De Professeur à Président d’un Groupe du Numérique avec Guy Mamou-Mani d’Open
Guy Mamou-Mani Open

017 : De Professeur à Président d’un Groupe du Numérique avec Guy Mamou-Mani d’Open

  • Naier Saidane  -  11 février 2019


Aujourd’hui je reçois Guy Mamou-Mani, co-président du groupe Open et auteur du livre L’apocalypse numérique n’aura pas lieu.

Dans cet épisode du podcast, Guy partage avec nous son parcours incroyable de professeur de mathématiques dans l’éducation nationale devenu co-président d’un groupe de services dans le numérique.

Guy est originaire de Sarcelles et il en est très fier. Il est humble, engagé et fervent défenseur du rôle positif de la transformation numérique sur la société.

Dans cet épisode du podcast, vous allez découvrir :

  • Comment et Pourquoi Guy a arrêté sa carrière d’enseignant
  • Comment Guy a évolué de Consultant à PDG d’une filiale et Co-Président d’un Groupe
  • La réponse de Guy à l’un de mes auditeurs sur le chômage structurel
  • L’impact de la transformation numérique sur un groupe comme Open

Dans cet épisode vous allez découvrir

  • 2:33 : Son tout premier business
  • 3:50 : Comment et Pourquoi Guy a arrêté sa carrière d’enseignant
  • 6:51 : Comment s’est passé le démarrage d’Open
  • 9:51 : Comment Guy a eu l’idée d’écrire son livre
  • 12:11 : La réponse de Guy à l’un de mes auditeurs sur le chômage structurel
  • 15:24 : L’impact de la transformation numérique sur Open.
  • 23:50 : Comment Guy Préside le groupe Open
  • 28:50 : Le pire moment de son parcours d’entrepreneur et comment il a fait pour rebondir.
  • 29:31 : Le plus beau moment dans son parcours.
  • 31:37 : Les livres qu’il recommande.
  • 33:20 : Les Entrepreneurs qu’il suit.
  • 34:33 : Son outil en ligne préféré.
  • 37:25 : Les routines de Guy.
  • 39:13 : Son 1er conseil pour quelqu’un qui aimerait se lancer aujourd’hui.
  • 42:06 : Le meilleur investissement qu’il a réalisé pour faire croître son business.

Ressources mentionnées

Les Livres qu’il recommande

Les entrepreneurs qu’il suit

  • Steve Jobs
  • Xavier Niel

Son outil en ligne préféré

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Comment et Pourquoi Guy a arrêté sa carrière d’enseignant

Naier : Guy, est-ce que tu es prêt à nous révéler l’entrepreneur qui est en toi ?

Guy : Avec grand plaisir !

Naier : Excellent ! Aujourd’hui, j’accueille Guy Mamou-Mani, Guy est le coprésident du groupe Open, une entreprise de service du numérique de plus de 4000 personnes et qui réalise un chiffre d’affaires de plus de 300 millions d’euros.

Guy est aussi auteur avec « L’apocalypse numérique n’aura pas lieu » aux éditions de L’Observatoire.

Guy, avant de parler de votre livre, j’aimerais qu’on remonte le temps et qu’on s’intéresse un peu à votre parcours personnel : est-ce que vous vous rappelez du tout premier projet ou business que vous avez fait ?

Guy : Il faut rappeler que j’ai commencé ma carrière comme professeur de mathématiques.

C’est un métier que j’ai toujours adoré, que je continue à aimer hein ! Quand j’ai l’occasion d’enseigner quelque chose, je le fais toujours avec plaisir.

Quand j’interviens dans des écoles de commerces ou des écoles d’ingénieurs, c’est toujours avec plaisir, mais je ne me voyais pas faire ce métier toute ma vie, bien que mon épouse soit dans l’enseignement, mes parents l’étaient aussi hein.

Et puis, un jour, avec des amis, on a créé, je ne sais même pas si ça existe encore, ce qu’on appelle un club d’investissement.

Et pourquoi je te donne cet exemple de projet qui a marqué ma vie ? C’est que c’est au travers de ce club d’investissement, c’est-à-dire, une dizaine d’amis qui mettaient 150 francs par mois pour investir en bourse, que j’ai découvert le monde de l’entreprise.

Ça a été un véritable déclic.

Je me suis passionné pour l’économie, pour la bourse, pour les investissements…

Je me suis ouvert à l’entreprise et c’est de là que j’ai changé le cours de ma carrière et de ma vie et que je suis rentré pour la première fois dans les entreprises.

Comment Guy a évolué de Consultant à PDG d’une filiale et Co-Président d’un Groupe

Naier : D’accord ! Vous avez cité ça, vous êtes parti de professeur de mathématiques, vous êtes entré dans une entreprise.

Et là, vous n’avez pas forcément le parcours d’une personne qui a eu une école de commerce ou une école d’ingénieur pour rentrer.

Je crois que vous avez commencé par consultant d’ailleurs ?

Guy : Exactement !

Naier : Et comment s’est passé le démarrage ?

Guy : Franchement, je trouve que ça illustre bien qu’il ne faut pas se fermer des portes.

Bon, d’abord en tant que professeur titulaire, j’ai eu la chance de pouvoir prendre une disponibilité.

Donc, je me disais :  » si ça ne marche pas, je pourrais toujours revenir ».

Et finalement, comme j’ai commencé comme consultant, j’étais dans une société de qui s’appelait GO INTERNATIONAL, qui éditait un progiciel pour le monde de la mode – les clients étaient donc des industriels de la mode – et, à l’époque – c’était quand même les années 85, c’était les premières bribes de la révolution informatique ; il était nécessaire d’avoir beaucoup de pédagogie pour enseigner à nos clients l’utilisation du logiciel.

Mais, enfin, ça reste toujours vrai hein ! Je crois qu’on a vraiment besoin d’avoir des consultants pédagogues qui comprennent les enjeux de leurs clients et qui sont en mesure de leur enseigner comment utiliser ces outils.

Et finalement, j’ai retrouvé un peu la même démarche que celle que j’avais en tant qu’enseignant, mais, là, auprès de clients que je considérais avec le même respect et la même envie de transmettre.

Et ça a permis, au bout de quelques mois, de quelques années, de déclencher chez moi de l’ambition d’évolution ; et j’ai fini PDG de cette société 4 ou 5 ans plus tard, voilà.

Naier : Alors, moi je trouve ça impressionnant ! C’est-à-dire que vous avez vraiment commencé en bas de l’échelle de cette entreprise-là…

Guy : Absolument !

Naier :…et vous êtes arrivés à jusqu’à présider la société.

Est-ce que c’est parce que c’est une culture anglo-saxonne de l’entreprise ou est-ce que ça peut se passer n’importe où finalement ?

Guy : Ça peut se passer n’importe où.

Franchement, comme j’avais une culture d’enseignant, je n’étais pas du tout dans un combat pour progresser.

Tout ça s’est passé naturellement : la société a été rachetée par un groupe américain, j’étais capable de faire des reportings…

Beaucoup de gens de très haute qualité qui étaient au-dessus de moi ne restaient pas dans l’entreprise parce qu’ils n’avaient pas les mêmes compétences ; et puis, très naturellement, on m’a proposé le poste de PDG de cette filiale.

Après, ça a continué, j’ai évolué au sein de ce groupe, je suis devenu Directeur Général du groupe en France, qui est un groupe très connu, qui s’appelle CSC.

Et puis, bon, j’ai un peu fait le tour de la question.

Je me suis fait chasser, en fait, c’est difficile à raconter parce que c’est presque naturel, tout s’est passé très naturellement et je n’ai pas eu à construire une carrière ou à intriguer pour évoluer.

Pas du tout, ça se faisait tout à fait naturellement parce que j’étais très engagé.

J’ai toujours été très fidèle aux entreprises dans lesquelles j’étais.

J’ai toujours cru et bah, je faisais de mon mieux et c’était reconnu.

Il faut quand même le dire hein ! Souvent, ce n’est pas souligné, mais on reconnaît les compétences et le travail dans les entreprises.

Quelqu’un qui fait un bon job, qui est fidèle, qui a une fierté d’appartenance, qui s’engage, eh bien, nous, en tant que manager, on sait le découvrir et on sait le faire évoluer.

Le Groupe Open

Naier : Excellent ! Et ensuite, il y a le groupe Open qui est arrivé, comment s’est passé le démarrage et comment est arrivé l’idée du groupe Open ?

Guy : Alors, bon, c’est très intéressant hein ! Pas à titre personnel, mais je pense qu’on peut en sortir quand même des expériences pour tout le monde hein.

J’avais quitté le CSC, j’avais été chassé par le groupe qui s’appelait Manugistics qui est un éditeur dans le monde du supply chain management, qui était un des leaders mondiaux, qui a été racheté depuis.

J’y ai passé 4 ans absolument formidables.

Encore une fois, vous voyez, à chaque fois, je suis toujours passionné par ce que je fais et j’ai toujours appris.

Au bout de 4 ans, Manugistics bougeait, je ne voyais plus tellement d’opportunités pour moi et j’avais décidé de partir.

J’étais à nouveau chassé par des grands groupes, pour ne pas les citer, à l’époque, c’était SAP, c’étaient des groupes de services mondiaux qui me proposaient des ponts en or…

Et puis, j’avais un ami qui est Frédéric Sebag et qui avait créé une société formidable qui s’appelait Open, qui venait de se coter en bourse, mais qui était strictement quasi uniquement dans le monde de la distribution.

Il avait fait ça avec un autre associé : Laurent Sadoun ; ça marchait très bien, mais il avait toujours eu en tête qu’il fallait développer une activité de service à côté de l’activité de distribution.

Et donc, il m’a proposé de le rejoindre.

Bon, pour l’anecdote : alors que j’avais signé un contrat de recrutement avec un grand groupe anglais qui s’appelait Admiral à l’époque, qui a été racheté à plusieurs reprises depuis, j’étais en vacances, j’avais pris 15 jours de vacances pour bien réfléchir ; et j’étais en train de rouler sur une route de l’Île Maurice avec ma famille et je ne sais pas ce qui m’a pris, j’ai eu comme une illumination, je me tourne vers ma femme et lui dis :  » je ne peux pas faire ça.

Je ne peux pas encore une fois continuer à rentrer dans un groupe avec ce que ça représente ».

Bah, je suis rentré de vacances, j’ai appelé Frédéric et je lui ai dit : « Ok, on commence ».

Alors, ni contrat de travail, ni projet quelconque, j’allais dire personnel, tout ça s’est passé en confiance.

Et on a créé l’activité service d’Open, c’était en 1999.

Ça n’a pas toujours été facile.

Et puis, nous avons vendu l’activité de distribution et on a développé l’activité d’Open ; je suis parti de quasiment zéro, et maintenant, comme tu l’as dit, nous sommes près de 4000.

Naier : Du coup, quand on démarre de zéro, comment on décroche ses 3 premiers clients ?

Guy : Bon, alors je veux être tout à fait transparent.

J’avais quand même le support de la structure Open existante, même si je ne suis pas vraiment partie de rien, bon, déjà.

Deuxièmement, on a commencé en rachetant une petite structure qui nous a donné nos premiers clients, c’était 30 ou 40 personnes.

Ensuite, j’avais quand même déjà derrière moi une vingtaine d’années d’expérience, beaucoup de gens m’ont rejoint de mes entreprises précédentes, des clients que j’avais déjà, à qui j’ai proposé de nouvelles offres, qui était celle d’Open.

À l’époque, on bricolait un petit peu quand même hein ! Ce n’était pas évidemment l’industrialisation que nous connaissons hein ! Et voilà, ça s’est déclenché petit à petit comme ça et avec beaucoup de croissance externe aussi qui a été une des grosses opérations pour Open.

L’apocalypse numérique n’aura pas lieu

Naier : D’accord, ok, très bien ! Guy, je te propose qu’on s’intéresse un peu à ton livre.

Comment tu as eu l’idée d’écrire ce livre ?

Guy : Bon, moi, il faut le souligner, j’ai toujours eu, en plus de mes fonctions d’entreprise, des engagements sociétaux.

J’étais par exemple Président de Middlenext qui était et qui est toujours, d’ailleurs, l’association qui regroupe les valeurs moyennes cotées.

Ensuite j’ai été président du Syntec Numérique pendant 6 ans, vice-président du Conseil National du Numérique.

J’ai créé avec des amis(es) un mouvement qui s’appelle « Jamais sans elle » sur lequel nous prenons l’engagement de ne pas participer à des tables rondes s’il n’y a pas au moins une femme.

Donc, j’ai toujours été engagé dans la diversité ; j’étais dans la French Tech Diversité, j’ai créé Banlieues Numériques…, tout ça pour dire que l’impact sociétal du numérique a toujours été une de mes préoccupations.

Alors, j’ai écrit beaucoup de papier dans des blogs, dans des tribunes ; donc c’était quelque chose qui était en moi, avec une grande expérience que j’avais accumulée.

Et puis, j’ai vu au moins des dizaines de livres sortir avec des prospectivistes, des oiseaux de mauvais augure, qui donnaient une image du numérique absolument désastreuse, et je crois que c’est quelque chose qu’on peut regretter, dans notre pays particulièrement – c’est le cas dans d’autres pays, mais pas partout – eh bien le mot numérique symbolise beaucoup déshumanisation, suppression d’emplois, manque de confidentialité des données…, bref, certaines choses qui ne sont pas fausses, mais qui ne doivent pas cacher l’apport du numérique.

Donc, une fois que j’ai lu tous ces livres, et j’en ai lu, je pense, vraiment quelques dizaines ; je me suis dit : il faut absolument que quelqu’un donne une vision un peu plus positive, sans angélisme d’ailleurs, de cette révolution.

Et je crois qu’en tant que praticien du numérique depuis 30 – 35 ans, j’avais quelque chose à apporter, une petite pièce a amené dans cette discussion qui me paraît aujourd’hui absolument fondamentale.

Ça dépasse la notion de numérique, c’est quasiment la notion du progrès quoi ; c’est à dire : est-ce qu’on veut résister à ce tsunami qui arrive, et donc se faire balayer, ou plutôt se dire que c’est une fantastique opportunité si on surf dessus justement, pour créer un nouveau monde plus humain, plus mixte, qui est plus inclusif, plus humaniste.

Le chômage structurel

Naier : J’aimerais de te lire un email que j’ai reçu de l’un de mes auditeurs et j’aimerais que tu me donnes ton avis là-dessus : « bonjour Naier, j’ai lu un article dans le journal qui parlait du chômage structurel.

Je ne connaissais pas le terme, l’article disait que le chômage structurel devenait un vrai souci pour les pays comme le nôtre ; donc, concrètement un manque de formation.

Je voudrais savoir si vous pouviez me proposer ou me renseigner sur les formations possibles – sûrement dans le numérique – c’est un domaine vaste.

Merci bien ! » Je précise que c’est un auditeur qui a 55 ans.

Guy : Formidable ! D’ailleurs, j’en reçois comme ça au moins 1 ou 2 par semaine.

Exactement la même chose.

Je trouve ça formidable parce que ce sont des gens qui ont compris que l’on ne doit pas se résigner.

Je déteste ce terme de chômage structurel, comme si c’était quelque chose sur lequel on ne pouvait rien faire.

Non mais c’est exactement ça ; en fait, c’est vraiment le message du livre : notre avenir est entre nos mains, je ne veux pas subir, je ne veux pas que nous subissions cette révolution de façon passive en disant :  » eh oui, les robots pourront supprimer des emplois ».

Ouais, d’accord, mais comme par hasard, les pays où il y a le plus de robots ont le moins de chômage.

Ah, c’est quand même un peu étonnant ! Donc, il y a une façon de reprendre notre vie en main et dont le numérique est un magnifique support, une magnifique opportunité pour tout le monde.

Exactement, il n’y a pas de raison à 55 ans de se résigner au chômage, il n’y a aucune raison.

Et je crois que le numérique est là pour offrir de nouvelles opportunités.

En effet, par exemple, je ne connais pas la formation de ton auditeur, mais il pourrait très bien aller chez Simplon pour avoir une formation au coding et il pourrait très bien redémarrer une nouvelle carrière parce qu’on s’en fout complètement que la personne ait 50 – 55 ans voire 60 ans si elle a des compétences de développement.

Donc, je crois que là, nous avons des ouvertures formidables pour notre jeunesse, pour inclure même des décrocheurs dont l’avenir pourrait paraître complètement fermé.

Je cite souvent que j’ai été le parrain d’une promotion de Simplon à Sarcelles, qui ma ville d’origine – j’en suis très fier – et que, à la fin de mon intervention, il y a une jeune fille qui était là et qui à mon avis n’aurait pas eu beaucoup de chance d’être incluse dans cette révolution, qui est venu me voir en me disant :  » ah bon, à la fin de ma formation, je voudrais vous rencontrer parce que je voudrais créer ma boîte ».

Je lui ai dit :  » chapeau », voilà.

Alors, il y a 150 000 décrocheurs en France chaque année, eh bien, si on arrive avec des outils comme La Grande École du Numérique ou d’autres formations à réinclure dans le système grâce au numérique, voilà une magnifique façon de répondre à cette idée de chômage structurel.

Oui, en effet, cette jeune fille, elle aurait été dans le chômage structurel hein, c’était sûr ! Eh bien non, on ne doit pas se résigner et c’est vraiment l’objet de ce livre, ça dépasse le côté technique.

C’est vraiment de dire que grâce au numérique, nous avons une opportunité de réinventer ce monde et dans ce monde-là, il faut qu’il y ait une place pour tout le monde.

La transformation numérique dans l’entreprise

Naier : Excellent, j’avais une autre question, mais elle est partie.

Vous parlez de Simplon, j’ai d’ailleurs reçu Frédéric Bardeau dès le début de ce podcast, que je salue.

Guy, la numérique transforme radicalement nos modes de vie et notre relation au travail.

Aujourd’hui, techniquement, il est devenu possible de travailler de n’importe où et la nouvelle génération adopte de plus en plus ce mode de vie (nomades) : d’un côté les salariés qui demandent de plus en plus le télétravail, de l’autre, le nombre de freelances qui explose.

Mais j’ai l’impression que les grands groupes ont beaucoup de mal à s’y mettre ; plus dans un souci de changement de mentalité, selon moi, que par un souci purement technique.

Comment un groupe comme le vôtre et comment vos clients se préparent et comment ils agissent là-dessus ?

Guy : C’est une excellente question parce que c’est vraiment les fondamentaux-là.

Ce que tu viens de décrire, c’est ça, c’est-à-dire qu’on est dans un nouveau monde, toutes les notions de temps, de distances, de propriétés, d’emplois sont remises en cause.

Et en même temps, et c’est le problème que nous avons, nous vivons avec un cadre juridique, fiscal, social, syndical et je peux tout rajouter, de la révolution industrielle du 19e siècle.

Donc, là, ça se percute en permanence parce que, même si vous voulez, je vais dire au hasard, développer le télétravail, bah, on vous dit : attention, qui va payer l’ordinateur, qui va payer la ligne téléphonique, ou il ne faut pas qu’ils travaillent le dimanche, vous voyez ? Donc, on est toujours confronté à ça.

Sur le télétravail, ça a progressé parce qu’il y a eu des lois qui ont permis d’avancer.

D’ailleurs, chez Open, ça commence à se développer de façon très intéressante, parce que je suis convaincu – et je crois que tu as tu l’as dit dans ta question – franchement à quoi ça sert de fatiguer des collaborateurs à faire une heure de transport aller et une heure de transport retour si c’est pour qu’ils restent dans leurs bureaux et qu’ils vous envoient des mails.

Ils pourraient très bien rester chez eux, et puis ils seraient beaucoup plus efficaces.

Et c’est basé aussi, je crois, sur une façon de responsabiliser, de donner de l’autonomie aux collaborateurs.

Il n’empêche qu’il est très important qu’ils viennent au bureau de temps en temps quand même parce qu’il y a la création de relations sociales.

Mais aujourd’hui, la technologie, en effet, permet d’être présent dans le monde entier.

Il suffit de voir ces réunions que l’on peut organiser par Skype ou autres technologies où l’on se retrouve comme si on était vraiment dans la même salle.

Donc, c’est quand même important de venir parce qu’il faut boire un café ensemble, déjeuner ensemble, se serrer la main, etc.

Mais, en effet, il faut réinventer cela, il faut réinventer le monde du travail, mais il faut absolument que le cadre réglementaire évolue parce que, sinon, ça ne bougera pas.

Or, j’ai regretté que dans les différentes réglementations, lois, ordonnances qui sont passées, ces sujets-là sont encore trop peu intégrés.

Et je crois qu’il est très important d’accélérer là-dessus parce que, sinon, eh bien, on aura toujours un handicap à la transformation.

Alors, déjà qu’il y a un accompagnement du changement à faire – je crois que tu l’as très bien dit aussi : culturel – si, en plus, la réglementation t’empêche de le faire, tu ne vas pas pouvoir avancer.

Donc, il faut traiter tous ces sujets.

La technologie devient quasiment secondaire maintenant.

D’ailleurs, pour la transformation numérique en général, on n’est plus dans un enjeu technologique, on est dans un enjeu humain : éducation, formation accompagnement du changement.

Donc, il faut régler les problèmes légaux, réglementaires, il faut se réinventer.

Et puis, ça c’est plus un grand enjeu : accompagner l’homme et la femme, accompagner l’humain dans cette évolution parce que tout ça n’est pas évident.

Alors, sur les jeunes, je propose de réinventer l’école depuis le début en y intégrant le numérique.

C’est d’ailleurs quasiment mon premier chapitre.

Et pour les moins jeunes : formations massives.

D’ailleurs chez Open, nous avons augmenté nos budgets de formation de 30 % chaque année depuis 2 ans et ça va continuer.

D’abord, des formations, j’allais dire presque technique, parce que c’est important – nous sommes des experts chez Open, donc, il est important de toujours évoluer – mais aussi des formations sur notre raison d’être et nos comportements.

Naier : Excellent ! Guy, la plupart des collaborateurs Open, je suppose, ils sont plutôt chez les clients, en service, etc., où une grande partie ; comment on gère la relation avec ses collaborateurs quand ils sont, comme vous dites :  » on n’a pas de contacts directs, on essaye de créer le contact direct, mais on ne l’a pas totalement ».

Comment on fait sentir à ces gens-là qu’ils font partie intégrante d’Open ou d’un groupe, quels qu’ils soient, de service parce que je trouve que c’est l’un des eux challenges importants des groupes de services – par définition ils apportent du service pour d’autres sociétés – donc comment on fait comprendre à nos collaborateurs qu’ils font partie de notre entreprise ?

Guy : Bon, c’est un enjeu absolument fondamental celui-là, parce que, dans nos sociétés de services, on pourrait craindre, enfin, le risque, c’est qu’à force de travailler chez un client, ben, on s’identifie plus au client qu’à sa société.

En tout cas, il faut déjà dire que chez Open, il y a aujourd’hui, je pense, plus de la moitié de nos collaborateurs qui sont dans nos locaux puisque nous développons de plus en plus des centres de services.

Et justement, ça répond en premier à ce que tu viens de dire.

Et puis, nous avons beaucoup de labos de R et D, de développement d’applications, de développement de solutions, et tout ça se passe chez nous.

Mais, j’allais presque dire que ça devient secondaire parce que, grâce à technologie que l’on soit là, dans un bureau à côté, dans un étage en dessous ou chez un client à 100 km, ou dans un centre de services à 500 km, on peut avoir aujourd’hui une communication absolument identique.

Je le vois à travers d’un de notre réseau social d’entreprise qui est de plus en plus actif.

On y parle de tout hein.

Le premier sujet qui est à l’ordre du jour c’est l’évolution des tickets restaurant vers la dématérialisation, voilà ; et puis on peut parler, dans un autre groupe d’un projet sur l’intelligence artificielle que l’on a développé et qui est reconnu mondialement.

Ça va dans tous les sens, mais ça donne aujourd’hui un outil de communication qui est absolument fondamentale.

Deuxièmement, et ça c’est quelque chose vraiment auquel nous, on nous est très attentif, c’est l’aspect contact humain.

Donc on a augmenté – d’ailleurs, j’ai parlé tout à l’heure de la formation – mais aussi nos ressources humaines pour avoir un suivi de plus en plus important des collaborateurs : aller se préoccuper de leur évolution, aller se préoccuper de leur formation…

Donc, tout ça est un énorme engagement d’Open qui coûte très cher d’ailleurs, mais qui, aujourd’hui, est au centre parce que, finalement, on est en train de vivre une période un peu étonnant parce que le business n’est plus un sujet ; c’est-à-dire qu’il y a une telle demande qu’on n’a pas besoin vraiment de se battre pour avoir des contrats.

Bon, j’exagère un petit peu, mais ce n’est quand même pas la première préoccupation.

La première préoccupation chez Open, c’est l’humain, c’est comment recruter ; d’ailleurs notre campagne s’appelle : « recrutez-nous » pour dire un peu comment ça s’est retourné.

Comment garder nos collaborateurs ? On a un turnover qui est très élevé.

Il faut absolument le diminuer, pour nous c’est une énorme déperdition, mais il y a une telle tension, il y a une telle demande que les collaborateurs s’en vont ; pas du tout parce qu’ils ne sont pas heureux chez Open, mais parce que quand on vous propose 20 % de salaire en plus, voilà.

Et donc, il faut arriver à répondre à tout ça.

Et pour nous, c’est vraiment créer les liens que ce soit grâce aux outils techniques, ou que ce soit grâce aux relations humaines – on a régulièrement des événements : avant-hier c’était la galette des Rois, avance c’était Beaujolais nouveau – enfin, tout ça pour créer des liens et une fierté d’appartenance.

Mais je pense qu’on doit aller beaucoup plus loin et on est vraiment aujourd’hui dans une réflexion avec notre comité exécutif sur : comment donner du sens ? Je crois que c’est la demande la plus importante aujourd’hui des collaborateurs, c’est de se dire que : on travaille dans une entreprise qui a un objectif, qui dépasse souvent, strictement la notion financière, le chiffre d’affaires ou le résultat.

Chez Open, on contribue à changer le monde ; et il faut que chacun de nos collaborateurs le ressente.

L’agilité appliqué à un grand groupe du numérique

Naier : Excellent ! Guy, au centre du monde numérique aujourd’hui il y a l’agilité.

Comment on conduit un groupe de façon agile quand c’est un groupe de 4000 personnes ou plus ? On voit des gros mastodontes tels que Microsoft qui commencent à avoir beaucoup de mal à manœuvrer de façon agile leur groupe.

On sait que c’est difficile à gérer un groupe de plusieurs centaines ou de plusieurs milliers de personnes, comment vous faites ça ?

Guy : Bon, d’abord, j’allais presque dire que c’était notre ADN l’agilité parce que, finalement, on vient d’une PME hein ! On a toujours été habitué à l’agilité.

Je dirais même que le succès d’Open dans ses centres de services régionaux qui venaient à l’époque – enfin qui le sont toujours, mais qui, à l’époque, étaient vraiment en compétition avec l’offshore – ce succès est dû à l’agilité, parce que dans un monde où – et tu l’as très bien dit – ou le client recherche cette agilité, que ce soit en termes de méthodologie de développement, mais aussi l’agilité tout simplement en termes de comportement ; eh ben quand vous travaillez avec des gens qui sont à 8000 km, avec le décalage horaire, avec des problèmes culturels, bah, finalement, Open, avec ces gens qui sont à Nantes, à Lille ou à Lyon, et ben c’est pas mal hein ! C’est un peu plus cher, ok, mais on s’y retrouve largement.

Et donc, cette agilité a été vraiment un argument concurrentiel qui nous a fait prendre beaucoup de parts de marché.

Et jusqu’à présent, nous gagnons beaucoup de centres de services au travers de cette agilité.

Maintenant il faut ajouter que : il faut qu’il y ait une agilité de management, et donc ça, c’est un travail que Frédéric Sebag construit puisque c’est lui qui s’occupe directement des équipes, parce que, vous savez quand je fais des interventions dans des écoles d’ingénieurs sur tous ces sujets, quand on arrive aux questions-réponses, les jeunes étudiants disent : « mais pourquoi on viendrait travailler chez vous alors qu’il y a une ambiance super dans les startups et qu’on a plutôt envie d’aller là-bas ».

Eh bien, ce que Frédéric Sebag est en train de faire, et, je crois, réussi à faire, c’est de créer des communautés qui font que Open devient, on va dire, une association de startups.

Et ça, c’est vraiment ce qu’on doit réussir à faire.

Il a créé des Squads, c’est-à-dire des équipes transversales qui sortent complètement de la hiérarchie habituelle des agences, des BU, etc., qui travaillent avec un leader qui reconnut et qui, aujourd’hui, finalement est une fierté d’appartenance et une satisfaction intellectuelle qui répond exactement à ce qu’ils demandent.

D’ailleurs il y a un très bel exemple qui est déjà un succès chez nous, c’est notre cabinet de conseil qui s’appelle « Kynapse », qui est spécialisé dans le big data, l’intelligence artificielle et la transformation numérique en général, et, bon, qui a un turnover quasi nul.

Pourquoi ? Parce qu’ils travaillent dans cette dynamique-là avec un leader qui est Stéphane Messika qui est reconnu, qui est l’un des plus grands experts du data en France et qui attire des talents de très haut niveau et qui restent parce qu’ils sont heureux, ils ont des projets passionnants, on gagne des missions incroyables avec des grandes banques ou des grandes assurances autour de la data, autour l’intelligence artificielle.

Et finalement, cette communauté Kynapse, eh bien, elle retient ses talents.

Donc, nous, notre projet, eh bien, c’est d’en faire 40 des Kynapse, voilà ; 4000, c’est 40 communautés de 100 personnes, et tout ça, soutenus avec comme support les réseaux sociaux d’entreprises qui permettent justement de créer le lien même si on est à distance.

Le meilleur canal marketing utilisé chez Open

Naier : Guy, quel est le meilleur canal marketing vous utilisez chez Open pour faire croître le business et pour faire aussi croître les équipes ?

Guy : Notre site web ! C’est très simple, c’est très basique, mais c’est un site web très vivant : d’abord de grande qualité, très vivant, sur lequel on y trouve nos offres d’emploi, mais aussi, très souvent, on reçoit des demandes de business, c’est incroyable.

Mais comme nous sommes, on va dire, un peu plus visionnaires, eh bien nous sommes en train de développer un canal d’accès complètement dématérialisé qui s’appelle  » Open Store », et un petit peu, on va dire – je sais que c’est assez péjoratif, mais ça exprime quand même ce qu’on veut dire – un Uber de notre métier, voilà.

C’est dommage que le terme Uberisation soit devenu péjoratif, mais, en fait, qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu’on dématérialise complètement la relation commerciale et que, ben, on gagne beaucoup de temps et beaucoup d’efficacité.

Et je ne vois pas pourquoi ce qui est valable pour les hôtels, pour les taxis et pour je ne sais quel autre exemple que l’on peut donner, que ce ne soit pas valable pour nous.

D’ailleurs, j’anime chaque année l’ESCP Europe, un séminaire avec un master sur la transformation numérique du métier de consultant ; bah c’est évident que, comme tous les métiers, ce métier-là doit réfléchir à sa mutation, alors : sa mutation au travers de canaux de distribution, mais aussi sa mutation à travers d’outils dans les prestations.

On ne peut pas imaginer qu’on fasse du consulting comme on en faisait il y a 20 ans ou 30 ans hein ! Je le dis pour l’école, pour la santé, je le dis pour l’industrie, mais pour le consulting, c’est la même chose.

Les Temps Forts

Naier : Guy, c’est le moment des temps forts elle a été le pire moment de ton parcours d’entrepreneur et comment tu as fait pour rebondir ?

Guy : Ah pour moi, c’est très clair, je n’ai pas eu beaucoup de mauvais moments dans mon parcours, mais il y en a un dont je me souviendrai toute ma vie : c’est un plan social que j’ai dû faire dans les années 90.

J’ai cessé ou j’ai dû licencier près de 100 personnes, c’était un véritable cauchemar.

C’est un véritable cauchemar parce que notre secteur n’est pas naturellement touché par ça normalement.

Comment, alors qu’on a besoin de talents, de plus en plus quoi, même dans les années 90, avoir eu à faire ce plan de licenciement avec tout ce que ça voulait dire d’un point de vue humain et d’un point de vue une relation très proche que j’avais avec les gens que je licenciais ? Donc, ça c’est quelque chose que, vraiment, je ne souhaite pas revivre.

Bon, maintenant, je ne crois pas que je la revivrai, vu l’avenir que la transformation numérique réserve à des entreprises comme Open.

Naier : À contrario, quel a été le plus beau moment ?

Guy : Ah ben ça, j’en ai franchement plein de beaux moments : le succès, par exemple, d’une levée de fonds de 70 millions d’euros, qui a permis le décollage d’Open en termes de croissance externe ; la réussite de croissance externe de sociétés très importantes comme Teamlog, Sylis à l’époque…

J’allais presque dire, les bons moments, franchement, on en vit beaucoup hein ! Vraiment, les grands contrats que nous signons, qui sont formidables, les projets que nous réalisons, voilà…

Je vais donner un petit exemple, mais vraiment qui illustre que mes satisfactions ne sont pas compliquées : nous avons réalisé un très beau projet qui est le développement d’une market place pour Alstom qui s’appelle « StationOne ».

Et les équipes m’ont demandé de participer au pot d’arrosage du déploiement de ce projet.

Bon, il y avait nos équipes et il y avait les équipes de StationOne, ils étaient une vingtaine.

Et le Président de StationOne a fait un speech pour me féliciter, mais pour nous féliciter de la qualité du travail, la qualité de la relation, la qualité d’une façon dont nous avons fonctionné dans nos équipes et compagnie.

Bon, franchement, alors j’ai passé un moment fantastique parce que, finalement, c’est quoi l’aboutissement de tout ce que nous faisons ? C’est ça, avoir des clients heureux et des collaborateurs qui ont réalisé un super projet à tel point qu’ils nous ont laissés entendre que ce projet français qui avait été récompensé comme un des projets phares de tout le groupe Alstom serait déployé au niveau mondial.

Alors, je ne veux pas non plus être angélique, ça veut dire aussi beaucoup de chiffres d’affaires, beaucoup de résultats.

Mais, notre culture c’est plutôt que ça soit le résultat de la qualité de notre travail.

Faire du business pour du business ne m’intéresse pas trop ; c’est vraiment la culture de l’entreprise, la satisfaction d’avoir vraiment réalisé un projet épanouissant pour tout le monde et qui a apporté quelque chose à notre client.

L’interview TOP 5

Naier : Guy, c’est le moment de l’interview top 5 : le livre que tu recommandes ?

Guy : Oh la la ! Alors moi, je lis 50 livres par an, donc qu’est-ce que…

bon, d’abord je suis un fana de la littérature policière scandinave, voilà : tous les livres islandais, suédois, Millenium, c’est le plus connu, mais bon, c’est vrai que c’est un chef-d’œuvre quand même, surtout le numéro un.

Donc moi déjà, je suis en train de découvrir Houellebecq avec tous les défauts qu’il a, mais j’adore Houellebecq.

C’est marrant, je ne serais pas parti pour ça naturellement, parce qu’il y a quand même un petit côté misogynes que je n’aime pas, mais il a un talent ce type-là, il faut quand même le reconnaître.

Bon, alors je vais citer deux livres pour répondre très précisément à ta question : le roman, pour moi, majeur, que j’aurais lu c’est : « Le nom de la rose » d’Umberto Eco.

Je trouve que c’est un roman absolument exceptionnel par son écriture, par son histoire ; d’ailleurs c’est rare mais le film de Jean Jacques Annaud est aussi bon que le roman.

Alors ça, c’est quasiment unique.

D’habitude on est toujours déçu quand on voit un film par rapport au roman ; et pour moi c’est le roman, vraiment, qui m’aura marqué.

Et puis, allez, si je dois parler un peu business : les livres de Harari, le dernier livre, les trois-là, qui m’auront marqué aussi parce que c’est une vision quand même de la société et de l’évolution numérique que je ne partage pas complètement, parce que je trouve qu’il fait partie des gens, malgré tout – même s’il est hors catégorie, c’est un génie – qui donne une vision anxiogène et mon livre y répond très humblement hein ! C’est-à-dire qu’on n’est pas du tout la même catégorie, je pense que Harari c’est un nouveau Sartre pour moi ; en particulier le premier « Sapiens » a été pour moi très marquant.

Naier : D’accord !

Guy : Mais enfin, je suis prêt à parler pendant 2 heures hein, de livres.

Naier : C’est excellent ! L’entrepreneur que tu suis ou dont tu es fan ?

Guy : Bon, moi j’étais un fan inconditionnel de Steve Jobs.

Même avec tous ses défauts, je trouve que c’est l’homme qui aura, je pense, le plus changé notre société.

On raconte ce qu’on veut, mais c’est quand même extraordinaire ce qu’il a fait.

Bon, alors, quand on a lu sa vie – une très belle bio d’ailleurs que j’avais lue – bah on est un peu déçu par ces petits côtés personnels ou inhumains.

Il vaut mieux souvent ne pas connaître hein !

Naier : C’est sûr !

Guy : Mais je pense qu’il y a très peu de leaders professionnels à ce niveau-là.

Bon, je vais en citer un pour juste dire que je le respecte quand même, même si c’est pas du tout le même niveau, c’est Xavier Niel que j’aime beaucoup ; non pas pour sa réalisation de Free, parce que, bon ok, c’est bien mais ça ne m’impressionne pas, en revanche ce que formidable, c’est la façon dont il gère ses engagements sociétaux.

Je trouve que Station F c’est quelque chose de fantastique, 42 c’est fantastique.

Donc c’est quelqu’un qui ne dit pas : « bah, je vais faire des dons comme ça », non, mais qui utilise son argent personnel dans des projets qui sont vraiment de très grande qualité et j’ai du respect pour ça.

Naier : Ton outil en ligne préféré ?

Guy : Alors là, ça ferait rire tout le monde évidemment, c’est Twitter parce que j’y suis très actif.

Bon, je trouve que c’est un outil fantastique qui a permis de créer le mouvement « JamaisSansElles » s’est créée grâce à Twitter hein ! Je raconte dans le livre d’ailleurs : c’est un tweet de mon amie Natacha Quester-Séméon, qui, en regard d’une

table ronde où il y avait 10 hommes à l’Élysée et c’est moi qui suis dans le TGV, en lisant son tweet qui écrit : « bon, à partir de maintenant, je ne participerai plus à une table ronde s’il n’y a pas au moins une femme », voilà.

Ça a démarré par ça, et elle a développé ça avec Tatiana Salomon avec un travail extraordinaire.

Résultats des courses : des centaines de millions de citations, c’est 200 000 tweets, enfin, c’est impressionnant.

Et j’adore cet outil, mais plus généralement, j’aime les réseaux sociaux.

Moi, je suis très actif sur les réseaux sociaux.

Quand j’arrive le matin, c’est intéressant parce que c’est quoi mon job pendant une heure ? Alors voilà, j’attaque avec Twitter, LinkedIn, le réseau social d’entreprise qui est Yammer chez nous, et puis mes mails, voilà.

Bon, au bout de 2 heures, moi j’ai fait ma journée déjà parce que je suis au courant tout ce qui se passe à l’extérieur, à l’intérieur, les échanges, les contrats…

Et donc, je suis vraiment…, souvent c’est même un reproche de mon épouse, j’adore l’utilisation de ces réseaux sociaux.

Pourquoi c’est un reproche de mon épouse ? C’est que ce n’est jamais fini, ça continue…

Naier : … même à la maison.

Guy : … à la maison, en vacances, mais je l’ai écrit dans le livre et c’est sincère.

C’est l’inverse qu’il faut voir, c’est-à-dire que quand je suis en vacances au bord de la mer ; souvent j’y suis parce que j’ai les réseaux sociaux.

Si je n’avais pas les réseaux sociaux, j’aurais dû être au bureau.

Donc là, je peux passer une heure avec les réseaux sociaux – j’y englobe les mails, enfin toute la technologie hein – ou je fais mon boulot et je peux être en vacances.

Et je crois que, là aussi c’est un sujet…, je suis tout à fait d’accord pour dire que c’est discutable hein ! D’ailleurs, globalement, je n’ai pas présenté mon livre comme des affirmations, comme des certitudes ; j’ai donné des pistes positives.

Mais moi, je l’ai dit depuis … je ne sais pas … 20 ans je crois, que la frontière entre vie professionnelle et vie personnelle n’aura plus de sens, mais dans le bon sens des choses.

C’est-à-dire qu’on peut réussir à gérer son temps.

Donc vous travailler 2 heures de chez vous, c’est 10 fois plus efficace que 8 heures au bureau, bah que veut l’entreprise ? Bah cette efficacité.

Et puis, après, vous faites ce que vous voulez.

Vous voyez donc, je pense vraiment que tous ces outils vont libérer du temps, contrairement aux idées reçues où tout le monde dit :  » ah oui, ces outils te prennent ton temps personnel pour le rendre temps de travail » ; mais non, mais c’est exactement l’inverse.

On gagne une efficacité – bah c’est ce qu’on a dit d’ailleurs en introduction – grâce au fait que l’on peut être partout, nulle part, à n’importe quelle heure, voilà.

Naier : Guy, il y a une question qui m’est revenue entre temps : avec une journée aussi chargée que la vôtre, comment on arrive à trouver le temps pour écrire un livre justement ?

Guy : Bon d’abord, mes journées ne sont pas si chargées que ça.

C’est ça que j’insiste pour moi…

J’ai une présence très importante au bureau 8 h – 20 h quoi, globalement, 8 h 30 – 20 heures.

Quand je viens plus tard, c’est parce que j’ai eu un petit-déj ou des choses comme ça, mais je gère mon agenda.

Donc ça a consisté d’abord à accumuler beaucoup, comme je les dis partout ce que je lis tout et ce que je m’informe pendant mes vacances et ailleurs hein ! Bon, à chaque fois que je pars une semaine en vacances, j’emmène 10 bouquins moi, donc…

Alors, je ne les lis pas tous pour faire une vitesse ou ça, mais tout ça s’accumule.

Ensuite, tous ces éditos que j’ai écrits pendant les périodes où j’étais président du Syntec Numérique par exemple ; donc la question pouvait aussi se faire : comment j’ai pu faire cohabiter mes fonctions de coprésident d’Open et Président du Syntec Numérique ? C’est pareil, c’est une gestion de son temps d’abord parce qu’on a déjà un associé malgré tout, quand même – comme je l’ai dit, qui, lui, a en charge le quotidien – donc moi, écrire un livre, ça fait partie de mes fonctions d’Open.

Donc qu’est-ce que j’ai fait ? Bah, j’ai réservé 2 – 3 heures, deux ou trois fois par semaine.

Et puis, je me suis fait aider parce que, en fait, ce que j’ai voulu, j’ai écrit moi toutes mes idées, mais j’ai demandé à un documentaliste de me les justifier.

Regardez, vous verrez, il n’y a presque pas une page sans qu’il y ait en bas de page…

Naier : …une référence…

Guy : …une justification : voilà le livre blanc tant, le bouquin de…

Et pour moi, c’était fondamental parce que je ne voulais pas faire une sorte de livre de profession de foi moi.

Non, ce n’est pas ça.

Je voulais vraiment montrer que concrètement, il pouvait y avoir des pistes, justement, pour créer ce nouveau monde.

Et donc, ce documentaliste, à chaque fois, venait me ramener tout ce qui avait été publié autour de ce que je disais ; et, dès fois, même en contradiction avec ce que je disais, c’était intéressant d’ailleurs.

Naier : Ton premier conseil pour quelqu’un qui aimerait se lancer aujourd’hui ?

Guy : La techno, franchement, là je vais te dire, là aussi je reçois beaucoup de jeunes que j’encourage.

D’ailleurs, c’est très simple : toute personne qui demande à me voir, globalement, je la reçois.

Dès fois, les gens me disent :  » c’est incroyable, tu as le temps ».

Franchement, tout le monde a le temps de consacrer une demi-heure à quelqu’un qui a un projet et à l’encourager.

Simplement, 9 fois sur 10, on me présente des projets un peu communs, banals : la nouvelle forme de livraison pizza ou de nourriture végane…, et ça je suis très sceptique.

Pour moi, aujourd’hui, un projet intéressant c’est un projet qui a une base technologique forte qui est une barrière à l’entrée.

Très simplement, est-ce que tu es en mesure de déposer un brevet ou pas avec ça ? Eh bon, je ne veux pas lui faire de publicité, mais c’est vraiment ce que j’ai insufflé à mes enfants et mon fils aîné Adrien a créé une société après avoir été chercheur à l’Ircam en acoustique musicale.

Une société qui s’appelle Hyvibe et qui fait finalement de la déformation de son, et en particulier, qu’il a appliqué pour commencer, à l’instrument qui est la guitare.

Bon, cet outil, ses algorithmes, personne ne les ont.

Ça veut dire que même les plus grands constructeurs mondiaux, si aujourd’hui, ils veulent appliquer les mêmes méthodes, sont obligés de passer par lui puisqu’il a déposé ses brevets.

Alors ça, c’est une richesse colossale.

Je l’ai eu ce matin, il est sous l’eau avec ça hein ! Oui, parce que : entre trouver la tréso, voir ses banquiers, gérer en Chine la production, le grand salon NAM qui va avoir lieu aux États-Unis, bon, il y a signé de gros contrats ; il est débordé là-dessus, mais, la base de l’entreprise est une base qui est colossale : un doctorat, 7 ans de recherches dans l’un des plus grands labos d’acoustique musicale au monde et, avec ça, sortir un outil, un dispositif avant d’avoir l’équivalent ; et c’est ça qui est formidable dès fois : il discute avec des grands constructeurs qui ont des labos de 50 personnes et qui n’ont pas réussi à sortir son truc.

Et ça, c’est le conseil que je vais donner à tous les jeunes : aujourd’hui, une startup doit avoir un fondement très fort technologique.

Tout ce qui est réseau social et autres, bon franchement, je reste assez sceptique.

Je pense d’ailleurs que ça explique pourquoi 9 startups sur 10 disparaissent dans les 3 ans.

Il suffit que Google ou Facebook décide, je ne sais pas quoi, d’ouvrir sa livraison à domicile de pizzas et puis hop, ça y est, voilà.

En revanche si vraiment vous avez quelque chose à faire – comme j’ai cité mon fils, je vais citer d’autres gens que j’ai rencontrés dans Toucan Toco, ces 3 polytechniciens qui sont arrivés avec un formidable outil de big data – bah voilà, je pense que ça va marcher ça parce qu’avant d’avoir ces outils-là, bah il va falloir travailler quoi hein ! Et souvent, d’ailleurs, je vais à la centrale ou ailleurs, on me présente vraiment des sujets de recherches et je dis : « ça, oui ça peut faire la base d’un très beau projet ».

Naier : Le meilleur investissement que tu as réalisé pour faire croître ton business : ça pourrait être un investissement en termes de temps, de moyens humains, de moyens financiers, un produit ou un service ?

Guy : Oh bah, je pense que le meilleur investissement que nous ayons fait c’est la croissance externe ; c’est-à-dire les acquisitions de sociétés qu’on a faites, qui nous ont vraiment accélérées.

Il faut savoir qu’Open est passé de 200 à 3500 personnes en 5 ans.

Donc, tout ça, ça ne pouvait se faire que grâce aux investissements humains et le pendant, c’est ce que je disais tout à l’heure, aussi les investissements financiers puisqu’il a fallu lever des fonds pour financer tout ça.

Naier : Guy, merci de nous avoir accordé cette interview.

Est-ce que tu pourrais dire à nos auditeurs où est-ce qu’ils peuvent te suivre ?

Guy : Alors, là c’est vraiment facile hein !

Naier : Tu es hyper LinkedIn quoi.

Guy : Ah non, Twitter évidemment ! L’underscore est le même sur LinkedIn évidemment ; mais j’ai un blog guymamoumani.fr.

Puis tout le monde sait qu’il peut m’écrire un mail s’il veut, j’y réponds toujours : [email protected]

Je le publie, mais les gens me disent dès fois :  » mais tu es complètement fou ! »

Naier : C’est ce que j’allais dire !

Guy : Franchement, je n’ai jamais eu à m’en plaindre, je n’ai jamais vu personne abuser.

Si vraiment c’est ridicule ce qu’on m’écrit, ça m’arrive une fois sur mille.

Je ne réponds pas, mais, globalement, les gens me posent toujours des questions bienveillantes, des conseils, des recherches d’emploi que je transmets à nos services…

Je ne vois pas quel est le mur que l’on peut fixer…, à partir du moment, je crois, où vous vous dégagez une certaine bienveillance, vous avez immédiatement le même retour.

J’ai très peu à me plaindre des contacts que j’ai de partout, de partout vraiment ; et encore une fois, moi j’ai toujours aimé que l’on me contacte, que l’on me demande des conseils, eh bah, dans la mesure où je peux apporter quelque chose, je le fais avec plaisir.

Naier : Merci Guy, à bientôt !

Guy : Merci beaucoup !

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