Comment Booster Votre Taux de Conversion de 200 % (avec Idir Ait Si Amer de Tracktor)
idir asa tracktor

024 : + 200 % de Conversion en 1 An avec Idir Ait Si Amer de Tracktor

  • Naier Saidane  -  1 avril 2019

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Aujourd’hui je reçois Idir Ait Si Amer CEO et co-fondateur de Tracktor.

Idir partage avec nous son parcours dans les métiers du bâtiment et sa formidable aventure entrepreneuriale Tracktor.

Dans cet épisode du podcast, vous allez découvrir :

  • Comment une expérience familiale lui a donné l’idée de Tracktor
  • Comment il a étudié le marché et comment cela lui a permis de comprendre parfaitement bien les problèmes et les frustrations liés à son marché
  • Comment ils ont démarré sans plateforme
  • Pourquoi il est important d’apporter un bénéfice au client dès le départ afin de se différencier et répondre à son besoin
  • L’approche scientifique de Tracktor dans le marketing
  • Comment ils ont réussi à augmenter leur taux de conversion de 10 à 30 % en un an
  • Comment ils ont réussi à booster leur taux de rétention et générer 70 % de l’activité avec des clients récurrents
  • Comment Tracktor gère « intelligemment » la problématique de la mise à jour des données et en l’occurrence la disponibilité du matériel
  • Les ingrédients clés, selon Idir, pour réussir à créer un service ou un produit dans le digital
  • La levée de fond de Tracktor

Dans cet épisode vous allez découvrir

  • 2:10 : Son tout premier business.
  • 3:43 : Comment s’est passé le démarrage de son business.
  • 11:07 : Le meilleur canal marketing qu’il utilise pour faire connaitre son business.
  • 17:20 : Les chiffres de Tracktor aujourd’hui.
  • 24:59 : Les prochaines étapes clés de la croissance de ….
  • 30:14 : Le pire moment de son parcours d’entrepreneur et comment il a fait pour rebondir.
  • 31:24 : Le plus beau moment dans son parcours.
  • 32:13 : Les livres qu’il recommande.
  • 32:29: Les Entrepreneurs qu’il suit.
  • 33:39 : Son outil en ligne préféré.
  • 34:26 : Son 1er conseil pour quelqu’un qui aimerait se lancer aujourd’hui.
  • 35:20 : Le meilleur investissement qu’il a réalisé pour faire croître ….

Ressources mentionnées

Les Livres qu’il recommande

Les entrepreneurs qu’il suit

  • Jack Ma
  • Issad Rebrab
  • Elon Musk

Son outil en ligne préféré

  • SmartKeyword
  • Motion
  • Slack

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Comment une expérience familiale lui a donné l’idée de Tracktor

Naier : Idir, est-ce que tu es prêt nous révéler l’entrepreneur qui en toi ?

Idir : Oui, prêt !

Naier : Excellent ! Aujourd’hui j’accueille Idir Ait Si Amer cofondateur et CEO de Tracktor. Tracktor une plateforme qui permet de mettre en contact l’offre et la demande dans le domaine de la location d’engins de chantier BTP.

Idir : C’est ça !

Naier : Idir, avant de parler de Tracktor. J’aimerai qu’on remonte le temps et qu’on s’intéresse un peu à ton parcours personnel. Est-ce que tu te rappelles du tout premier projet ou business que tu as fait ?

Idir : En fait en vérité Tracktor, c’est mon tout premier projet, mon premier business. Pour revenir un peu à mon parcours, je suis ingénieur de formation diplômé en 2012, ingénieur en travaux publics. J’aime bien dire que j’ai un double ADN BTP de par ma formation et mes expériences. Mais aussi parce que j’ai un entourage familial d’entrepreneurs dans le secteur des travaux et du chantier.

Donc j’avais un peu travaillé des chantiers assez prestigieux comme la Philharmonie de Paris ou la Cité du Cinéma. J’étais conducteur de travaux. J’ai fait un peu de maîtrise d’œuvre et de maîtrise d’ouvrage avant de monter ma boîte en 2016 suite à un constat qu’on a fait sur le terrain.

Naier : D’accord ! Donc, tu as été touché à tout depuis longtemps ?

Idir : Ouais ! En fait, là, aujourd’hui, dans le secteur du BTP, j’ai un peu fait tous les métiers de manière assez rapide. Donc j’ai fait à la fois la partie maîtrise d’ouvrage client, la partie entreprise de travaux, la partie maîtrise d’œuvre sur la conception.

Aujourd’hui, je loue des engins de chantier. Donc, ouais, c’est assez sympa de voir un peu tous les métiers de l’industrie.

Naier : Excellent ! Idir tu as été longtemps salarié au début de ta carrière. Qu’est-ce qui t’a poussé vers l’entrepreneuriat ?

Idir : Et ben moi, je viens d’un entourage très entrepreneur pour le coup. C’est-à-dire que mon père lui-même est entrepreneur, il a fait plusieurs métiers. Il a était restaurateur, artisan-taxi, il a fait les marchés, il a fait une agence d’import-export, une agence de voyages… donc j’ai un peu grandi dans cette idée d’entreprendre.

J’ai deux oncles. Un qui est entrepreneur dans la menuiserie aluminium, un autre qui fait tout ce qui est ouvrage hydraulique. Du coup, depuis tout petit, j’ai su que j’allais entreprendre. Mais pas forcément monter une startup. Je pensais que j’allais finir dans une activité très traditionnelle comme monter un bureau d’étude ou réaliser des travaux. Finalement, j’ai monté une startup et je suis très content par rapport à ça.

Comment il a étudié le marché et comment cela lui a permis de comprendre parfaitement bien les problèmes et les frustrations liés à son marché

Naier : Excellent ! Idir, du coup on arrive sur Tracktor. Comment tu as eu l’idée et comment s’est passé le démarrage ?

Idir : Alors, l’idée remonte maintenant à 2016. En fait, l’idée initiale c’était en gros : j’ai mon oncle qui a acheté du matériel pour effectuer ses travaux, des grues qui coûtent assez cher et qu’il utilisait très peu. Donc il s’est dit : « Je vais monter une activité de location pour générer un revenu complémentaire ».

Donc il l’a fait, il a généré des revenus. Mais il a été confronté à un certain nombre de problèmes opérationnels comme des assurances. Il n’était pas assuré pour cette activité, il avait des impayés. Mon oncle n’était pas forcément structuré en termes de logistique pour la location à courte durée.

Du coup le constat, c’était de dire : en France, il y a beaucoup d’entrepreneurs qui ont du matériel sous-utilisé. On pourrait les accompagner pour le mettre en location. Mais qu’il fallait leur apporter une solution clé en main puisqu’ils n’étaient pas forcément structurés pour.

Et c’est à ce moment-là qu’on a commencé à s’intéresser à ce marché-là. Moi, je suis issue d’une école d’ingénieurs en travaux publics. Donc j’avais pas mal de potes qui étaient en conduite de travaux. On a commencé à discuter avec des gens du terrain. Et on s’est rendu compte qu’il y avait énormément de problématiques côté client.

Naier : Alors quand tu dis « nous », tu avais des collègues à toi, des anciens collègues à toi ?

Idir : Oui, j’ai deux associés aujourd’hui.

Naier : D’accord !

Idir : Il y a Julien qui m’a rejoint dès le départ. Il était un ancien collègue chez Mazars. Et il voulait entreprendre de son côté. Donc il avait ses propres projets et j’avais les miens. Lorsque je lui ai parlé de Tracktor, il l’a aimé parce que c’est un vrai marché, c’est un marché concret. Il y avait un vrai besoin et la problématique lui parlait. Donc il nous avait rejoint.

Et puis, on a été rejoint quelques mois plus tard par Laura qui est notre CTO. Elle s’occupe de toute la partie Tech. Du coup, on a commencé à parler avec les entreprises de travaux. On s’est rendu compte qu’aujourd’hui, pour bien comprendre ce qu’on fait, je pense que c’est important de parler du marché.

Le marché de la location d’engins de chantier, c’est un marché qui fait à peu près 5 milliards en France et 30 millions en Europe. C’est un marché relativement jeune qui est très peu digitalisé. Aujourd’hui, il est à la fois atomisé. Donc il y a deux gros acteurs qui dominent le marché avec 30 % de parts de marché. Et puis vous avez 3 000 petits loueurs indépendants.

C’est un marché qui est très opaque.. C’est-à-dire qu’on ne connaît jamais la dispo et les prix en amont. Et on est obligé de consulter les lois pour le savoir. Et c’est un marché où que soit la qualité ou le prix, c’est très disparate. Le prix peut varier du simple au triple.

Ce qui fait qu’aujourd’hui, lorsqu’on veut louer une machine, on est obligé de consulter différents loueurs pour savoir qui a la dispo et à quel prix ? Et ensuite, faire une ouverture de compte et réserve. Ça prend énormément de temps. Et il faut savoir que les conducteurs travaux et les chefs de chantier le font souvent à la dernière minute. Donc c’est assez anxiogène.

J’ai mon chantier qui démarre dans 2-3 jours. Il faut que je trouve des machines. Du coup, je vais perdre du temps à consulter, sans forcément être sûr que je trouverai la dispo. Et je perds du temps à négocier, à faire des ouvertures de comptes, etc.

On a vu qu’il y avait énormément de sujets côté client. Et, pareil, on a commencé à discuter avec des loueurs. Ils nous disaient : « Aujourd’hui sur notre journée type, on perd beaucoup de temps parce qu’on est consulté pour des devis et mis en concurrence constamment. Donc on a 1 devis sur 10 qui aboutit à une vraie location.

Et derrière on perd beaucoup de temps sur l’administratif : les ouvertures de compte, récupérer les pièces, etc. Et beaucoup de temps en aval sur la gestion des paiements, du recouvrement, des relances, etc. » Du coup, on s’est dit : « OK ! Super ! Il y a énormément de problèmes côté clients, côté loueurs, côté offre. Donc il y a des choses sympas à faire et on va résoudre tous ces problèmes-là ».

Comment ils ont démarré sans plateforme

Naier : D’accord ! Comment on démarre du coup ? Là où on a l’idée générale, comment on attaque ?

Idir : Bah on attaque, déjà, nous, en fait, pour délivrer le service, il nous fallait 2 actifs. Le premier, c’est un réseau de loueurs pour proposer des machines à la location à nos clients et une plateforme. Donc en fait, on a un peu démarré comme ça. C’est-à-dire qu’en parallèle, on développait notre plateforme. Et en même temps, on allait démarcher des loueurs à qui on proposait notre service.

Au début, c’était un peu dur parce qu’en fait, on va voir des loueurs. On leur explique ce qu’on va faire. Mais il n’y a rien de tangible et de concret. Donc il n’y a pas de plateforme, il n’y a pas de clients, il n’y a pas de business.Il n’y a rien qui se passe.

Du coup, c’est laborieux, mais on arrive quand même à convaincre certains loueurs qui nous rejoignent. Et à se constituer un premier parc de matériels. Ensuite, on se dit à un moment donné : « On va livrer la plateforme en octobre 2016. Du coup, il faut qu’on se prépare peut-être, en amont, à commencer à constituer un portefeuille client.

Comme ça dès qu’on met en route la plateforme et on fait les premières locations ». Et pour ça, on a fait un peu « fake it until you make it ». On a mis des annonces un peu partout comme quoi on avait du matériel à louer. Pour derrière, générer des leads qu’on traiterait par la suite.

Et en fait, dès les premières annonces, on a eu des leads chauds, de gens qui avaient des besoins urgents. Et on s’est dit : « C’est dommage de ne pas pouvoir les traiter parce qu’on n’a pas la plateforme qui est en ligne ». Donc on a commencé à faire un peu nos premières locations comme ça.

C’est-à-dire que les gens nous appelaient. On les mettant en relation avec nos partenaires au téléphone, sans qu’il y ait de plateforme ni rien, de manières très traditionnelles. Nous, notre modèle économique, c’est prendre une commission. Donc on facturait notre commission. Et on l’envoyait par email tout simplement.

Et c’était vertueux. Ça nous a permis de faire les premières locations et de générer du chiffre d’affaires. Et de mieux comprendre le métier, les enjeux liés à la location, les attentes des clients, celles des loueurs, etc. Ça nous a aussi permis d’accélérer l’acquisition des partenaires.

Parce qu’en fait, lorsqu’on avait des demandes des clients et qu’on n’avait pas forcément la machine adéquate, on allait démarcher d’autres loueurs en disant : « Voilà on est tractant, on va mettre en relation les loueurs, les clients et les entreprises de travaux… et on a déjà un client qui a besoin pour la semaine prochaine pour une mini pelle sur 5 jours, est-ce que ça vous intéresse ? »

Du coup, ça accélère vraiment cette acquisition de partenaires. Et ça nous a permis d’aller beaucoup plus vite. En octobre, lorsqu’on avait mis en ligne la plateforme, on avait déjà des partenaires inscrits avec un pack matériel significatif et des clients qui étaient déjà en portefeuille et qui avaient des besoins récurrents.

Pourquoi il est important d’apporter un bénéfice au client dès le départ afin de se différencier et répondre à son besoin

Naier : D’accord ! Excellent ! Alors, Idir, tu as parlé de plusieurs soucis qu’avaient les loueurs. Et puis à ce qu’avait un parc d’engins de chantier. Comment vous avez priorisé toutes ces choses-là ? Comment vous avez dit : « OK ! On va attaquer ça en premier, ça en deuxième… » Puisque vous démarrez de rien quoi ?

Idir : Ouais ! En fait dans ce qu’on fait il y a plusieurs briques. Il y a la mise en relation en soi. Donc on va mettre en relation via la plateforme des loueurs pros avec des entreprises de travaux qui ont des besoins. Ensuite, il y a la brique où l’on va sourcer.

Donc aujourd’hui, en fait, ce qui se passe c’est que lorsqu’une entreprise de travaux loue sur Tracktor une machine, on a un algorithme qui va désigner le meilleur partenaire suivant la proximité au chantier, la dispo, la qualité de service, etc. Et ça fait gagner du temps à nos clients.

Ensuite, il y a la brique sécurité qu’on apporte en sécurisant les paiements, les contrats, les assurances, etc. Et en se positionnant comme un tiers de confiance, on aurait pu démarrer en se disant : « On va connecter les gens et puis ils se débrouillent entre eux. » Pour nous, ce n’était pas suffisant. Parce qu’aujourd’hui, autant mettre des annonces sur leboncoin ou sur les pages jaunes, etc.

Ça n’apporte pas vraiment de valeur pour le loueur parce qu’il est toujours dans cette phase où il va éditer des devis, où il va essayer de convertir avec des relances, etc. Il prend toujours ces risques contractuels en termes d’assurances, en termes de paiement, etc.

Donc pour nous, c’était essentiel, dès le départ, d’apporter tous ces services-là, quitte à ce qu’on les fasse, dans un premier temps, à la main, qu’on les gère à la main. Et au cas par cas parce que c’est important de les traiter. C’est là qu’on crée une valeur en fait.

Ce n’est pas facile de gérer tous ces aspects-là parce que ça soulève plein de sujets et plein de complexités, notamment le paiement et le paiement B2B. Aujourd’hui, on a des clients qui ne vont pas payer comptant. On a des clients qui vont payer à 30 jours, des clients qui vont payer par carte bleue, d’autres par virement, par prélèvement.

Dès fois, ce sont des paiements échelonnés suivant la durée de la location. Donc ça rajoute énormément de complexité en termes d’exécution et en termes de techno. Mais je trouve que c’est nécessaire pour apporter de la valeur à nos utilisateurs.

Aujourd’hui, on a des loueurs qui sont très contents de travailler avec nous. Parce que Tracktor leur génère du chiffre d’affaires entre 100 000 et 200 000 euros en moyenne. On les sécurise sur le paiement. C’est-à-dire que toutes les locations qu’ils feront chez nous. Ils dorment tranquilles parce qu’ils savent qu’il n’y a aucun risque derrière.

On leur apporte les assurances et les contrats juridiques. Et surtout on leur automatise tout l’administratif. C’est-à-dire qu’ils n’ont pas à éditer de contrats, de bons de commandes, de factures, etc. Tout est automatisé par la plateforme.

Et ça leur permet vraiment de se focaliser sur l’essentiel qui est le service et la qualité de service. Donc, livrer en temps et en heure nos clients avec des machines qui fonctionnent correctement. Et pouvoir intervenir rapidement en cas de panne.

L’approche scientifique de Tracktor dans le marketing

Naier : D’accord ! Idir, quel est le meilleur canal marketing que vous utilisez pour faire croître Tracktor ?

Idir : En termes d’acquisition pure, c’est le SEO, donc c’est un référencement naturel. Chez nous, en fait il y a un élément qui est important c’est le timing. C’est-à-dire que le client est réceptif à la provision de valeur lorsqu’il est dans le besoin. Du coup, le SEO est pertinent par rapport à ça parce que le client nous découvre au moment du besoin.

Donc c’est un canal qu’on a énormément travaillé dès le début, qu’on a structuré pour être scalable. C’est-à-dire pouvoir créer du contenu, l’optimiser, le monitorer sans forcément à faire appel à nos développeurs . Donc beaucoup de maturités sur le sujet.

Ensuite, on a d’autres leviers comme le SEA. En ce moment, on fait beaucoup de séquences de mails et de Lead Generation. Donc on combine, au final, pas mal de leviers en termes d’acquisition. Et le principal c’est vraiment le SEO. Par contre en termes de marketing, c’est vrai qu’on a toujours eu une approche assez scientifique de la chose.

Comment ils ont réussi à augmenter leur taux de conversion de 10 à 30 % en un an

Naier : D’accord !

Idir : En fait, on est 3 fondateurs, 3 ingénieurs. Le premier profil marketing qui nous a rejoints, c’est Benjamin qui nous a rejoints il y a 5 mois. Du coup, c’était une approche très pragmatique et très Data Driven. C’est-à-dire qu’on a pris tout le funnel.

Et plutôt que de mettre le paquet sur l’acquisition, on s’est toujours posé la question : « c’est quoi la priorité pour nous ? Et comment on va travailler pour faire plus de locations et plus de business sans forcément faire que de l’acquisition ? » Donc le premier sujet qu’on a beaucoup travaillé c’était la conversion.

Donc la conversion est passée de 10 à 30 % en un an, pour la simple et unique raison. C’est que la metrix qu’on suivait le plus c’était pourquoi on ne convertit pas ? C’est-à-dire que lorsqu’un client nous sollicite et qu’on ne convertit pas.

On a systématiquement un call pour savoir pourquoi on ne l’a pas converti. Est-ce que c’est un problème de pricing ? Est-ce que c’est un problème de dispo, est-ce que c’est un problème de modalités de paiement ?

Comment ils ont réussi à booster leur taux de rétention et générer 70 % de l’activité avec des clients récurrents

Naier : Alors quand je dis un call, ça veut dire que la personne, elle vous a trouvé, on va dire sur Google. Tu parlais de SEO. Elle se rend sur le site de Tracktor. Il y a la pelleteuse qui l’intéresse devant son écran. Elle essaye de réserver, elle rentre ses coordonnées. Et elle ne va pas jusqu’au paiement.

Idir : Tout à fait ! Donc en fait un client, c’est différentes choses. Il y a celui qui va en effet faire le funnel, qui va arrêter au moment du devis. Donc là, on va l’appeler pour savoir ce qui s’est passé. On a le client qui va nous appeler au téléphone aussi.

En fait, aujourd’hui, on est sur une population qui n’a pas beaucoup l’habitude du digital. Donc qui ne connaît pas forcément la marque. Et qui a tendance à nous appeler au téléphone au premier contact, et qui va nous faire une demande de devis pour le coup.

Par contre, sur les besoins d’après, elles passent par la plateforme parce qu’elles nous connaissent, elles sont rassurées. Et sur le premier contact, elles vont nous appeler. Après, on reçoit aussi — comme on commence à être connu — on est un peu référencé sur des bases d’entrepreneurs et des fois, on peut recevoir par email des demandes de consultation.

Donc on a différents canaux qui nous permettent d’avoir des clients qui arrivent. Nous, le taux de conversion c’est, vraiment sur une demande qui est faite. Du coup, on a traqué ce truc-là « pourquoi on ne convertissait pas ». Et en fait, on voyait, on regardait les raisons principales et on mettait des leviers en face.

Naier : Tu peux nous donner une ou deux raisons, peut-être ?

Idir : Les raisons qui ressortaient… en fait, on pouvait avoir une raison qui était l’offre. On ne l’avait pas parce que c’était sur une ville ou sur une typologie de machines qu’on n’avait pas encore. C’était des fois le prix sur certaines typologies de machines.

C’étaient les modalités de paiement. Parce qu’à l’époque on ne faisait que du paiement comptant. Et on avait de grosses structures qui avaient une très bonne santé financière qui ne payaient qu’à 30 jours.

Dès fois la raison était simple. C’est juste une consultation pour répondre à un appel d’offres. Et il n’y avait pas de réel besoin tout de suite. Donc c’est normal de ne pas convertir. Dès fois, c’était l’unique souci parce que le fonctionnement de la plateforme à l’époque, il était beaucoup plus lourd qu’aujourd’hui. Et du coup, on mettait les leviers petit à petit typiquement.

Quand c’était un des problèmes de dispo, on allait voir les typologies de machines qui étaient plus demandées. On avait des problèmes de dispo. Et on allait prioriser l’acquisition de partenaires sur ces verticales-là. On le voit, on a de plus en plus de demandes sur les nacelles ciseaux en Île-de-France. Donc on va chercher des partenaires qui font ça.

Ce qui fait que cet élément, on l’améliore petit à petit, et du coup, le taux de conversion. Sur le paiement, à un moment donné, on a mis du paiement à 30 jours, fin de mois, en processant pour minimiser le risque. Ça nous a permis aussi d’améliorer ce taux de conversion. On a beaucoup amélioré l’UX en itérant dessus, donc voilà.

Aujourd’hui, on atteint un niveau de 30 %. Et, pareil, on a beaucoup travaillé sur la rétention par la suite. Donc, à un moment on se dit : OK ! On a un beau taux de conversion. Par contre on est vraiment sur des clients qui ont des chantiers tout le temps, qui ont des besoins très récurrents.

Aujourd’hui, on a un bon niveau de récurrence. Mais on pourrait faire beaucoup mieux, compte tenu du potentiel du portefeuille client. Du coup, on a fait le même travail très scientifique qui était de prendre tous nos clients, les appeler un par un. Et de savoir ceux qui ne sont jamais revenus, pourquoi ils ne sont jamais revenus.

Et là, c’est assez facile, c’est très data driven pour le coup. On voit qu’on a des clients qui ne sont pas revenus parce que c’était un besoin ponctuel. Donc le digital atteint aussi des gens qui ont un besoin hyper exceptionnel. Du coup, c’est normal qu’ils ne soient pas revenus.

Par contre, on avait des clients qui n’ont juste pas pensé à nous. Ils nous ont découverts dans l’urgence, leurs partenaires habituels n’avaient pas de dispo. Ils ont cherché sur internet, ils nous ont trouvés et après ils ont repris leurs habitudes.

On avait aussi des gens qui ne sont pas revenus par rapport à l’image qu’ils avaient de Tracktor. Parce qu’en fait ils avaient un besoin sur, je ne sais pas moi, une nacelle. Et donc du coup ils nous ont trouvé. Ils nous imaginaient comme un petit loueur avec un parc très restreint, qui n’avait que ce type de produits.

Et le jour où ils avaient besoin d’un chariot télescopique, ils ont préféré consulter des plus gros loueurs pour s’assurer la dispo. Ils n’avaient aucune idée de la largeur du parc qu’on avait. Alors qu’aujourd’hui, on a 20 000 machines, ce qui est quasiment un des principaux parcs français.

On a la gamme la plus large du marché. C’est-à-dire qu’on propose tout type de matériels, avec ou sans chauffeurs, du petit comme du très gros matériel très rare à trouver sur le marché. Et du coup, il y avait ces problématiques d’image.

Il y avait aussi des sujets de clients qui n’étaient pas revenus. Nos prix n’étaient pas forcément adaptés à la réalité du marché sur certaines niches. Alors qu’entre temps en fait, on s’est ajusté. Du coup, pareil, on a mis des leviers en place pour qu’on soit plus présent dans leur esprit.

Pour qu’ils reviennent régulièrement, on a mis en place toute une expérience client pour marquer les esprits. À la fin de la location, on reçoit une carte postale pour les remercier, etc. Il y a un call sur la première expérience pour remonter. Est-ce qu’il y a eu des points de friction ou pas ? Il y a des séquences de mails qui partent aussi pour favoriser sur les « surveys ». Sur des clients très récurrents qui ont des besoins spécifiques, ils ont des Account Manager.

Et aujourd’hui, le résultat c’est que tous les mois, 60 à 70 % de l’activité est générée par ces clients récurrents, qui a un signal très positif que ce soit d’un point de vue économique — parce qu’en fait un client récurrent te coûte beaucoup moins cher qu’un nouveau client ; et du coup, ça renforce l’équation économique et le modèle — mais aussi d’un point de vue service que tu es en train de créer.

Ça veut dire que si tes clients reviennent, c’est qu’ils sont satisfaits, ils sont contents du service. Et ça, c’est clé pour nous pour nous développer.

Naier : J’adore cette approche analytique.

Idir : Merci !

Naier : Idir, où est-ce que vous en êtes aujourd’hui ? Est-ce que tu peux nous donner quelques chiffres ? Tu nous as donné déjà quelques-uns, mais…

Idir : On aime bien les chiffres chez Tracktor. Aujourd’hui, on est dans une phase de croissance donc on accélère très vite. On est présent en Île-de-France et dans les principales villes de France donc type Lyon, Bordeaux, Lille et Nantes. Nous avons une gamme de matériels très large donc avec 20 000 machines. On a un super timing en plus sur le marché avec le Grand Paris, les JO, etc. Donc c’est top.

On a à peu près 20 à 30 % de croissance tous les mois. Donc on essaye de tenir cette croissance qui résulte du modèle économique. Avec le repeat, en fait, on a un cumul de portefeuilles clients et des clients qui reviennent, etc. Donc ça nous crée naturellement une première croissance plus l’équipe qui se renforce, les budgets market qui croient… ça nous crée naturellement cette belle croissance.

Et l’objectif c’est d’être nationale d’ici la fin de l’année. Et attaquer un pays européen d’ici l’année prochaine, je pense, plus vers la fin de l’année, commencer à regarder un peu ce qui se passe sur les autres marchés pour ouvrir un nouveau pays.

Naier : Plutôt européen ?

Idir : Je pense que ça sera européen, on prendra un marché avec une taille significative. Européen parce qu’on a un Go To Market plus simple. Aujourd’hui, on travaille avec des partenaires qui peuvent être sur plusieurs pays européens.

Du coup, on peut exécuter plus vite. Puisqu’on arrive avec un réseau de partenaires qu’on connaît déjà, qui connaissent notre fonctionnement. On connaît leur fonctionnement et on peut exécuter plus vite.

Naier : D’accord ! Idir à un certain moment, tu parlais des services que vous offrez et notamment le transport. Je crois que vous aidez à transporter le matériel et puis vous gérez aussi le fait d’avoir un chauffeur ou pas. Là, on n’est plus du tout dans le digital, comment on gère ce type de service ?

Idir : Non en fait, si on est toujours dans le digital. D’un point de vue parcours client pur, ce qui se passe, c’est que le client vient sur le site. Il fait une recherche sur la machine dont il a besoin. Donc il va taper mini pelle par exemple, on a différents modèles. Il va sélectionner le modèle le plus adapté à son besoin. Et derrière il va faire une demande de résa. Dans le formulaire de résa, il va mettre ses dates, le lieu du chantier, etc.

Mais il va aussi spécifier ses besoins. Est-ce qu’il a besoin d’être livré sur chantier ? C’est à peu près 90 % des cas parce qu’on est sur du gros matériels, donc ils ne sont pas forcément structurés pour aller le récupérer. Ensuite, ils peuvent aussi indiquer : est-ce — qu’ils veulent louer avec ou sans chauffeur ? Sur certaines typologies de machine, par exemple, on conseille vivement nos clients de louer avec chauffeur. Parce qu’en termes de rendement, ils y gagnent.

Un partenaire qui loue une machine avec un chauffeur qui travaille dessus de toute l’année. Il va être beaucoup plus efficace qu’un collaborateur dans une entreprise qui a les CACES. Donc l’équivalent d’un permis pour piloter une machine. Mais qui ne le fait que de manière ponctuelle.

Franchement, les différences de rendement sont incroyables. Du coup, on le recommande de le faire avec chauffeur. Donc en fait, c’est dans le funnel.

Comment Tracktor gère « intelligemment » la problématique de la mise à jour des données et en l’occurrence la disponibilité du matériel

Naier : Et après c’est le loueur qui prend en charge le transport et de chauffeur ?

Idir : Voilà ! En fait, le client fait ça. Et ensuite nous, en base de données, on a un peu cartographié de tous les loueurs de la place : qui fait quoi ? Comment ? Etc. Donc on sait qui sont les loueurs qui ont des chauffeurs, des opérateurs.

Sur certaines typologies de machines, on sait ceux qui font le transport en interne, ceux qui l’externalisent. On a vraiment tous les éléments entre les mains. On a même des spécificités sur certaines machines ou certains accessoires.

Du coup, en fonction de la demande du client, on va identifier les plus pertinents. Et on va les solliciter dans un certain nombre en fonction de la proximité aux chantiers, de la qualité, etc. Donc c’est comme ça qu’on gère ces aspects-là.

Naier : D’accord ! Donc ça reste du digital ?

Idir : Ça reste du digital, tout à fait. On n’est pas encore des logisticiens pour le coup, ouais !

Naier : Et comment on gère la disponibilité du matériel chez les loueurs ? Est-ce qu’ils se connectent eux-mêmes sur la plateforme ? Ils disent quel est le matériel disponible ou… ?

Idir : Non, c’est assez marrant. Il y a beaucoup de Marketplace qui se lancent avec cette approche-là, en disant que les partenaires vont venir saisir les dispos. Sauf qu’en réalité, je ne pense pas que ça soit une bonne approche. Parce que c’est compliqué de contraindre un partenaire à venir saisir ses dispos tous les jours.

Déjà, c’est un effort, c’est du temps passé. Si tu n’es pas en capacité, à la limite, le jour où tu en capacité de lui délivrer du chiffre d’affaires de manière très quotidienne et tu peux staffer une personne dédiée à ça, why not ? Mais je trouve que c’est très contraignant. D’ailleurs, il n’y a personne qui sait le faire aujourd’hui.

Naier : D’accord du coup comment vous gérez ça ?

Idir : Les seuls Marketplace qui essayent de maîtriser la dispo en temps réel, ce n’est pas de la saisie. C’est plutôt de l’API où je fournis un Saas. Je prends l’exemple de La Fourchette. C’est : je fournis un Saas à mon restaurateur qui lui permet de gérer un certain nombre de choses du quotidien et créer de la valeur.

Et via ce type de gestion, j’ai une vue des dispos que je peux proposer en temps réel. Je prends un autre exemple. Ce sont des exemples de nos investisseurs en plus. Parce qu’on acquiert à la venture au capital, qu’on connaît très bien ce sujet-là.

Doctolib c’est un logiciel pour les médecins qui leur permet de gérer leur quotidien et de récupérer l’agenda en temps réel et proposer la dispo. Donc, en fait, quasiment c’est le seul moyen de gérer la dispo en temps réel. Soit on un outil de gestion que le partenaire utilise au quotidien et dans ce cas-là, soit c’est la plateforme qui l’a fait donc elle a accès à cette dispo. Soit c’est un acteur externe qui le fait et du coup on va faire une API pour communiquer.

Chez Tracktor, on est un peu dans cet ADN. C’est-à-dire que l’idée ce n’est pas leur mettre une console où ils viennent saisir leur dispo d’une manière quotidienne. C’est trop de travail pour eux. Mais c’est plutôt de voir comment on peut les outiller avec des outils qui leur permettent de gagner du temps sur leur quotidien.

Et nous, de récupérer les dispos en temps réel, et ceux qui ont déjà des heures peuvent explorer les systèmes d’API. Maintenant en termes de Tech, on développe énormément de choses. Donc ce n’est pas forcément notre priorité aujourd’hui. Par contre, on arrive à bien la gérer.

Donc là, on a beaucoup de chance nous dans notre modèle. C’est que la dispo, on la gère bien parce que la machine c’est une commodité. C’est-à-dire qu’un client qui vient louer une grue-araignée, le critère tel ou tel partenaire n’est pas forcément important.

La machine, qu’elle soit verte ou jaune, qu’elle soit de 2013 ou 2014, ce n’est pas forcément des critères importants en termes de décisions. Ce qui va l’intéresser c’est d’avoir une machine qui répond à son besoin technique et qui fonctionne correctement.

Du coup, en fait, on a une marketplace qui fonctionne un peu comme Uber. C’est-à-dire qu’on a une seule annonce par typologie de machines que le client réserve. Donc, il ne choisit pas forcément le partenaire A ou B ou C. Par contre, derrière, on sait qu’on a plusieurs partenaires et qu’on aura forcément la dispo.

C’est juste qu’on va les solliciter dans un certain ordre suivant nos critères de sélection, un peu comme Uber ferait avec ses chauffeurs. C’est-à-dire que lorsqu’on va chez Uber, on ne va pas sélectionner le chauffeur qui nous intéresse le plus. On veut juste réserver un véhicule et on sait qu’on aura une qualité de service relativement homogène.

Ensuite, c’est Uber qui va solliciter les chauffeurs qui sont à proximité pour voir qui est intéressé par la course. On a à peu près le même schéma.

Naier : OK, excellent ! Tu es arrivé à mettre au digital les gens qui ne sont jamais arrivés à s’y mettre tout seul.

Idir : Oui, clairement ! Je pense qu’on est sur l’une des industries les moins digitalisées pour le coup. D’ailleurs, c’est assez marrant parce qu’on a plein de petites anecdotes par rapport à ça. Moi, mes premiers clients, par exemple, c’était des clients qui venaient de mon réseau. Des entreprises avec qui j’ai travaillé par le passé.

Il y a souvent des gens qui sont très peu digitalisés pour le coup. Je me rappelle : j’ai un client en particulier qui a loué chez nous la première fois. On lui a expliqué process. Nous lui avons dit : il fallait faire une ouverture de compte en ligne, suivre le funnel, réserver, etc. Et puis payer par carte bleue.

Il nous disait : « le truc est super compliqué. Moi je préfère passer en agence physique, signer un bon de commande, remettre un chèque de caution… » Or ça prend une demi-journée parce que tout ça, c’était nouveau pour lui. Il n’avait pas l’habitude.

On a fait 1 – 2 – 3 – 4 – 5 locations. Et à un moment donné, il avait un besoin très spécifique. Donc une carotteuse, un produit qu’on propose — pas parce que c’est du petit matériel — là on lui explique qu’on ne fait pas ce genre de matériel.

Et il nous dit : « les gars, vous vous démerdez parce que je ne me vois plus louer comme avant », c’est-à-dire passer en agence et y perdre une demi-journée. C’est une population qui est très peu digitalisée. Donc on a voulu faire changer ces habitudes.

Par contre, elle adopte très vite le service. Et elle se rend compte que c’est tellement plus facile. Les clients ont un seul interlocuteur quel que soit le besoin. Ils peuvent booker leurs machines en 2 min chrono, ils ont tout le temps de la dispo.

Les clients sont sécurisés parce qu’ils ont accès à des meilleurs tarifs, un peu comme une centrale d’achat. Ils ont un vrai contrat d’assurance qui les couvre en cas de sinistre. On leur offre des contrats juridiques pour faire plus juste entre le loueur et eux…

Du coup, derrière, ils se rendent compte que le schéma traditionnel était beaucoup plus complexe. Et là, on se dit : « on a vraiment créé la valeur pour nos clients ».

Les ingrédients clés, selon Idir, pour réussir à créer un service ou un produit dans le digital

Naier : Excellent ! Idir avec tout ça, quels sont, selon toi, les ingrédients clés qui font qu’on réussisse, qui font qu’on arrive à proposer un service ou un outil qui marche dans le digital ?

Idir : Je pense que ce qui est important c’est déjà de résoudre un problème, mais un vrai problème. Aujourd’hui, Tracktor loue des engins de chantier. Les engins, c’est un vrai besoin. C’est-à-dire qu’une entreprise n’a pas des engins de chantier. Elle ne fait pas ses travaux.

Donc on n’apporte pas du confort. Mais on répond à une vraie problématique métier. Et je pense que c’est important qu’un entrepreneur réponde à un vrai besoin. Et ne soit pas juste de son côté à fantasmer sur une idée ou un truc qui lui plaît mais qui ne me plaît pas forcément à plus de gens ; ou qui plaît à deux — trois structures. Mais pas forcément la problématique générale.

Je pense que ça, c’est clé. C’est vraiment de répondre à un vrai besoin. Ensuite, le business model. En fait, malheureusement, il y a des super services et des supers produits qui répondent à des vrais besoins. Mais le client n’est pas prêt à payer pour. Il n’y a pas de modèle économique.

Donc il faut s’assurer qu’il y ait un vrai modèle économique derrière puisqu’une structure se développe. Elle peut se rémunérer… enfin, un business model. Après c’est clairement l’équipe. On peut avoir une mauvaise idée avec une équipe d’Avengers et on en fait quelque chose.

Et inversement : une excellente idée, si l’équipe n’est pas au top, ben ça ne le fera pas. On dit toujours que pour réussir une boîte il faut une bonne idée, une excellente équipe et une excellente exécution. En fait, avant même une bonne exécution, il faut une exécution tout court. Donc, il faut une équipe qui bosse bien, qui bosse beaucoup, qui est complémentaire. Donc vraiment c’est clé ouais.

La levée de fond de Tracktor

Naier : D’accord ! Idir, tu as parlé des investisseurs. Vous avez fait une levée de fonds.

Idir : Ouais, tout à fait !

Naier : Est-ce que tu peux nous en dire plus. Comment ça s’est passé et puis pourquoi avoir choisi cette voie ?

Idir : Je vais commencer sur le pourquoi. On a décidé de lever pour une simple raison. C’est que : un, on a eu besoin d’accélérer parce qu’on est sur un marché qui est vierge. Mais qui est important sur lesquels je pense qu’il y a d’autres acteurs qui vont arriver. On avait besoin d’accélérer sur ce sujet-là.

On a le modèle aussi qui fait que l’on a besoin de lever. C’est-à-dire qu’on est sur le marketplace. Et les premières années, on est là pour construire un actif. On a différents actifs chez Tracktor. Le premier actif c’est la techno qu’on construit.

Le deuxième c’est le réseau partenaire sur lequel on peut capitaliser par la suite. Et le troisième, c’est le réseau de clients. Parce qu’en fait, comme on est sur un portefeuille client avec des besoins récurrents, une fois qu’on a ce portefeuille client, on capitalise dessus sur les années à venir.

Qui dit construire un actif, dit besoins de financement. Et c’est pour ça qu’on l’a fait. Ensuite comment ça s’est passé ? C’est qu’en fait, on avait commencé à faire nos premières locs en octobre 2016. Et on a été assez rapidement contacté par des fonds dès janvier-février 2017, dont Kerala Ventures.

Naier : D’accord ! Ils vous ont repéré, ce n’est pas toi qui es partie les chercher ?

Idir : Non, ils nous ont repérés. D’ailleurs, la petite anecdote, c’est qu’en fait, ils ont leur réunion hebdomadaire où ils discutaient un peu des différentes idées reçues, etc. Et un des partenaires avait dit : « tiens, j’aimerais bien faire un deal dans le BTP ».

Du coup, ils avaient un analyste qui était stagiaire, Jean. Il s’est dit : « je vais regarder : il a quoi comme startup dans l’industrie ? » Il nous avait identifiés, il nous a rencontrés. D’ailleurs, je le dédicace parce qu’il a fait le job de A à Z. C’est-à-dire qu’il nous avait sourcé, il nous avait contactés, il nous avait présentés Kerala. Et il était là jusqu’au deal final. Donc voilà, ça s’est fait comme ça.

Nous, on planifiait de lever. On pensait démarrer notre process mars-avril. Il était venu un peu en amont. Donc, on s’est dit : « c’est super ». On a vite accroché avec eux : Antoine, Marc-Laurent, Olivier. Ce sont de vrais entrepreneurs. Ils sont très opérationnels, ils aident beaucoup les boîtes dans lesquelles ils investissent.

Ces entrepreneurs-là ont une excellente réputation dans l’écosystème parce qu’ils ont de belles références. Ils aident vraiment leur startup au quotidien. Et en plus, ils apportent une vraie expertise sur le modèle marketplace. Ils avaient fait La Fourchette Doctolib, Malt, Evaneos, etc.

Donc ils connaissaient très bien ce modèle-là. On se disait que c’était intéressant pour nous. Et le deuxième fonds qui est rentré dans le capital en juin 2017 c’est BTP Capital Investissement. C’est un fonds de cap dev pour le coup qui n’investissait pas forcément dans les startups. On est la première startup dans laquelle ils investissent.

Et là, c’est beaucoup d’humains. C’est juste qu’on avait rencontré leur DG Stéphane Currenti au salon des travaux publics via Essama BTP. Le contact est bien passé, il a montré un intérêt. Et lorsqu’on a eu une proposition de Kerala, on les a appelés pour leur dire que ça va être un peu juste en termes de timing.

Ils ont dit : « écoutez, on aime beaucoup ce que vous faites. On pense que vous créez vraiment de la valeur pour le secteur et on veut être dans le tour ». Donc, ils nous ont rejoints. Il faut savoir que les BTP Capital Investissement c’est à un fonds qui est détenu à la fois par Essama BTP, l’assureur numéro un du secteur, BTP Banque, Pro BTP et les fédérations.

Donc ça nous apporte une vraie légitimité dans ce secteur, un label assez fort et du networking. On avait à la fois des experts du digital, du web et de la marketplace qui sont très actifs au quotidien avec nous. Et derrière, on a un super réseau du BTP qui nous apporte une légitimité. Donc c’était assez complémentaire.

Et sur le deuxième tour de financement qu’on a fait ce janvier 2019, on a gardé un peu ce même ADN. C’est-à-dire qu’on a nos investisseurs historiques qui ont réinvesti. Du coup, derrière, on a eu à la fois des BA viennent du digital et qui ont fait la marketplace. Donc Pierre Krings, Pierre Kosciusko-Morizet et Xavier Niel via le fonds Kima Ventures.

Et à la fois des gens qui viennent aussi de l’industrie du BTP. Donc on a un ex-dirigeant d’un gros leader mondial de distribution de matériaux qui nous a rejoints dans le capital aussi. On garde ce double ADN à la fois digital et BTP qui est très complémentaire au sein du capital de Tracktor.

Les moment des temps forts

Naier : Excellent ! Idir, c’est le moment des temps forts.

Idir : Ouais !

Naier : Quel a été le pire moment de ton parcours d’entrepreneur et comment tu as fait pour rebondir ?

Idir : Alors c’est compliqué parce que je n’ai pas forcément de pire moment en particulier ou de beau moment en particulier. Je pense que lorsqu’on est entrepreneur, c’est un peu les montagnes russes. C’est-à-dire qu’on se prend des claques, on se prend des gifles, on enchaîne aussi les bonnes nouvelles et les victoires. Du coup, c’est vraiment ce quotidien-là.

Nous, on était armé dès le départ à se prendre des claques. Et on était prêt psychologiquement à se prendre des claques. Parce qu’on allait dans une industrie qui est très complexe dans son fonctionnement, un métier qui n’est pas très facile.

Et ça qui est aussi excitant, c’est de se dire : enfin quelque chose qui est difficile à exécuter. Du coup, ça, on arrive à bien le faire, ça crée une vraie barrière à l’entrée. On s’est mangé pas mal de claques qui font partie de l’apprentissage.

Le premier litige parce que dès qu’on commence à faire de plus en plus de volumes, forcément, on peut avoir des litiges. On apprend un peu à les gérer, on ne sait pas trop les gérer au début et on apprend petit à petit. Idem sur les impayés qu’on pouvait avoir.

Dès qu’on avait mis du paiement de 30 à 40 jours, il fallait le processer et le sécuriser. Du coup, au début il y a des loupés, on apprend à les ajuster. On a aussi fait pas mal de pivots sur le modèle qui ont été très structurants. Mais il n’y a pas de pire moment en particulier.

Naier : D’accord ! Et est-ce qu’il y a eu un bon moment ?

Idir : Pareil, le plus beau… en fait, on a une tradition chez Tracktor. C’est qu’on fait un peu tout. Dès qu’il y a une bonne nouvelle, qu’elle soit significative ou pas on la fête. Du coup, on ne garde pas forcément un moment particulier typiquement en termes de business.

On garde un très bon souvenir de la toute première location. C’est là qu’on constate du chiffre d’affaires en se disant : « on fait quelque chose d’utile et sur lequel on peut se rémunérer ». On a fêté la toute première location 100 % automatisée de bout en bout.

C’est-à-dire que le client a commandé tout seul, le sourcing s’est fait automatiser, la réponse du louer à la mise en relation, etc. En fait tout le temps des records. La plus grosse location, la plus grosse journée en termes de business, la plus grosse semaine, le plus gros mois, dès qu’on signe un nouveau partenaire… Il y a énormément de choses qu’on fête au quotidien. Là, on a Kevin qui nous a rejoints cette semaine, on a fêté ça hier.

L’interview top 5

Naier : Excellent ! Idir, c’est le moment de l’interview top 5 : le livre que tu recommandes ?

Idir : Je ne lis pas beaucoup pour le coup. Il y a un livre que j’ai lu récemment qui n’est pas mal. C’est : « L’entreprise du bonheur » parce que je trouve que ce qui fait la réussite d’une boîte c’est son capital humain. Et c’est un livre qui explore un peu tous ces aspects-là. Je le conseille à tous les entrepreneurs.

Naier : L’entrepreneur que tu suis ou dont tu es fan ?

Idir : En particulier, je ne sais pas. En fait, j’en ai quelques-uns pour différentes raisons. J’aime bien Jack Ma d’Ali Baba parce qu’il est parti de rien. Il s’est construit avec ses associés. Et il montre aussi la puissance d’une marketplace sur du B2B avec des paniers moyens élevés et des besoins récurrents.

Ce qu’on est en train d’essayer de reproduire sur le secteur du BTP. C’est vrai que le marketplace est assez connu dans l’univers du B2C, mais très peu B2B. Et c’est l’un des premiers exemples significatifs. Après, il y a aussi un entrepreneur que j’aime bien, qui n’est pas forcément connu de l’écosystème startup, c’est Issad Rebrab. C’est un chef d’entreprise algérien. Il a créé le groupe Cevital, qui était de formation chef-comptable.

Il s’est construit en partant de rien et a fait passer l’Algérie de pays importateur — exportateur sur énormément de verticales et qui a bâti un groupe de plusieurs milliards aujourd’hui. Je l’aime beaucoup parce que je pense que l’Afrique a besoin de ce type de chef d’entreprise leader et visionnaire pour porter le continent.

Donc, du coup, je le suis aussi. Sinon rien d’original : Elon Musk parce qu’on a l’impression qu’il n’a pas de limites quoi. Il se donne un objectif, il y va et il ne se donne aucune limite.

Naier : D’accord, Excellent ! Ton outil en ligne préféré ?

Idir : On n’est pas trop outils, on utilise très peu d’outils au final, je pense. Il y a un outil qu’on utilise pour le SEO que j’aime beaucoup, c’est SmartKeyword. C’est un outil qui de gérer son SEO avec une approche très « je priorise ». En fait, on identifie les mots clés les plus pertinents.

Il est capable de prioriser suivant les opportunités parce qu’on est capable de ranker très vite dessus ou pas. Et il te donne un to do sur les actions à réaliser pour améliorer sa visibilité, donc on l’utilise pas mal. Après, on utilise en interne Motion pour tout ce qui va être partage du savoir-faire, des scripts commerciaux, les objections aux typex, nos process internes, remonter des feedbacks sur la plateforme et aussi dans le gestionnaire des tâches.

Et puis Slack pour communiquer entre nous.

Naier : D’accord ! Ton premier conseil pour quelqu’un qui aimerait se lancer aujourd’hui ?

Idir : Le premier conseil ça serait de bien aller s’imprégner de l’industrie des acteurs. En allant échanger avec le maximum de personnes, en essayant de vendre dès que possible. En fait, je pense que nous, ça s’est fait un peu en improvisant. Mais on s’en est rendu compte à quel point c’est important.

C’est qu’on a commencé à vendre avant même que la plateforme ne soit mise en ligne. Et en fait, ça nous permet vraiment d’apprendre le métier. Parce que, en amont, on a une vision assez naïve des choses et des choses qu’on n’anticipe pas.

Par exemple, dans la location, on s’est rendu compte que les prix étaient dégressifs. On s’est aussi rendu compte qu’il avait toujours des mouvements entre le booking de départ et le booking final. Puisqu’on avait prolongé ou réduit la location, parce qu’il y avait de la refacturation de gasoil, etc. Et ça, c’étaient des choses que l’on ne maîtrisait pas forcément en amont et qui étaient structurantes.

Donc c’est vraiment d’essayer de faire du business dès que possible. Et ne pas se mettre des barrières en disant : « oui, mais il faut ma plateforme, il me faut mon appli, etc. » Parce qu’en réalité, on peut faire les choses justes avec un email et un téléphone quoi.

Naier : Le meilleur investissement que tu as réalisé pour faire croître ton business. Ça pourrait être un investissement en termes de temps, de moyens humains, de moyens financiers, un produit ou un service ?

Idir : Moi, je pense que c’est l’humain notre meilleur investissement. C’est vraiment l’humain de bout en bout : que ce soit les associés, donc Julien et Laura, l’équipe qu’on a montée. Aujourd’hui, on a une super équipe bien équilibrée où il y a une bonne ambiance avec des gens qui sont compétents qui savent quoi faire. On a aussi beaucoup d’entrepreneurs, des gens qui ont monté des boîtes et qui nous ont rejoints.

Et ça, c’est super. Parce que ce sont des gens qui savent prendre de l’initiative, qui sortent de leurs postes, quelque part, pour vraiment apporter un plus à la boîte. Et on capitalise beaucoup dessus. Sur le choix de nos investisseurs aussi avec des profils très entrepreneurs qui nous apportent un vrai plus au-delà de l’apport financier. Donc je pense que c’est notre meilleur investissement. Le capital humain, c’est notre principal actif aujourd’hui.

Naier : Idir, merci de nous avoir accordé cette interview. Est-ce que tu pourrais dire à nos auditeurs où est-ce qu’ils peuvent te suivre ?

Idir : Merci à toi ! Aujourd’hui, on est présent sur les réseaux sociaux. Donc sur LinkedIn, Facebook, Twitter, Tracktor et non pas comme le logiciel de DJ. Sinon, essentiellement sur LinkedIn pour le coup.

Naier : Excellent ! Merci Idir, à bientôt !

Idir : Merci à toi Naier !

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