ce soir ? Comment je vais faire ? » Après, forcément, tu as plein de solutions.

Je dirais que si tu es dans une ville, même une petite ville, tu as toujours des solutions d’hébergement, des auberges, des hôtels en cas de besoin urgent.

Mais il y a une grosse partie effort social puisque ça me force, moi, au quotidien à aller rencontrer des gens parce que je ne suis pas toujours chez des gens que je connais.

Et quand je suis quelque part où je ne connais personne, je suis obligé d’aller vers les gens, d’aller rencontrer et d’aller provoquer l’échange pour qu’en découle des invitations.

Dès fois je le provoque de plein de manières. Quand je suis à une conférence ou à un événement, je prends la parole, je dis : « hey les gars! Je n’ai pas d’hébergement ce soir. » Ça marche à tous les coups ! Ça responsabilise les gens.

À chaque fois, j’ai plusieurs invitations. Et j’ai souvent eu plus d’invitations que de nuits disponibles.

L’importance du bouche-à-oreille dans le développement de Tepee.pro

Naier : D’accord ! Super ! Alexandre, si on parlait un peu de marketing. Quel est le meilleur canal marketing que vous utilisez pour faire croître tepee.pro ?

Alexandre : Sans équivoque, le bouche-à-oreille, ce qu’on appelle en langage marketing pur et dur le referal parce qu’on est sur un service qui est sensible quand même.

On parle de recevoir un inconnu chez soi ou d’aller chez un inconnu. Et ça, tu as beau faire les plus belles publicités du monde, avoir le meilleur marketing du monde, tu ne peux pas donner confiance aux gens comme ça, n’importe comment.

Évidemment, on fonctionne avec des systèmes d’avis, etc. On fait vachement attention à la communauté qu’on accueille. Tu vois, un prérequis pour entrer dans la communauté Tepee, c’est d’être professionnel par exemple.

C’est-à-dire avoir une activité. Qu’elle soit salariée, entrepreneuriale, associative, on veut que tu aies une activité et on va le vérifier.

Manuellement, tous les jours, moi je vérifie tous les inscrits qui sont passés sur notre plateforme, qui ont voulu créer un compte. Je vais vérifier qu’ils aient vraiment une activité, que ce soit des personnes réelles avec une vraie identité.

Et ça met un premier filtre sécuritaire je dirais. Par contre, aujourd’hui, 8 personnes sur 10 qui s’inscrivent sur Tepee viennent parce que quelqu’un leur en a parlé.

Elles viennent parce qu’on leur a recommandé Tepee comme un super service pour rencontrer du monde ou pour voyager avec des locaux là où l’on se rend ; ou parce qu’on leur a conseillé.

Et ça, c’est sans équivoque. On faisait auparavant un petit peu de pub, la publicité sur Facebook, les promotions de publication, et ça générait du trafic évidemment sur notre site, ça va nous donner de la visibilité.

Par contre, ce n’est pas ce qui faisait croître, de manière exponentielle, nos inscrits, nos utilisateurs.

Tu as beau voir ça, on a beau entendu parler de la meilleure façon, si ce n’est pas quelqu’un que tu connais qui t’en a parlé, ou si tu n’as pas la preuve par A+ B que c’est vraiment quelque chose de bien, que c’est sécurisant, et que c’est safe, tu n’iras a peut-être pas.

Par contre, depuis qu’on a arrêté de faire de la publicité, et qu’on a 0 euro dépensé depuis 4 mois maintenant sur la publicité, on n’a pas perdu en nombre d’inscrits tous les mois.

On s’est à peu près stabilisé et puis ça continue de croître. Par contre, c’est un « recrutement » d’une communauté beaucoup plus qualitatif puisque ce sont des gens qui en ont entendu parler, qui sont déjà sensibilisés et qui ne tombent pas là par hasard, et qui nous font confiance d’entrée de jeu.

Ce sont des utilisateurs qui sont beaucoup plus actifs, finalement, dès le départ.

Tepee en quelques chiffres

Naier : D’accord ! Excellent ! Alexandre, où est-ce que vous en êtes aujourd’hui en termes de chiffres ?

Alexandre : Un des chiffres qui nous anime le plus c’est le pourcentage de destination qu’on couvre.

Si quelqu’un se pointe sur Tepee et recherche une ville où il a prévu de se déplacer et qu’on n’a aucun résultat, aucun hôte à lui proposer, on fait un peu la tronche.

Du coup on se donne corps et âme pour trouver des autres locaux. Par conséquent, c’est le nombre de destinations couvertes. Aujourd’hui, on est dans un peu plus de 70 pays, 75 peut-être, vraiment partout.

Récemment, je crois que les derniers pays c’est l’Éthiopie par exemple, la Nouvelle-Zélande aussi il me semble.

Puis après, l’Europe, l’Asie forcément. On a une belle communauté dans ces continents-là, sur ces pays-là.

Au-delà de ça, on fait vachement attention au nombre de nuits qui sont dépensées plus qu’au nombre d’utilisateurs qu’on a.

On ne court pas à tout prix après une communauté énorme, mais qui n’utilisera pas notre service.

Nous voulons que nos inscrits, nos hôtes, ouvrent vraiment leur maison. On veut que les gens qui s’inscrivent chez nous le fassent parce qu’ils ont un vrai besoin de voyage.

On va plutôt compter le nombre de nuits passées grâce à Tepee tous les mois ou tous les ans, que le nombre d’utilisateurs inscrit toutes les semaines.

Le nombre d’utilisateurs, je ne peux pas te le citer parce que je ne les ai pas en tête. Par contre, là, sur les premiers mois de l’année 2019, on a à peu près 300 – 350 nuits réservées tous les mois sur Tepee.

Ça fait à peu près une dizaine tous les jours, et ce, un peu partout.

Naier : Excellent ! Ça ne fait que monter.

Alexandre : Ouais, ça ne fait que monter. Mais je dirais il faut regarder à l’échelle d’une année pour s’en rendre compte. Parce que sur un trimestre ou une année, tu as des énormes périodes de creux et d’énormes pics.

Par exemple en décembre, on est descendu en dessous de 100 nuits réservées, alors que 2 mois plus tôt en octobre on était à 250 – 300.

Il y a des mois où, forcément, parce que les activités des entreprises le veulent, en décembre avec les fêtes, tu as beaucoup moins de voyages.

En mai – juin, ce sont de très gros mois pour nous. On subit vachement le flux de voyage et le flux d’activité des entreprises. À l’inverse, juillet – août, ça va être très calme pour nous, on aura très peu de voyages.

Pour une plus grande impacte dans les pays d’implantation

Naier : Parfait ! Alexandre, quelles sont les prochaines étapes clés de la croissance de Tepee ?

Alexandre : Une des étapes importantes, elle revient vers ce que je te disais tout à l’heure à propos de l’hébergement des personnes en précarité. Aujourd’hui, on teste ce nouveau modèle économique dont je t’ai parlé, en France.

Demain, on a envie que ce soit valable partout, c’est-à-dire dans toutes les villes d’Europe et des autres continents forcément. Comme on est la plupart du temps nous même présents en France, c’est plus facile pour nous de tester ici.

Aujourd’hui, si tu réserves un voyage sur Tepee en Chine par exemple, tu seras encore dans le fonctionnement habituel.

L’ancien modèle économique, je dirais, parce qu’on itère de cette façon-là.

On fait des tests locaux pour mesurer l’appétence, le fonctionnement, puis sur des convictions, sur comment ça marche est-ce que ça marche vraiment ? Et après, on le déploie à plus grande échelle.

Aujourd’hui, c’est le cas dans les villes de France. Par contre, si tu réserves ailleurs, on n’est pas encore en mesure d’offrir des nuits et de transformer tes nuits de réservation sur Tepee en nuits d’hospitalités pour les personnes dans le besoin.

Donc, une des prochaines étapes, c’est d’identifier – c’est ce qu’on veut faire d’ici la fin de l’année 2019 – que dans n’importe quelle ville et pays d’Europe, on soit en mesure de transformer tes nuits en nuits d’hospitalités pour une personne qui en a besoin.

Naier : Donc la personne sera dans ton pays à toi, c’est ça ?

Alexandre : Ouais, exactement ! Pardon, ça je ne l’ai pas mentionné mais tout à fait, parce que quand tu réserves un voyage quelque part, c’est une personne de cette ville qui va en bénéficier.

On veut garder une grosse dimension locale.

Et ça n’a pas de sens pour nous de jouer sur une économie globale.

C’est-à-dire que si tu voyages en Chine, en Asie, en Amérique du Sud et que nous, on rapatrie ton budget voyages pour combattre la précarité en France, ce n’est pas trop déconnant.

Mais ce n’est pas le sens qu’on veut lui donner. Nous, on préfère que ton voyage quelque part ait un impact local.

Si tu te déplaces à Shanghai ou si tu vas en Argentine, c’est une personne qui en a besoin dans ce pays-là qui en bénéficiera. Et ça c’est vachement important pour nous.

Naier : Du coup ça va être un gros challenge ?

Alexandre : Ça va être un gros challenge et à la fois on a l’organisation qui le permet puisque – j’en parlais aussi tout à l’heure – on est 100 % remote, on n’a pas de bureau et on travaille d’où on vit finalement.

Donc, notre recrutement dans les mois à venir, ça va surtout être des relais locaux.

On va chercher à recruter des gens dans plein de pays pour qu’ils puissent, dans leur pays, proches de chez eux, localement, avoir cet impact, cette influence, retrouver les relais et vraiment être implanté-là.

Avoir une équipe qui gère tout depuis Paris, par exemple, ce serait une bêtise pour nous, parce qu’on aurait trop peu de visibilité et trop peu d’impact localement ailleurs.

On ne veut pas d’un impact global, on veut plein d’impacts locaux.

Naier : Excellent !

Alexandre : Donc ça, c’est une de nos prochaines étapes. Bien sûr, le recrutement en fait partie parce qu’aujourd’hui, on est une petite dizaine à contribuer pour Tepee très régulièrement pour certains.

D’autres sont des contributeurs plutôt ponctuels qui nous aident ou des freelances qui viennent nous filer des coups de main.

On a besoin de beaucoup plus de monde pour avancer et mettre le niveau d’exigence qu’on souhaite en face de toutes nos actions.

Les moments des temps forts

Naier : Excellent ! Alexandre, ça va être le moment des temps forts.

Quel a été le pire moment de ton parcours d’entrepreneur et comment tu as fait pour rebondir ?

Alexandre : Le pire moment, je pense que c’est le moment où j’ai dû choisir à un moment où je m’étais éparpillé.

Je te le disais tout à l’heure, j’avais fait plein de choses il y a quelques années dans ma jeunesse, qui n’est pas si lointaine. Je m’étais presque éparpillé finalement. J’étais parti dans plein de directions dans le but d’éveiller la curiosité.

Mais, à un moment, si je voulais être efficace, il a fallu que je me concentre, que je réduise, que je renonce à certaines choses pour mettre plus d’engagements et d’énergies sur certains projets, sur certaines activités.

Et le moment où, en 2018, Tepee a changé d’échelle, où l’on est devenue une société vraiment à part entière, là il a fallu choisir.

Est-ce que je continue de m’engager un peu, mais peut-être de ne pas vivre l’opportunité, de ne pas vivre le moment à fond ? Ou est-ce que je choisis de m’engager plus et forcément je dois renoncer à d’autres activités, à d’autres choses.

Et à ce moment-là, j’ai dû renoncer à plein de choses. J’ai dû démissionner de l’emploi que j’avais chez Décathlon. J’ai dû renoncer à 2 projets que je menais dans cette entreprise-là et un projet que je menais en dehors.

C’est difficile parce que ce sont des choses que tu t’appropries forcément, parce que tu y travailles et il faut accepter un moment de le laisser partir et de le mettre dans les mains de quelqu’un d’autre.

C’est aussi le moment où tu réalises que parce que tu n’as plus un patron, une mission, tu perds un guide et un fil directeur au final.

Et là, l’histoire, c’est toi qui vas l’écrire tout seul comme un grand.

C’est le moment où tu prends un petit peu le vertige et tu te demandes si tu vas vraiment être en mesure de prendre une bonne décision pour toi, pour ta personne.

Et ça, c’était le moment qui m’a mis dans le doute. Finalement, ce n’est pas le pire moment de ma vie. Il était plaisant, au final, mais il était difficile. Il y avait beaucoup de choix à faire.

J’ai réussi à m’en sortir simplement en me faisant confiance, en y allant plutôt à l’intuition qu’au rationnel.

Si tu cherches à te rationaliser tout le temps tu vas te raccrocher aux choses qui te sécurisent et j’aurais pu garder un emploi salarié, garder une sécurité.

Au final, j’ai décidé de quitter mon logement, quitter ma vie de sédentaire et de quitter un emploi.

C’était complètement irrationnel à ce moment-là. Par contre, mon intuition me disait de m’engager corps et âme et d’y aller à 100% dans cette direction.

Et en suivant les signes, les signaux, puis les énergies des gens qui m’entouraient, au final, je pense aujourd’hui que j’ai pris la bonne décision.

Naier : Je le pense aussi.

Alexandre : J’en suis plutôt convaincu !

Naier : À contrario, quel a été ton plus beau moment ?

Alexandre : C’est les mois qui ont suivi ça. Du coup, la fin d’année et le début de cette année-là je dirai. C’est assez récent. Parce que tu te responsabilises, tu te rends compte que:  » OK ! Maintenant c’est toi le patron ».

Par patron, je ne veux pas dire patron de l’organisation, mais plutôt le patron de ta propre vie. C’est toi qui dois écrire les lignes. Tu peux vraiment écrire ce que tu veux.

Si tu te débrouilles bien et si tu prends la bonne direction, tu peux vraiment écrire ce que tu veux.

Ça fait grandir en tant que personne parce que ça te met en face des vraies responsabilités de la vie et que finalement, ce n’est pas simplement se fier et se formater à un modèle qui existe.

Là, c’est vraiment… toutes les possibilités sont là et tu peux tout écrire. La preuve, je vis nulle part, je n’ai pas de logement.

C’est un petit peu bizarre pour une personne qui a fondé une entreprise en 2019 de ne pas avoir de logement, de bureau, de ne rien avoir. Et pourtant, c’est le cas et on peut vraiment écrire ce qu’on veut.

C’est aussi l’occasion de fonctionner selon les règles qu’on souhaite et finalement de donner l’impact et la perspective qu’on veut à nos actions.

Et parce qu’aujourd’hui, je décide de ce que je fais, je décide aussi de l’impact de mes actions.

Par exemple, je décide qu’une partie de mes revenus est partagée avec des personnes qui en ont besoin pour lancer leurs activités.

Je décide de ne pas mettre d’épargne de côté pour financer des projets personnels. Ce genre de choses, tu ne peux pas te le permettre quand tu as trop de contraintes et quand ta vie suit un modèle trop défini.

Donc, je dirais, je suis en train de vivre le plus beau moment de mon parcours d’entrepreneur… pour l’instant en tout cas…

Naier :… jusqu’à ce que tu aies des enfants, que tu sois obligé de reprendre.

Alexandre : Je ne sais pas si je serai obligé de le reprendre. Je serai obligé de faire des ajustements, ça c’est sûr.

Après, tu sais, c’est peut-être simplement de trimbaler 2 sacs à dos au lieu d’un et je prendrai un tandem au lieu d’avoir un vélo individuel.

Il y aura des ajustements, c’est sûr ! Mais je ne suis pas sûr que je sois obligé de retourner dans un modèle… en tout cas, il n’y aura pas de retour vers un modèle précédent. Il y aura un pas de plus vers un autre modèle encore.

Le chef des expériences

Naier : D’accord ! Avant qu’on ne passe à la dernière partie de l’interview, on a beaucoup parlé. Toi Alexandre, tu es Chef des Expériences de Tepees. En quoi cela consiste ?

Alexandre : Chez Tepee on est 4 associés aujourd’hui. On a 2 personnes qui sont sur l’informatique, qui développent. Donc ils sont très proches du produit et qui le font avancer dans le bon sens.

Mon collègue Allan, lui, s’occupe de la partie administrative entrepreneuriale, le management, le recrutement, etc.

Et moi, du coup, je passe beaucoup de temps proche des gens qui utilisent nos services. Par exemple, c’est moi qui vais te contacter si tu t’inscris.

Tu t’inscris, je vais te contacter et de te souhaiter la bienvenue ou te poser la question : « pourquoi tu t’es inscrit ? Et quelles sont tes motivations ? » C’est aussi moi qui vais t’aider à trouver un hôte quelque part si tu fais une recherche sur notre site et que tu n’as pas de résultats par exemple.

Si je vois que ça arrive, je vais te contacter pour être sûr que tu trouves quand même une solution. Et si, malheureusement, on n’en trouve pas, je serai la personne qui s’excusera au nom de toute l’équipe.

Je suis le premier sur qui tu tomberas si tu contactes le support par exemple. C’est moi qui vais en priorité prendre le relais et à t’écouter en fait.

Je pense qu’on le fait très peu. J’ai très peu vécu dans ma vie quotidienne d’expérience comme ça où quelqu’un de l’entreprise vient vraiment à ton secours et vient vraiment t’aider ou t’accompagner, t’épauler dans les étapes clés de ton parcours en tant qu’utilisateur.

Et le peu de fois où ça m’est arrivé, j’avais ressenti beaucoup de plaisirs. C’est, un effet « plus que wouaouh ! » Il y a quelqu’un de l’équipe qui va personnellement t’accompagner à une étape clé de ton utilisation d’un service.

Ça a eu tellement de force quand je l’ai vécue auparavant que j’ai voulu le reproduire chez nous.

Et c’est ce que je veux dire par Chef des expériences, c’est que mon quotidien c’est chez Tepee c’est d’essayer de faire vivre la meilleure expérience possible du moment où tu t’inscris au moment où tu rentres de voyage pour de vrai.

Naier : D’accord ! Et avec Tepee qui grandit, est-ce que ça va rester toujours possible finalement parce que vos frais vont augmenter et vous allez devoir recruter du personnel.

Est-ce que vous y réfléchissez déjà pour garder un tel niveau de service ?

Alexandre : Ouais ! Je suis en plein dedans parce que si je le fais tout seul aujourd’hui, ça me prend des heures tous les jours. J’y suis complètement confronté.

C’est pour ça que je parlais tout à l’heure de recrutement. C’est qu’on a besoin de s’entourer de personnes qui partagent le même intérêt envie ou enthousiasme, la même attention et qui ont envie de donner autant.

J’essaye de trouver ces personnes-là pour que je ne sois plus tout seul à le faire mais que l’on soit une équipe et qu’on puisse garder le même niveau d’exigence à une échelle plus grande.

Aujourd’hui, on a les moyens de le faire. C’est simplement trouver les personnes qui en ont vraiment envie et qui accepteront de marcher main dans la main avec nous ; puisque, forcément, on a une organisation particulière.

Et malheureusement, je ne peux pas t’acheter avec une machine à café dans le bureau de Tepee, il n’y en a pas.

On n’a pas d’espace de coworking ou de machine à café donc il faut trouver d’autres trucs sympas.

Naier : Et comment vous faites pour sélectionner les bonnes personnes justement ?

Le système de recrutement chez Tepee

Alexandre : Eh ben écoute, c’est tout frais. Je viens de mettre en place un outil de recrutement qui est complètement open source. Ça parlera surtout aux personnes qui sont affiliées aux produits et en informatique.

En fait, on veut permettre à tout le monde de rejoindre Tepee. Ce n’est pas à nous de choisir si une personne a les valeurs ou pas.

C’est trop difficile, au cours d’un entretien téléphonique ou d’un entretien en face à face, de juger une personne.

Donc pour être certains de ne pas se planter, de ne pas fermer de portes, mais, à la fois, de ne pas sélectionner une personne qui aurait été trop bonne sur le moment et qui, finalement, ne partage pas nos valeurs intrinsèques. Eh bien, aujourd’hui, tu peux rejoindre un lien de recrutement que tu vas suivre et qui va te donner tous les outils pour commencer à contribuer avec nous.

Enfin de compte, on va voir par l’appétence que tu mets, comment, toi-même, tu vas intégrer nos outils digitaux de communication par la façon dont tu te présentes à l’équipe, par la façon dont tu commences à interagir avec nos outils et nos méthodes.

Si tu te sens à l’aise, on va voir si tu partages le sens. Un des prérequis, par exemple, dans le recrutement c’est de vivre une expérience en Tepee.

Tu ne vas pas aller acheter des pizzas chez un mec qui ne mange pas de pizza.

Là, c’est pareil ! Tu ne peux pas demander à quelqu’un de contribuer avec nous, de bosser avec nous sur ce service s’il ne sait pas lui-même ce que c’est que l’hospitalité, s’il n’a pas lui-même été hébergé ou s’ils n’hébergent pas lui-même.

Donc, un des prérequis, c’est de s’inscrire et on ne recruterait que des utilisateurs de chez nous. Des gens qui sont capables de fournir un super accueil ou qu’ils vivent une expérience d’hospitalité eux-mêmes et qui commencent à mettre la main à la pâte sans attendre qu’on leur donne des missions ou un contrat de travail.

Ce sont des personnes qui partagent la même envie que nous de faire avancer le sens de Tepee. Ils valent peut-être le coup d’être intégré durablement.

L’interview top  5

Naier : OK ! Alexandre, c’est le moment de l’interview top 5 : le livre que tu recommandes ?

Alexandre : Un truc qui m’a vachement fait grandir c’est un livre pragmatique : c’est « L’intelligence émotionnelle » de Daniel Goleman. Mais ça, c’est valable pour tout le monde, quel que soit son activité ou son horizon sur l’ambition.

C’est simplement pour mieux appréhender les relations interpersonnelles et les émotions ; d’abord les siennes et puis celle des autres.

Et ça, ça change vachement la façon dont tu te comportes avec les autres, comment tu comprends les relations interpersonnelles, les interactions. Que ce soit dans ton quotidien, dans ta transaction avec la boulangère en bas de la rue ou la façon dont tu travailles avec tes collègues, ça change beaucoup de choses.

Naier : D’accord ! L’entrepreneur que tu suis ou dont tu es fan ?

Alexandre : Ce n’est pas un gars très connu, mais la personne qui m’inspire le plus en ce moment s’appelle Christophe.

C’est un gars que j’ai rencontré à Lille après qu’il se soit inscrit sur Tepee. Je l’ai rencontré parce qu’il entreprend lui-même un service qui vient en aide aux gens qui en ont besoin.

Il propose à des hôtes d’ouvrir leur maison à des touristes et de reverser leurs revenus pour payer le salaire de personnes qui sont, aujourd’hui, réfugiés.

Concrètement, Christophe a commencé par ouvrir sa maison à des gens qui voyageaient pour les week-ends et qui étaient vraiment des touristes, pas des touristes d’affaires.

Au lieu de se mettre les revenus, dans la poche, il utilisait ses revenus pour payer un loyer à une famille de réfugiés et pour leur offrir un travail salarié dans cette même maison.

Et aujourd’hui, Christophe construit une communauté d’hôtes en France qui fait un petit peu de l’hébergement comme Airbnb le fait. Sauf qu’au lieu de garder leurs revenus pour eux, ils les partagent avec des gens qui en ont besoin.

Ils appellent ça « La Ch’tite Maison Solidaire ». Et ils se construisent des Ch’tites maisons solidaires un petit peu partout, un peu comme nous on le fait avec les voyageurs d’affaires au final.

Nous, on utilise le budget voyage pro d’une entreprise.

Eux, ils vont plutôt utiliser les budgets voyages perso des familles ; mais plutôt que de se les mettre dans la poche, ils vont les utiliser à bon escient.

Naier : Excellent ! Ton outil en ligne préféré ?

Alexandre : Est-ce que tu connais Patreon ?

Naier : Oui.

Alexandre : Tu l’as déjà utilisé ?

Naier : Non, mais je connais.

Alexandre : OK ! J’aime beaucoup Patreon parce qu’il enlève les intermédiaires et il donne le pouvoir à quelqu’un qui est créatif, un indépendant ou un artiste d’interagir directement avec sa communauté.

Et aujourd’hui, un artiste, pour vendre un livre, pour vendre un CD, il est obligé de passer par une plateforme ou par un distributeur.

Je trouve que Patreon, c’est celle qui raccourcit le plus l’intermédiaire et qui rapproche le plus la communauté des gens qui en bénéficient et le créatif.

Tu peux juste vendre un service, un produit ou une prestation artistique et que quelqu’un, un peu à l’image d’un financement participatif, te finance directement sans passer par une maison d’édition sans aller acheter ton CD à la Fnac ou sans s’abonner sur internet.

Je trouve que c’est un outil qui rapproche vachement. Du coup, il donne beaucoup de crédit à ces gens-là.

Naier : Excellent ! Ton premier conseil pour quelqu’un qui aimerait se lancer aujourd’hui ?

Alexandre : Dans l’entrepreneuriat ?

Naier : Oui !

Alexandre : Je dirais que c’est se soigner de 2 pathologies. La première c’est le conseil. C’est une pathologie qui touche l’entrepreneuriat de la mauvaise façon.

Le conseil, ça peut être bien, à condition que ce soit a donné par des gens qui font ou qui ont fait ; et non par des gens qui sont exclusivement des conseillers. Et c’est important que ce soit donné après comme un débriefing et pas comme un conseil à priori.

J’ai trop souvent entendu des gens me dire qu’ils avaient un projet, une super idée, mais ils restaient bloqués à ce stade-là.

Ils n’avançaient pas.

Ils ne faisaient pas le premier pas qui faisait que leurs idées devenaient concrètement un produit ou un service parce qu’ils se faisaient conseillers par plein de gens différents, qui n’étaient pas forcément les mieux placés pour conseiller ; mais surtout, ils le faisaient avant d’agir.

Donc, avant même de faire ton premier pas, on a déjà jugé ton idée. On lui a déjà donné 36 couleurs, 36 perspectives différentes. Et toi, tu es tiraillé dans tous les sens et tu es obligé de renoncer à tes convictions.

Donc, mon premier conseil serait de passer à l’acte d’abord.

Fais quelque chose selon tes convictions ! Agis, mets la première pierre à l’édifice ! Et puis, une fois que tu l’as mise, entoure-toi de personnes qui ont fait, qui sont des références sur un sujet.

Demande-leur de te débriefer et de te donner leurs avis, mais après, pas avant. Donc ça, c’est pour moi quelque chose qui frappe largement l’entrepreneuriat mais pas que.

C’est un truc que l’on voit aussi dans toutes les entreprises. Je le vivais quand j’étais salarié.

La deuxième grande pathologie, pour moi, c’est le suroutillage. On a toujours tendance à vouloir un outil. Quand tu vends des produits, tu veux un local commercial.

Quand tu vends un service, souvent, tu parles d’un site internet ou d’une application. Mais tu n’as pas besoin d’une application, d’un site internet tout de suite.

Pour moi, c’est quelque chose qui doit intervenir quand tu veux passer de l’échelle de la centaine à l’échelle de milliers de clients, d’utilisateurs.

Mais, auparavant, tu peux le faire sans. Tu ne vas pas ouvrir une boutique, une épicerie fine de produits gastronomiques alors que tu n’as jamais vendu aucun produit toi-même.

Tu pourrais le faire par le bouche-à-oreille, le faire à ton cercle d’amis proches, le faire dans ton quartier en proposant de livrer directement les gens toi-même sans avoir une boutique, des murs qui t’ont coûté de l’argent et beaucoup de temps de réflexion.

Au même titre, on a commencé Tepee en ayant juste un Google Drive et un téléphone.

On s’est pas mis en tête, dès le départ, de construire un site internet parce qu’on aurait pu passer beaucoup de temps à construire ça sans même passer de temps à servir nos utilisateurs.

On aurait peut-être passé beaucoup de temps construire quelque chose qui n’allait pas du tout.

Et c’est simplement parce qu’on a construit quelque chose sans outils qu’on a pu se forger des convictions sur : comment on devait construire notre outil a posteriori. Donc le suroutillage, ça intervient beaucoup trop tôt.

Naier : OK ! Le meilleur investissement que tu as réalisé pour faire croître ton business ou votre business ? Ça pourrait être un investissement en termes de temps, de moyens humains, de moyens financiers, un produit, un service.

Alexandre : Tu as bien dit « votre business ? » Je ne parlerai pas d’un investissement de ma part mais de la part d’Allan.

C’est assez drôle comme investissement puisqu’il s’est désengagé du projet au moment où moi je le rejoignais pour de vrai.

J’ai toujours contribué à construire Tepee dès le départ. J’étais dans l’équipe.

Par contre, je mettais très peu de temps, très peu d’engagements dedans. Les responsabilités étaient déjà réparties entre les trois autres associés.

Et ce qu’a fait Allan, s’est de désengager de ses responsabilités pour qu’elles soient de nouveau libres et à prendre.

Au moment où, j’arrive, finalement je suis obligé d’attraper des choses et de m’approprier certaines actions, certaines activités.

Et pour moi, c’est une grande leçon de management.

Parfois, l’absence, c’est le meilleur management qui existe. C’est celle qui permet au nouvel arrivant d’avoir des tâches à sélectionner, des actions qu’il peut s’approprier et non pas quelque chose qu’on va lui donner, donc, il va choisir.

Moi, j’ai eu l’occasion de choisir parmi tout ce qu’Allan faisait auparavant.

Au final, un panel d’activités et d’action que, peut-être, s’il les avait donnés sur un plateau, j’aurais été beaucoup moins engagé.

Naier : D’accord ! Alexandre, merci de nous avoir accordé cette interview.

Est-ce que tu pourrais dire à nos auditeurs où est-ce qu’ils peuvent te suivre ?

Alexandre : De la même façon que tu m’as trouvé Naier, sur LinkedIn.

J’essaye de partager les infos utiles de temps en temps.

Autrement j’essaye d’écrire des choses sur mon quotidien d’entrepreneur, de nomade et de voyager sur Medium. J’y écris des articles assez qualitatifs.

Naier : Parfait ! Merci Alexandre, à bientôt !

Alexandre : Merci Naier, au revoir ! 

 

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